Comme la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, la chétive pécore s’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit Prince a des ambassadeurs,
Tout Marquis veut avoir des pages.
Jean de La Fontaine
Lundi 27 avril 2020 ((rezonodwes.com))– « Faisons en Haïti, comme font les Canadiens, les Français, les Américains », concoctent sans aucun doute, les Jouthe et les Ticouloutes, pour accélérer la déroute et la banqueroute, cette fois ci, sur le plan scolaire.
Sous la baguette du magicien de l’éducation nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, une certaine Plateforme internet de Ressources éducatives et d’Apprentissage (PRACTIC) a été inaugurée ce vendredi 24 avril par le MENFP. Laquelle plateforme caresserait la chimère de sauver l’année scolaire du préscolaire jusqu’à la formation professionnelle, à travers des cours en ligne. Ces extraterrestres ont quand même pris le soin, cette fois ci, d’ajouter le bémol que les enfants qui n’auront pas accès à la technologie pour suivre les cours en ligne, seront compensés en suivant les cours sur des chaînes de télévision du pays, notamment la TNH.
La PRATIC est une initiative pathétique, stigmatique et dramatique dépourvue du sens pragmatique qui va encore compliquer la grossesse ectopique, en amplifiant les écarts titanesques entre les élèves et entre les écoles.
Les systèmes dotés de reins et de moteurs d’ajustement et d’adaptation pour répondre aux contraintes de l’exil en résidence infligé par le coronavirus, se construisent dans le respect des biens publics, le sens de l’intérêt collectif, la justice, la qualité, la compétitivité, l’équité. Ce n’est pas à la loterie que les Etats-Unis ont charpenté leurs facilités et leurs structures pour offrir aujourd’hui des tablettes à leurs enfants en vue de poursuivre leurs formations académiques, en résidence et en ligne. L’électricité 24/24 de la France n’a pas été produite à travers une boule de cristal. Les fournitures, nourritures, meubles, équipements et matériels didactiques disponibles dans les foyers canadiens ont été acquis au prix d’une gouvernance avisée, pilotée par la science et la conscience. Ce ne sont pas des histoires d’imposture, d’improvisation et d’usurpation qui animent les contours officiels de ces pays développés. C’est vrai que ces prédateurs du Nord ont causé beaucoup de tort aux économies du Sud en les dépouillant de leurs ressources humaines et naturelles. Mais, le véritable malheur desdits pays retardés réside beaucoup plus dans les gouvernances « mazettes » qui les caractérisent, avec n’importe qui comme président, ministre, député ou sénateur.
La corruption, véritable source de nos malheurs !
A l’instar des nations de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique, Haïti disposait de tous les atouts pour que les bases structurelles et infrastructurelles y soient posées. Mais, en raison de la déraison d’une clique gourmande, cupide, inculte, arrogante et incompétente, des milliards de dollars destinés au développement du pays ont été volés en fumée. La CIRH, le PetroCaribe, les ressources de FAES, ONA, BMPAD, BRH, AGD, FDI, CAS et les frais sur les transferts de la diaspora, ont été nettement suffisants pour assurer des conditions de vie décente, la stabilité, la sécurité et l’électricité au pays.
Au lieu de servir les besoins de la collectivité, ce régime sans foi ni loi, a dilapidé tous ces fonds, dans la répugnance, la déception et l’exaspération. Et voilà aujourd’hui, la population vit dans le blackout, l’insécurité, la précarité, la parasité. Rappelons-nous que c’est ce qui allait enfanter le mouvement PetroChallenge, mis en veilleuse aujourd’hui à cause du règne du Covid-19.
Sur le plan économique, le pays était déjà à plusieurs vitesses. L’image d’Haïti est fidèlement capturée et caricaturée dans une capitale nauséabonde, infecte et répugnante, caractérisée par des cohabitations malsaines, indignes et indigestes d’un luxe pharaonique qui caresse une crasse deshumanisante.
Des brouettes remplies de bananes, de viande de cabris, de cochon, de poulet et de salamis ; des « biznis crème maïs » ambulants, tonitruants et des véhicules flambants neufs officiels, teintés et blindés se croisent, se parlent, se klaxonnent, se côtoient en série, en parallèle et se frottent quotidiennement dans les trafics routiers, sur les « highways », dans les corridors, sur les cadavres, sur les ordures. Pendant trop longtemps, dans ce climat géographique compétitif et enchanteur, transformé en un espace vital invivable, la médiocrité, la stupidité, l’indignité et l’indécence ont damé le pion à la sagesse, la beauté, la probité et l’intelligence.
La PRATIC, pour des distanciations scolaires !
Aujourd’hui, il s’inaugure un nouveau projet pour encore creuser les écarts ; cette fois-ci, sur le plan de l’éducation. Primo, la PRATIC va engendrer un écart substantiel entre les différentes approches, vu qu’une plateforme qui donnerait accès aux enfants de St Louis, Catts Pressoir, Dominique Savio, Mère Marianne, par exemple, serait défavorable pour des élèves de Trou-Chouchou, Mare-Roseaux et Belle-Fontaine. En effet, un forum de questions-réponses, relate-t-on dans la PRATIC, serait disponible entre les enseignants et les élèves Hi-Tech. Une véritable source de frustration et de stigmatisation !
Secundo, les cours à dispenser aux stations de télévision ne pourront atteindre qu’une infirme partie de la population. Les parents ne possèdent pas de télévisions. Et télévisions s’il y en a, l’électricité fait défaut. Très peu de ménages haïtiens possèdent les sources d’énergies alternatives (génératrices, panneaux solaires, Inverters,…). Ceux qui étaient bienvenus chez les voisins, détenteurs de panneaux solaires pour passer quelques heures à regarder des feuilletons, ne le sont plus aujourd’hui. Car, tout le monde tousse, crache et éternue ; le Covid évince les visites. Le plan A fait défaut ; le plan B casse ; le plan C échoue. C’est peine perdue !
Toujours ces mêmes pratiques de saupoudrage, la PRATIC a du bois derrière sa banane. La Banque mondiale, la BID, l’UNICEF, comme à l’accoutumé répondent toujours présentes quand il faut monter des projets cosmétiques. Ces institutions multilatérales ont plus de cinquante ans d’existence, dans une indécence criante avec Haïti, avec le soi-disant agenda d’encadrer, de soutenir et d’accompagner dans le développement.
Pourtant, même pas un hôpital, un stade, une bibliothèque, un campus universitaire, une école professionnelle ou un parc technologique, n’a été propulsé par ces institutions. Shame on You ! Hypocrisie ou incompétence, en tout cas quel que soit la raison, rien ne peut justifier cet échec cuisant de ces partenariats infructueux.
L’instruction ne se joue pas tel un casino ou un loto million auquel une mise « PRATIC » ou théorique pourrait se solder par un jackpot scolaire.
L’éducation se pense, se conçoit, se prépare, s’implémente, s’exécute, s’évalue et se supervise selon les règles de l’art. C’est vrai que le Covid-19 exige des réponses et des ajustements conjoncturels sur tous les plans. Mais, les gouvernants doivent aussi et surtout éviter d’enfoncer les inégalités par des projets kwashiorkors.
Loin d’apporter des solutions à cette chimère de sauver cette année scolaire en coma, la PRATIC se dresse comme un projet farfelu et illusoire.
Carly Dollin
carlydollin@gmail.com


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