Les années sombres d’un ancien président … A qui la faute?

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LES ANNÉES SOMBRES D’UN ANCIEN PRÉSIDENT…

À QUI LA FAUTE?

(par Edgard Gousse)

Lundi 7 juin 2021 ((rezonodwes.com))–

Beaucoup de femmes et d’hommes trouvent la nuit noire hostile et le jour amical. Nombreux sont celles et ceux, par ailleurs, qui pensent tout à fait le contraire. À chacun donc de faire usage de sa liberté pour laisser jaillir sa sensibilité et ses émotions. De même, nos convictions du moment ne seront pas forcément celles de toujours. Certes, il arrive parfois que la raison brise le cercle, et le cœur se trouve lors en situation de céder. Hier encore, la force de travail et les colonies, puis l’or noir; aujourd’hui par contre, la 5G, la modélisation 3D, l’«infonuage», les voitures autonomes, les robots d’entrepôt… et tant de choses que nous ignorons pour l’instant, mais auxquelles les générations futures sauront certainement trouver une explication. Nos goûts sont vite travestis puis corrompus au fil des jours.

L’ambition devient par conséquent une maladie de l’esprit. Le besoin de posséder devient à son tour condition première de la vie. Et plus on s’en écarte, plus on a l’air fou aux yeux des autres, de celles et de ceux qui le voient différemment. De la majorité, sinon de tous. Il suffit au bout du compte de se revêtir de son habit d’arlequin ou de défroqué, et l’on croit voir la terre tourner à son avantage. Dès cet instant, notre obsession ne nous paralyse plus. Elle s’enfuit de notre corps menacé, transforme les cauchemars et les incertitudes rencontrées sur notre chemin, convaincue de les convertir en symboles de vérité. Nous perdons alors le sens du devoir et l’inconnu en nous prend place. Malheur aux pauvres d’esprit que le hasard aura placés sur la route empruntée par la Bête que nous sommes devenus, que vous étiez devenu, Monsieur le Président!

Hélas! oui, vous agissiez sans honte et sans remords. Égocentrique, vous vous interdisiez d’aimer votre prochain, sous prétexte que cela ne vous servirait à rien. Ah oui, alors! À quoi bon aimer les autres quand vous ne saviez même pas comment aimer votre propre personne? De fait, quand le dirigeant d’un pays, nouveau Néron, pille, assassine ou fait assassiner, pour mieux protéger ses arrières, après avoir dilapidé en toute quiétude les fonds publics, quoi de plus contraire à l’intérêt général? Quand le chef d’État d’une nation se résout, pour son seul bonheur, à autoriser des belligérants d’ailleurs à faire main basse sur les richesses naturelles de notre sous-sol ou de notre fond marin, il devient tout à fait normal pour lui de s’attendre à une avalanche de conséquences économiques, sociales et financières désastreuses, et non à une invasion de baisers.

Ah! si Néron savait, si Néron pouvait, il aurait sans doute glissé un simple mot d’encouragement et de félicitations à ce digne héritier. Entre les deux hommes de pouvoir, il est vrai, une bonne vingtaine de siècles de distance. Mais rien ne dit que notre dirigeant n’avait pas été mis au parfum de cette tranche de vie tumultueuse de Néron. Dans le cas contraire, pourquoi tant de coïncidences? Ah! une différence significative, toutefois, entre l’empereur Lucius Domitius Ahenobarbus, dit Néron, de la Rome antique, et notre récent dictateur, mérite néanmoins d’être signalée: Néron —l’Ancien—, à ce que nous sachions, condamnait la dilapidation des biens de la Cité. Eh oui! Mais pourquoi le choix d’un tel héritage?

Tout d’abord, un simple retour dans les annales de l’Histoire… Néron, Domitien et Dioclétien, parmi d’autres, avaient été des persécuteurs invétérés du temps de l’Empire romain. Fils de la dangereuse Agrippine la Jeune —quatrième épouse de Claude—, mais issu d’un précédent mariage, Néron sera adopté par l’empereur Claude vers le milieu de son adolescence, par suite d’astuces et de petites combines de sa mère. Le garçon a tout juste 17 ans quand celle-ci empoisonne son mari Claude, pour que son fils, héritier du trône, puisse y accéder au plus vite. Mais comme Néron refuse de se soumettre aux diktats d’Agrippine, cette dernière nourrit l’idée de débarrasser le trône de ce fils rebelle, pour le faire remplacer ipso facto par Britannicus, fils légitime de Claude, encore jeune et sur qui, bien entendu, la diablesse comptait exercer une influence certaine. Néron s’empresse alors de faire assassiner l’innocent Britannicus. Pour légitimer encore davantage son droit au trône, il se marie avec Octavie, fille de Claude et sœur de Britannicus. Le but une fois atteint, son cynisme le porte bien vite à vouloir divorcer de cette épouse qui ne comptait déjà plus à ses yeux. Agrippine commet l’erreur de s’opposer bien fermement au macabre projet et en paie évidemment le prix, puisqu’elle sera assassinée, le temps d’y penser, sur ordre exprès et urgent de son fils. «Bon débarras!» se dit alors le jeune monstre, fils ingrat et dégénéré.

La voie étant désormais libre, Octavie n’a d’autre choix que d’accepter le divorce demandé ou imposé. Ah! ça non! Une pareille erreur de la part de l’ignoble dictateur serait loin d’être pardonnable. «Pourquoi la laisser en vie, si elle ne peut plus être l’épouse d’avant?» Justement, la décision est vite prise. «Assassinez-moi Octavie!» Eh bien! oui, car il aura été possible qu’elle veuille bien se venger pour avoir été répudiée unilatéralement. Néron a donc pris les devants, simple question d’éviter les chocs en retour, tout comme d’autres le font, par les temps qui courent, en démocratisant le kidnapping ou en permettant à certains de tuer, quand les commandes ne viennent pas directement d’en haut, pour rendre pérennes, si possible, les avantages injustes et inéquitables auxquels on croit avoir droit. De toute évidence, Néron était un tueur, mais quand on le compare à maints dirigeants de la modernité, il convient d’admettre qu’il s’attaquait tout au moins à la corruption. Des «PÉTRO-NÉRON», l’histoire n’en relate toutefois pas, mais il y a sans doute pire d’un autre côté: une étroite ressemblance, un point commun entre les deux hommes. Comment cela? me demanderiez-vous.

Eh bien! je vous l’explique… Durant son règne d’empereur, un incendie de cinq jours aura détruit un peu plus des deux tiers de Rome. Au total, dix des quatorze districts de cette Rome antique. Et lui alors? Ah! ah! Il en riait, il chantait et dansait. Plus les gens mouraient, plus la fête était belle et amusante à ses yeux. Les feux d’artifice, malheureusement, n’existaient pas encore, puisqu’ils seraient inventés en Chine, un millier d’années plus tard. En dépit de tout, ses rires laissaient échapper leurs propres étincelles… Étonnant, pas vrai? Eh bien! non, car nous vivons de nos jours dans le pays, quotidiennement en plus, la même et identique situation. La population civile est livrée à elle-même, incapable de faire face au cercle vicieux du gangstérisme d’État. Pour preuve, alors que l’on tuait pour offrir au nouveau Néron —l’ambitieux, le fanfaron— le sang d’un bâtonnier de l’Ordre des avocats, telle une libation sacrée à verser à un dieu, une prestation de feux d’artifice marquait le moment dans le camp du gouvernement, à proximité des lieux du crime. Après en avoir ri, fêté et dansé le soir même, le nouveau Néron exprime des regrets publics le lendemain. Oh là là! Qu’est-ce à dire? Nous savons en effet que le sadique Néron —l’Ancien— avait fini pour sa part par se suicider, ne sachant plus comment contrer, entre autres, les soulèvements spontanés de la population.

Ma foi, oui. Des opposants dont principalement Vindex et Galba avaient consenti à joindre leurs efforts. Comme un seul homme! Un seul ennemi commun: Néron! TOUS ENSEMBLE, dans une véritable «tête-collée», se retournent alors contre lui. Le peuple de Rome s’unit à son tour et se soulève. Contre le même homme. Contre un seul homme. La garde prétorienne ou garde personnelle de l’empereur romain de l’époque —l’équivalent de nos jours de l’Unité de Sécurité générale du palais national (USGPN)— est à son tour contrainte d’abandonner son empereur. Le Sénat trouve évidemment plus réaliste de se ranger du côté de la population en délire. Ne se croyant pas au bout de ses peines, Néron choisit tout bonnement de s’enfoncer un glaive dans la gorge. Cela s’est passé en l’An 68 de notre ère, mille neuf cent cinquante-huit années avant l’an 2026…

Ah! j’en ai assez de vous parler du passé. Puis encore, je viens à peine de me rappeler que ce texte avait pour objectif de départ d’accompagner une peinture intitulée «TABLEAU FUTURISTE», parce que la scène rapportée se déroule au cours de l’année 2026. Allons bon! Cela dit, imaginez maintenant que nous nous retrouvons en l’an 2026. En mai 2026, plus précisément. Concrètement, qu’est-ce qui est arrivé à notre ancien président, lui qui avait régné en maître et seigneur, de 2017 à 2022? Et le masque de «VENDEUR DE PROJETS TROMPEURS» qu’il portait, non accompagnés cependant d’espérances folles, on en a fait quoi? Certainement, le masque lui avait d’abord été arraché. Ses crocs de vampire, tournés vers l’extérieur, mais que l’on ne voyait pas encore à l’époque, parce qu’ils étaient cachés, servaient déjà de remparts pour écarter du chemin de la démocratie et de la justice sociale celles et ceux qui se disaient convaincus que l’injustice ne pouvait ni ne devait être un processus irréversible. Heureusement, oui, le règne de l’injustice ne saurait être qu’éphémère! Un pays initié à l’exercice de la liberté depuis plus de deux siècles supporterait malaisément un pareil affront, sans avoir à dire le dernier mot. Positionnons-nous, une nouvelle fois, dans le futur, puis observons. Avant d’aller plus loin, jetez un simple coup d’œil sur l’illustration et vous verrez. Et vous comprendrez! La nature n’a-t-elle pas bien fait les choses? Il ne sert donc à rien aux victimes —désignées ou consentantes— de ruminer ni d’assouvir leur propre vengeance. Quelqu’un, quelque part, le fait sans doute mieux à leur place. Tel que constaté, notre bourreau d’hier n’a su trouver d’autre chemin que de retourner à l’état de nature, dans un monde sans loi, loin des contraintes, enfermé dans l’empire de son instinct animal de toujours. Nous savons tous que sa barbarie avait été atroce, mais… observons une dernière fois, avec une scrupuleuse attention, sa carcasse décharnée, maigre et pourrissante presque. Puis…

Imaginons un bref instant le labyrinthe qui le sépare de la vraie vie, celle de l’homme civilisé. Certes, il méprisait les humains et les traitait comme des bêtes. Il a fait des victimes sans nombre. Pauvre homme! Il fait pitié malgré tout. On aurait dû lui réserver un meilleur sort. Derrière les barreaux du Pénitencier national, par exemple. Mais la Justice n’avait pas fait son travail. En fait, là où il se rencontre au cours de cette année 2026, et sans trop y penser, il trouvera mieux sa place comme pensionnaire dans une cage pour y passer le reste de ses jours. À qui la faute? Certains s’empresseront sans doute d’accuser l’Histoire… Mais non!

(Edgard Gousse,

Montréal)

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Ancien professeur des universités, linguiste et didacticien, journaliste de formation, romancier, essayiste, critique littéraire, poète, conférencier, artiste peintre et traducteur littéraire, Edgard Gousse a beaucoup voyagé et a publié à Montréal, à Paris, à La Havane et à Santiago de Cuba. Ses deux derniers romans, LES PETITES DONNEUSES (février 2020, 312 pages) et LE SORCIER DE LA MAISON BLANCHE (décembre 2020, 728 pages), ont paru à Montréal, aux Éditions du CIDIHCA.

Edgard Gousse (2 photos)


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