Accidents de la route en Haiti : radiographie d’un fléau national

Les accidents de la route, un fléau national

Dimanche 5 mai 2019 ((rezonodwes.com))– Au regard du nombre de victimes enregistrées annuellement, les accidents de la route demeurent l’une des premières causes de mortalité ou de handicap en Haïti. En 2018, la nature nous a été clémente. A part les 17 morts et les blessés enregistrés lors du séisme du 6 octobre, nous avions à déplorer peu de victimes liées aux catastrophes naturelles. Tandis que le bilan des accidents de la route pouvait se chiffrer par centaines de victimes (morts et blessés). La situation n’est pas différente en 2019. Toutes les semaines, on entend parler d’un accident de camion, de tap-tap ou de motocyclette. 39 accidents faisant 16 morts ont été dénombrés entre le 14 et le 21 avril 2019. Bien sûr, on pense également aux 13 accidents de la circulation survenus dans la seule journée du 1er mai 2019 (1). Ces derniers ont fait une trentaine de victimes dont 6 morts. Les accidents de la route sont un problème majeur qu’on ne devrait jamais négliger dans la gouvernance de la réduction des risques de catastrophes.

Les causes

En Haïti, le risque d’accident de la route ne reçoit pas toute l’attention qu’il mérite du système national de gestion des risques et des désastres. Pourtant, au moins six institutions sont impliquées dans la gestion de ce risque: le ministère des travaux publics, transports et communication, la police nationale d’Haïti à travers le service de  circulation, le ministère de la justice et de la sécurité publique, la croix rouge haïtienne, le centre ambulancier national et le ministère de la santé publique et de la population. Ces institutions sont censées être responsables des normes et de la qualité des routes, de la règlementation du transport et de la réponse aux urgences liées aux accidents. Alors pourquoi ça ne marche pas? Les causes des accidents de la route sont liées à des facteurs institutionnel, physique et socio-économique.

1) Facteur Institutionnel

Le risque de mourir ou se blesser dans un accident de la route reste très élevé en Haïti. Ceci s’explique d’abord par une faiblesse institutionnelle caractérisée par le manque de capacité du service de circulation à réglementer la circulation des véhicules notamment les motocyclettes qui tuent et amputent énormément de gens. On se demande s’il existe actuellement un service qui s’occupe de la certification et la vérification de l’aptitude d’un motocycliste à conduire. Le problème demeure également dans le laxisme intéressé du service de contrôle dans la délivrance des permis de conduire, la faiblesse du service d’inspection des véhicules et le faible niveau d’éducation et de sensibilisation des usagers de la route. De plus, le manque de respect des normes de construction et la qualité des routes (nids-de-poule, dos d’âne non signalés ou non réglementés), le manque de panneaux de signalisation sur les axes routiers font partie de la faiblesse institutionnelle qui favorise le malheur.

La corruption dans la délivrance des permis de conduire est l’une des pratiques qui tuent nos compatriotes dans les accidents. Certains chauffeurs racontent n’avoir eu aucun test leur donnant droit au permis de conduire. D’autres l’ont eu sans avoir mis les pieds au service de circulation. Pire, des permis délivrés sans que l’intéressé ait appris à conduire. Avec son permis en poche, le « tèt mato » (qui ne sait pas conduire) va essayer, tant bien que mal, de faire ses armes au péril de sa vie et de celle d’innombrables d’innocents. Aux autorités qui délivrent les permis: en agissant ainsi, pensez-vous aux conséquences? En prenant quelques gourdes de pot-de-vin, savez-vous que vous êtes en train de tuer massivement? Pensez-vous un instant que vos amis,  vos familles, voire vos propres enfants peuvent être vos victimes?

Cette corruption continue dans la rue. Le non-respect des règles de circulation devrait être sanctionné par des amendes, des recyclages (stages) jusqu’à la radiation totale du permis de conduire. En Haïti, quelle que soit la faute commise par le conducteur, il peut trouver un moyen de s’en sortir sans sanction. Selon la faute, un recyclage est prévu par la loi pour combler ses lacunes. Parfois, arrivé au centre de formation, le conducteur n’aura qu’à débourser une somme d’argent pour valider son recyclage. Sans assister une seconde à la formation. Le « tèt mato » est ainsi relâché dans la nature pour plus d’accidents.

2) Facteur physique lié à l’aménagement du territoire

Le risque d’accident s’accroit également avec le mode de gestion de l’espace. De grands marchés publics se trouvent sur les principaux axes routiers du pays. Des écoles dont la cour de récréation donne sur des routes nationales. Des convois funèbres, des festivités, de grands rassemblements populaires sont périodiquement organisés sur des axes routiers très empruntés. On se souvient encore des terribles accidents de circulation avec de nombreuses victimes survenues sur les routes nationales # 1 et 2 respectivement aux Gonaïves et à Léogâne lors des festivités de rara. Il n’est pas non plus superflu de mentionner la présence de grands animaux d’élevage le long des routes nationales qui occasionnent d’évènements regrettables.

3) Facteur socio-économique

Des éléments liés au comportement imprudent des chauffeurs jouent un rôle non moins négligeable dans l’occurrence des accidents de la route. Ces manquements sont, entre autres, l’excès de vitesse, l’alcool au volant, le stationnement à des endroits interdits, la mauvaise conduite sur la route, le refus de porter des casques par les motocyclistes. Il est à noter que la plupart de nos véhicules sont usagés, sans doute avec des défauts assez graves de fonctionnement. À cela s’ajoute également la mauvaise pratique de surcharge des véhicules pour maximiser son profit mais qui a une incidence sur le risque d’accident.

S’il est difficile d’éliminer totalement le risque d’accident, on peut prendre des mesures préventives visant à le réduire. Ces mesures passent nécessairement par une meilleure gouvernance du risque de catastrophes qui implique le renforcement et l’application du dispositif réglementaire (législation, contrôle, sanction).  Cela passe aussi par une politique de prévention efficace visant la formation appropriée des usagers, des campagnes de sensibilisation et d’éducation du public et l’amélioration des secours après accident. La solution vient également de l’investissement dans la construction des infrastructures routières (routes, ponts, trottoirs, contrôle électronique,…) aux standards requis, dans l’entretien périodique des voies publiques, dans des panneaux de signalisation, dans la relocalisation des marchés publics se trouvant sur les routes nationales, entre autres.

Luckecy MATHIEU

matou.luckecy3@gmail.com

Newdeskarl SAINT FLEUR

newdeskarl@gmail.com
1.- https://lenouvelliste.com/article/201229/13-accidents-dans-la-journee-du-1er-mai

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