Par Marc-Dalème ACCÉUS
Haïti a été frappé, il y a dix ans, le 12 janvier 2010 à 16 heures 53 minutes et 10 secondes, heure locale, par un séisme de magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter. Une catastrophe au lourd bilan avec de plus 280 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abris. L’ensemble des dégâts matériels et des pertes économiques est évalué à 7,8 Md USD, soit 120 % du PIB haïtien. Depuis une semaine des haïtiens se préparent pour commémorer cette tragédie
Samedi 11 janvier 2020 ((rezonodwes.com))– Les proches des victimes du tremblement de terre du 12 janvier 2010 vivent encore dans la douleur, dix ans après ce cataclysme. Des personnes rencontrées cette semaine autour de cette douloureuse date en parlent avec des larmes aux yeux. Ils se souviennent, comme si c’était hier, ces trente-cinq (35 secondes) qui branlent à jamais toute leur vie.
« De ces 280.000 morts, chacun et chacune des haitiens-nnes a au moins une mère, un père, un frère, une sœur, un-e cousin-e, un oncle, une tante, un-e ami-e, une connaissance…etc. » a déclaré Sabine, 38 ans, mère de deux enfants.
Cette catastrophe est la plus tragique de l’histoire d’Haïti depuis notre indépendance en 1804 en raison de nombreuses victimes, morts, blessés, amputés et des millions de personnes déplacées qu’elle a causés. Elle a permis de constater l’élan de solidarité de la communauté internationale pour venir en aide aux victimes et aussi de voir la faiblesse de coordination et la capacité de réponses de l’état haïtien à travers ses mécanismes de gestion des risques et de désastres.
« Les répliques nous ont poussés à nous réfugier dans la cour d’une école de Delmas, sans eau, nourriture et toilette. Ce n’était que 10 jours après, qu’une ONG a commencé à mettre des toilettes modulaires (vidangées chaque jour), des réservoirs pour faciliter l’alimentation en eau (l’approvisionnement se faisait par des camions) », se souviennent Henry et sa femme qui habitent pour le moment à Delmas 32.
« Sous les décombres, chaque seconde représente une éternité pour moi »
Parmi les nombreuses victimes du séisme rencontrées, Carole, 36 ans, originaire de Léogâne, commune durement frappée par le séisme, se souvient avec émotion de jour fatal et de la matinée au lendemain :
« je venais de me baigner et étais en train de m’habiller quand soudain j’ai perçu un bruit bizarre venant en direction de Gressier. Pour éviter une chute en raison des secousses, j’ai décidé de m’asseoir par terre. Cette décision prise, à quelques secondes prêtes, m’a sauvé la vie. Une fois par terre, je voyais la dalle à moins de 10 centimètres au-dessus de ma tête », raconte-t-elle.
Elle n’a été secourue que le lendemain grâce à la diligence des voisins et proches habitant le quartier.
« Sous les décombres, chaque seconde représentait une éternité pour moi « , se souvient-elle, expliquant qu’elle a hurlé afin que les gens habitant à proximité de la maison effondrée puissent lui venir en aide.
Pour tous les Haïtiens qui ont vécu ce terrible tremblement de terre, deux choses restent à jamais gravées en eux : le terrible grondement (goudou goudou) qui précède les secousses et la perception qu’ils vivent le dernier instant de leur vie.
Secourus à l’aide de scie et marteaux
Kerby, étudiant au moment du séisme, se rappelle avec hébétude comment il est arrivé à survivre durant les deux jours passés sous les décombres : « retenir mon souffle et oublier la douleur, c’était tout ce dont j’étais capable de faire. Avec une poutre de béton armé sur mes deux pieds durant 48 heures je m’étais donné à fond pour rester en vie. Après 16 heures de travaux de déblaiement de la maison avec des marteaux, des pelles, des scies, l’amputation de mes deux pieds a été pour moi un moment de soulagement. », a-t-il dit, les larmes aux yeux.
Il a ajouté plus loin qu’aujourd’hui, vivre en Haïti, c’est tout un combat pour lui, notamment à Port-au-Prince où c’est difficile pour des personnes à mobilité réduite comme lui de circuler en fauteuil roulant sur le trottoir. Des marchés improvisés et des marchands-es partout sur le trottoir ; des égouts à ciel ouvert m’empêchent grandement de me déplacer.
« Sans l’aide d’un ami qui vient me chercher en voiture, il est difficile pour moi de faire mes courses », a-t-il déclaré.
Des tas de cadavres partout dans les rues
Durant les heures et jours qui avaient suivi le tremblement de terre, partout dans les rues, des tas de cadavres étaient présents et en attente d’être enfouis. Avec l’aide de camions et de pelles excavatrices Port-au-Prince et ses environs avaient à épargner la population un risque sanitaire.
« Des milliers de cadavres étaient étalés aux alentours du stade Sylvio Cator. On les enlevait comme si on enlevait des tas d’immondices dans les rues », se souvient Pedro qui habitait à l’époque à la Rue Oswald Durand.
« Des gens avaient beaucoup pleuré durant les jours qui ont suivi le séisme. Sur le visage des gens que je croisais dans les rues, je pouvais facilement voir leur désespoir, leur peur, leur chagrin et leur incapacité à faire face à ce cataclysme. », a ajouté Pedro.
« Grâce à la mobilisation de la communauté internationale, beaucoup d’aides sont arrivées en Haïti. Aujourd’hui encore je me demande si toutes ces aides n’auraient pas pu servir d’opportunités pour mettre le pays sur les rails. », a-t-il souligné.
Près de 5,6 milliards de dollars d’engagement pris dans les mois qui suivent le séisme
Dans un élan de générosité sans précédent, sous l’égide des Nations-Unies et des États-Unis, une conférence internationale des donateurs a été organisée à New-York le 31 mars 2010, avec la participation du Brésil, du Canada, de l’Espagne, de la France et de l’Union européenne. Elle a suscité les engagements d’aide de 55 États et institutions internationales d’un montant de 5,6 Md USD, pour 2010 et 2011, dont 1 Md USD au titre de l’annulation de la dette extérieure d’Haïti. Cependant, pour plusieurs personnes interviewées pour la rédaction de cet article, rien de sérieux n’a été fait pour éviter autant de morts lors d’un cataclysme pareil.
« Nous avons l’impression que l’argent servait beaucoup plus aux pays donateurs que rehausser l’économie haïtienne qui était tant affectée au lendemain du 12 janvier. Les salaires, les avantages sociaux dont bénéficiaient les expatriés, les produits essentiels, les matériels et véhicules qui étaient achetés à l’extérieur, notamment dans les pays donateurs, laissent penser qu’Haïti a très peu bénéficié de l’aide » a souligné Pierrevil, un spécialiste de la coopération internationale.
L’église, lieu de commémoration du 12 janvier
Plusieurs personnes rencontrées cette semaine projettent d’aller à l’église ce dimanche pour prier. Cette tendance est constatée chez beaucoup de gens : « Pour ce 10 ème anniversaire, ma mère aurait 70 ans. La seule et unique façon de commémorer sa mémoire, c’est d’aller prier pour elle. Ensuite, je vais déposer une gerbe de fleurs à l’endroit où elle travaillait le jour du tremblement de terre », a déclaré Jimmy, d’une voix rauque.
Dans la programmation des activités pour ce dimanche, plusieurs églises sont prêtes à commémorer cette tragédie.
Pierre, Pasteur et responsable d’une église à Delmas a déclaré : « Dans tous les cultes de ce dimanche, nous allons observer une minute de silence en mémoire de tous les membres de l’église qui ont été victimes du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Après cette minute de silence, nous implorerons le seigneur afin d’épargner ce peuple qui continue d’être victime d’autres formes de séisme : politique, économique et sociale »
Marc-Dalème ACCÉUS

