“Procès Petrocaribe: le juje Ramoncite Accimé, Laurent S. Lamothe et consorts s’offrent un spectacle judiciaire au Bicentenaire”
Comment se fait-il que Laurent Lamothe ait pu faire une comparution-éclair devant le juge, alors qu’il venait de l’étranger et s’assurait déjà que le juge instructeur ne transformerait pas ce mandat de comparution en mandat de dépôt puisque, selon des témoignages, il avait déjà réservé son vol de retour le jour même de son audition au cabinet d’instruction?
par Me. Johnson JEAN-BAPTISTE
Mardi 3 septembre 2019 ((rezonodwes.com))– Alors que les escadrons de la mort, soutenus par des politiques, ne cessent de semer la peur et la mort au Bicentenaire de Port-au-Prince, zone abritant plusieurs grandes institutions de l’État (Palais de justice, Parlement, Primature…), il s’y joue des représentations attirant fortement l’attention du public.
Si pendant plusieurs décennies, les charmes et les façades pittoresques de ce lieu constituaient l’attraction pour des touristes étrangers à un niveau tel que même le généralissime dictateur dominicain, Rafaél Leonidas Trujillo, en visite alors à Port-au-Prince, ne pouvait y résister et était allé jusqu’à le prendre comme modèle des sites touristiques qu’il allait développer en République dominicaine, aujourd’hui il cède sous les coups répétés de la mauvaise gouvernance et de l’indifférence d’une classe corrompue de dirigeants de l’État et sans vision politique éclairée, pour faire place à d’autres formes de théâtre – cette fois-ci politico-parlementaires, de gangters armés et cannibalistes –, la justice elle aussi, à la faveur au moins du dossier Petrocaribe, s’invite en spectacle au Bicentenaire.
À la saisine du Cabinet d’instruction du Tribunal civil de Port-au-Prince par des citoyens et leurs avocats dévoués à la cause républicaine de voir que la justice fasse lumière sur la vaste dilapidation et vols de plus de 4 milliards de dollars américains des fonds Petrocaribe notamment par des membres du Gouvernement de Michel Martelly et Laurent S. Lamothe, le juge d’instruction en charge de ce dossier, Ramoncite Accimé, dont la tête est maintes fois redemandée par les avocats des plaignants, pose des actes dans la procédure qui ne paraissent pas tout à fait clairs.
D’ailleurs, on reproche à ce magistrat instructeur d’être trop proche des TètKale, d’être de connivence avec le pouvoir en place qui, lui, constitue un important obstacle à la réalisation d’un procès Petrocaribe juste et équitable. J’avais déjà montré dans un article publié fin janvier 2019 que le changement du régime au pouvoir est l’une des conditions sine qua non pour la tenue de ce procès.
Pour que le procès Petrocaribe puisse arriver à son terme, on a besoin des qualités de crédibilité, de responsabilité et d’impartialité des acteurs de la justice pour éviter un procès baclé, des décisions de justice parodieuses. Le juge qui mène l’instruction et celui qui connaîtra en jugement de ce vaste crime financier en lien au Petrocaribe doivent être totalement désintéressés, vidés de toutes suspicions légitimes.
Le juge Ramoncite Accimé aurait dû lui-même se déporter de l’instruction de ce dossier sans attendre la procédure de récusation des plaignants, lors même que tant de voix s’élèvent contre lui, s’il n’était pas intéressé dans cette affaire. Les actes qu’il pose ces derniers jours dans l’audition des anciens ministres et Premier ministre dont Stéphanie B. Vildouin et Laurent Lamothe, qui sont inculpés dans l’affaire de vol et de dilapidation des fonds Petrocaribe laissent planer plusieurs zones d’ombre et de maladresse sur la manière dont l’instruction est conduite, lesquelles nous permettent d’évoquer l’idée d’une théâtralité judiciaire pour qualifier ce qui se passe actuellement au cabinet de ce magistrat dans un Bicentenaire déjà habitué à ce genre de mise en scène.
D’importantes questions s’imposent:
Comment penser que le magistrat Accimé ait pu auditionner Laurent Lamothe et consorts discrètement dans le cadre de cette cause éminemment d’intérêt public?
S’il est vrai que l’instruction d’une affaire est régie par le principe de la discrétion judiciaire, cela doit s’entendre dans le sens de la non-divulgation du contenu de l’instruction, mais ce principe n’enlève pas aux citoyens le droit qu’ils ont d’être informés de certaines étapes du déroulement de l’instruction comme par exemple la comparution des inculpés devant le tribunal.
En outre, comment se fait-il que Laurent lamothe ait pu faire une comparution-éclair devant le juge, alors qu’il venait de l’étranger et s’assurait déjà que le juge instructeur ne transformerait pas ce mandat de comparution en mandat de dépôt puisque, selon des témoignages, il avait déjà réservé son vol de retour le jour même de son audition au cabinet d’instruction?
Quel intérêt a le juge Ramoncite Accimé d’entendre un inculpé de manière éclair dans un dossier financier aussi complexe et profond qu’est le dossier Petrocaribe?
Et enfin, pourquoi de tous les anciens ministres ou autres personnes auditionnés dans ce dossier aucun d’entre eux n’a vu son mandat de comparution transformé en mandat de dépôt?
D’ailleurs, dans tous les pays où la justice fait son bon travail, Laurent Lamothe, Stéphanie Balmir Vildouin et consorts seraient déjà menottés et jetés en prison. Si vous en avez des doutes, en guise d’exemple allez demander à Kéiko Fujimori et Pablo Kuzinscki, personnages étatiques forts du Pérou, ce qui leur est arrivé dans le scandale financier PetroBras-Odebrecht.
En conclusion, l’audition de Lamothe et consorts par le magistrat Accimé n’a été qu’une audition de complaisance démontrant que l’art du théâtre est aussi une représentation de la justice, du moins, celle du Bicentenaire.
Johnson JEAN-BAPTISTE
Avocat au Barreau de Port-au-Prince et professeur de Philosophie aux universités.-
E-mail: Johnson.jeanbaptiste@ymail.com


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