À l’occasion du 18 mai, Fête du Drapeau Haïtien
Par : Ralf Dieudonné JN MARY,
Auteur, conférencier, mentor et enseignant haïtien.
Ingénieur civil diplômé de la Faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti. � : jeanmaryralf@gmail.com
� : (+509) 34520855
Autrefois, j’ai cru qu’Haïti était un petit pays. Un morceau de terre abandonné, sans force, sans avenir. Mais au fil des années, à la lumière de l’histoire et de la vérité, j’ai compris : Haïti est un grand pays.
Pas grand par sa superficie. Pas grand par sa puissance militaire. Mais grand par son impact, son peuple et sa symbolique. Grand, au point que certaines puissances rêvent d’y créer un vide de leadership, de l’enfoncer dans la crise, juste pour revenir y imposer leur solution… par l’occupation. Grand, au point que le contrôler devient un projet stratégique, un fantasme géopolitique.
Si Haïti n’était rien, pourquoi convoiter son sous-sol ?
Si Haïti était insignifiante, pourquoi y construire la plus grande ambassade des États-Unis au monde ? Non pas forcément par sa taille physique, comme l’ambassade américaine à Bagdad ou celle à Pékin, mais par son rôle stratégique, politique et humanitaire.
Pourquoi autant d’ambassades de grandes puissances en Haïti, et si peu – voire aucune – venues du continent africain ?
Regardez la taille d’une ambassade, et vous saurez quel type de relation existe entre deux pays. Et si vous doutez encore de notre importance, venez à Port-au-Prince : observez, mesurez, analysez.
Mais cette proximité avec les puissants, à quoi bon ?
À quoi bon être à une heure de l’un des pays les plus riches du monde, si l’on devient chaque jour la risée de l’humanité ?
À quoi bon tant de diplomatie, si nos enfants fuient la misère, si nos rues pleurent l’absence d’espoir, si nos terres, si fertiles, sont laissées en jachère, et nos talents, en exil ?
Haïti, jadis flambeau de liberté, première nation noire libre, crie aujourd’hui. Non pas un cri de faiblesse, mais un cri de réveil.
Un cri qui dit à l’Occident :
« Nous vous avons vus. Nous avons ouvert les yeux. Ce que vous appelez « aide », nous avons appris à en lire les conditions cachées. Ce que vous nommez « coopération », souvent, nous en portons seuls la douleur. »
Ce 18 mai, jour de notre drapeau, je ne m’adresse pas qu’aux Haïtiens.
Je parle aussi à l’Afrique, notre mère.
Je parle aux pays de la Caraïbe, à ceux qui portent encore dans leur mémoire les chaînes brisées de leurs ancêtres.
Je parle aux chefs d’État, aux penseurs, aux peuples libres :
Haïti a besoin d’alliés, pas de maîtres.
D’amis, pas d’exploiteurs.
De ponts, pas de chaînes.
Car le peuple haïtien est une richesse humaine. Nous portons en nous la mélanine noire, cette lumière profonde que le soleil ne peut éteindre. Nous sommes ce peuple qui, malgré les blessures, continue d’aimer. Même nos ennemis, nous les accueillons. Non pas par ignorance, mais parce que nous avons un cœur immense, formé dans la douleur et trempé dans la foi.
À vous, frères africains, n’attendez pas qu’on nous efface pour vous souvenir que nous étions là, les premiers.
À vous, frères du monde, sachez que la liberté que vous chérissez, Haïti en a payé le prix, pour tous.
À vous, défenseurs de la justice, de la dignité humaine, militants, journalistes, pasteurs, étudiants, leaders, intellectuels, jeunes des cités comme des campagnes :
Merci. Merci de lutter encore. Merci de garder l’étincelle vivante.
Et à toi, Haïti, ma patrie, je le dis :
Lève-toi. Ce n’est pas la fin. Ce n’est pas le moment de se cacher.
Ce 18 mai n’est pas un souvenir. C’est un appel.
Un appel à renaître. À reconstruire. À régner par l’intelligence, la sagesse, la foi et l’unité.
Oui, Haïti est un grand pays. Pas parce qu’on le dit, mais parce que même ceux qui veulent sa chute le prouvent par leur obsession.
Que vivent la dignité noire, la souveraineté haïtienne et l’unité des peuples debout. Bonne fête du drapeau, Haïti.
Tu n’es pas seule. Tes enfants veillent. Et ils parlent.

