Le hastag #PetroCaribeChallenge peut-il conduire vers la contestation populaire en Haïti?

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par James Stanley Jean-Simon

Mardi 21 août 2018 ((rezonodwes.com))– En moins d’une semaine, le monde virtuel des réseaux sociaux en Haïti a vécu une hyperactivité où le hastag “ PetroCaribe Challenge” est lancé et partagé des milliers de fois. Il a été repris d’une part par les citoyens de tout bord (enseignants, cinéastes, chômeurs, artistes, etc), d’autre part certains politiques et des éléments de la pseudo-élite économique du pays.




Des Haïtiens de la diaspora se sont laissés également appréhender par la question. Facebook, Twitter, WhatsApp ont été le moteur d’un cyberactivisme intense où les adeptes des médias sociaux en Haïti se sont posés cette question majeure : “Kote lajan Petwokaribe an souple?” ( Où est passé l’argent du PetroCaribe?). Le cocasse dans tout ça, pour le moins c’est que les anciens gestionnaires des dits Fonds PetroCaribe se posaient curieusement la même question! Avec quelle indécence! Suivez notre regard.

Dans un précédent article, (cf Les Réseaux sociaux et médias en ligne en Haïti, futur vecteur de la contestation populaire ), nous avons souligné que les médias sociaux auront un rôle à jour dans le futur dans la contestation populaire en Haïti. Nous avons pris, pour prêcher l’exemple, le monde Moyen-Oriental ( Syrie, Egypte, Tunisie etc). D’autre part, nous avons mentionné les mesures de rétorsion que des régimes autoritaires d’Afrique et d’ailleurs ont pris afin de contrer la montée de toutes nouvelles contestations dans leurs pays respectifs.

Certains de ces gouvernements rendent l’Internet indisponible (cf. La proclamation des résultats du second tour au Mali qui a vu le triomphe pour un second quinquennat de IBK), d’autres cherchent à imposer de nouvelles taxes sur les appels via les réseaux sociaux ( WhatsApp, Imo par exemple).




Il reste un fait certain que le soutien populaire que connait le hastag “ Kote lajan Petwokaribe an souple” se trouve en droite ligne au mouvement populaire du 6 et 7 juillet 2018 qu’ a connu le pays. Il y tourne lentement une certaine prise de conscience générale travaillant petit à petit la population.

Feux croisés sur la question

Il ne faut pas oublier la dynamique régionale et mondiale favorable. En effet, un peu partout, le système judiciaire de différents pays enquêtent, jugent et condamnent les hauts dignitaires corrompus à de grandes peines. Récemment, on a eu l’exemple de l’ancienne présidente de la Corée du sud, du vice-président de l’Argentine, des anciens présidents du Pérou, du Panama et du Salvador. Plus près de nous, de l’autre côté de la frontière, en terre dominicaine, il y a environ une semaine que s’est déroulée la grande marche verte ( Marcha Verde) contre la corruption qui gangrène ce pays.

Mais cette dynamique enclenchée contre la corruption et la dilapidation des Fonds du PetroCaribe en Haïti par la population franchira-t-elle le stade virtuel des réseaux sociaux pour être entériné dans la glaise du réel? Il y a certes un front commun qui est entrain d’être constitué contre le vol des ressources financières du pays, cette prise de conscience c’est de bonne guerre. Elle doit s’affranchir toutefois de la virtualité des médias sociaux pour se constituer dans la réalité quotidienne.

Du monde virtuel au monde réel : Que faire?




Que les citoyens et les présumés dilapidateurs de ces fonds se jettent ensemble dans la lutte pour savoir où sont passés les 3.8 milliards dollars de PetroCaribe, c’est déjà une bonne chose! Place maintenant aux citoyens lesquels doivent maintenir la pression pour que les gestionnaires de ces fonds puissent rendre compte et payer pour le prix de leur forfait. Il faut que la nation demande des comptes comme l’aurait dit l’historien haïtien Alain Turnier, dans son classique ouvrage «Quand la nation demande des comptes».

Est-ce que ce hastag restera-t-il un vœu pieux ou mènera-t-il vers une contestation populaire de grande envergure finale? Dans le monde Moyen-Oriental, les réseaux sociaux ont été le premier catalyseur des luttes au début des années 2011. Ces luttes ont emportés des régimes autoritaires ( régimes de Ben Ali et de Moubarak), et ont rendu possible certaines réformes au Maroc et en Tunisie. Pour accomplir cette dynamique, il reste un fait que la population haïtienne doit faire le saut contre la corruption et la dilapidation des maigres deniers publics, en franchissant le frontière du virtuel des réseaux pour habiter le monde réel du “ béton” républicain haïtien.

Les médias sociaux ont joué un rôle fondamental dans le mouvement du 6 et 7 juillet en tenant la population informée du déroulement des événements, en servant de booster à la contestation, d’autre part. Est-ce que ces médias au delà du #PetroCaribe Challenge aideront le peuple à accomplir le bond savalteur contre les dilapidateurs et les corrompus haïtiens de tous poils. Et permettra-t-il pour de bon à la justice de mettre la main au collet des bandits légaux qui ont dilapidé les Fonds du PetroCaribe? “Kote lajan Petwokaribe an souple?”

Et si vraiment, à partir du PetroCaribe Challenge, « La nation demandait-elle réellement des comptes?»

James Stanley Jean-Simon
Poète, conteur et écrivain

E-mail: jeansimonjames@gmail.com

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