5 avril 2026
Les déplacés internes de la violence de gangs tombent dans l’oubli, s’indigne le CARDH
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Les déplacés internes de la violence de gangs tombent dans l’oubli, s’indigne le CARDH

CARDH : les déplacés internes de la violence de gangs tendent vers l’oubli

Environ un mois après l’exacerbation de la violence des gangs contre la population de CarrefourFeuilles et d’autres quartiers de la région métropolitaine de Port-au-Prince (Fort Saint-Clair, Haut Bel-Air, Solino…), les déplacés internes ont augmenté et leurs conditions de vie se sont considérablement dégradées, tandis qu’ils retiennent de moins en moins l’attention de l’opinion publique et les interventions des acteurs humanitaires se sont systématiquement réduites. Ainsi, le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) tire la sonnette d’alarme pour rappeler le droit des déplacés internes d’être pris en charge dans la dignité humaine, fondement de l’édifice des droits de l’homme et de la Charte des Nations Unies.

Situation (quelques indicateurs clefs)

Sites : 45, dont 38 à Port-au-Prince 

 Au 5 septembre 2023, avec l’exacerbation de la criminalité des gangs, on était passé de 9 sites à 26. Aujourd’hui, le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) en décompte 38 à Port-au-Prince2 et plusieurs autres à Delmas et à Tabarre.

Nombre de déplacés internes 

Actuellement, il y a entre 30.000 à 35.000 déplacés internes dans les sites. Ce chiffre peut être révisé à la hausse, car certains déplacés ayant tenté de retourner dans leur quartier ont dû rebrousser chemin, vu que leurs maisons ont été détruites ou pillées, ou encore en raison de la violence instaurée par des jeunes desdits quartiers intégrant nouvellement les activités criminelles.

Dégradation de la situation sanitaire

Des maladies se propagent dans les sites : diarrhée, grippe, grattelle, fièvre, choléra… Les malades de la tuberculose chassés du Centre Sanatorium sont aussi dans des sites. Ils n’ont pas accès aux soins réguliers et ne bénéficient non plus d’une prise en charge spéciale. Des blessés par balle, des gens ayant des problèmes psychologiques… n’ont pas non plus, accès aux soins de santé.

Situation des femmes enceintes et des nourrisses 

Des nourrices (certaines accouchées par césarienne), des femmes enceintes et sur le point d’accoucher ont besoin de soins spéciaux et urgents. Cette situation concerne plus de 50% des sites. 

Nourrissons et enfants en bas-âge 

Les sites comptent énormément de nourrissons et d’enfants en bas âge qui dorment parfois sous la pluie, compliquant leur situation (maladie et autres complications).

Violences sexuelles et prostitution 

Dans certains sites, des femmes et des mineures font l’objet de violences sexuelles. Il y a eu au moins un cas de viol sur mineure identifié. 3 Des femmes se prostituent aussi dans ces espaces. 

 Problèmes liés aux pluies qui tombent constamment 

 Dans certains sites, les déplacés internes sont logés sur la cour (Gymnasium Vincent par exemple), dans des espaces à l’air libre (Rex Théâtre par exemple), d’autres sur des places publiques. Certains abris (Lycées Marie Jeanne, Jeunes Filles…) n’ont pas de portes, de fenêtres, etc. Les pluies qui tombent quotidiennement ont aggravé la situation des déplacés. 

Problème d’éclairage 

Les sites font face à un problème d’éclairage sur la cour et dans les tentes, ce qui favorise certaines pratiques inadmissibles dont le viol, les violences sexuelles, la prostitution…

 Recours à la violence armée 

Certains déplacés internes font appel à des gens armés pour résoudre leurs différends.

Pas de présence policière 

 Il n’y pas de présence policière dans les sites et leur environnement, ce qui fragilise davantage la situation sécuritaire des déplacés.

Conclusion 

Il faut apprécier les efforts des leaders communautaires qui se sont organisés pour loger les déplacés internes au moment du déclenchement des violences, les bénévoles de la protection civile (150 à Port-au-Prince) pour leur appui et sens patriotique et les organisations investies dans l’humanitaire pour leurs interventions respectives, quoique très limitées. 

 Cependant, ces interventions, largement insuffisantes, sont drastiquement réduites, alors que le nombre de déplacés et de sites augmentent ainsi que leurs besoins immédiats

En outre, les bénévoles, pour la plupart des victimes aussi et qui travaillent dans des conditions difficiles, n’ont, jusqu’à présent, reçu aucun accompagnement ni encadrement. 

 Il faut une remobilisation autour de la situation des déplacés internes, une nouvelle évaluation des besoins (par secteur) et un plan de relèvement durable qui leur permettra de regagner leur maison (si possible) ou de les relocaliser dans la dignité, d’avoir une activité économique et qui prendra en compte la situation des catégories les plus fragiles (nourrissons et enfants en âges de scolarisation, femmes enceintes et celles avec des complications après accouchement, vieillards, handicapés…). Les opérations de la police à Carrefour-Feuilles ont conduit à un calme dans certains quartiers. En dehors des opérations, la police doit y avoir une présence constante et aider les déplacés, qui le souhaitent, à retourner chez eux

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