Fuite massive de cerveaux et de capitaux : l’Etat Haïtien doit stopper cette infernale hémorragie sociale et économique

Pour seulement 200 mille de nos frères nomades au Chili et au Brésil, l’économie Haïtienne aurait accusé une perte sèche de plus de 400 millions de dollars US, sous l’hypothèse d’un montant minimal de 2 mille dollars à mobiliser per capita.

Samedi 12 janvier 2019 ((rezonodwes.com))– Pourtant, cette statistique démographique est nettement supérieure à l’effectif des Haïtiens cloîtrés actuellement au chili et au Brésil. Selon les statistiques de la police d’investigation chilienne (PDI), le territoire chilien abrite actuellement plus de 165 000 Haïtiens dont 111 746 y sont arrivés[1] en 2017 contre 4 053 en 2014 et 13 299 en 2015.

Au début du pic de l’exode massif des Haïtiens, selon l’OIM[2], le Brésil a décroché la palme en ayant accueilli 67 000 migrants Haïtiens entre 2014 et 2016. Pour la même période, 18 000 respectivement 1 200 Haïtiens prenaient les destinations vers le Chili et l’Argentine.

Arrivée sur le territoire chilien, la force de travail haïtienne, constituée de 80% de jeunes dans la tranche d’âges de 15 à 44 ans, selon l’IPPDH, le MERCOSUR et l’OIM, n’arrive pas à intégrer le marché de l’emploi chilien pour rentabiliser les investissements consentis dans les achats de billets, argent de poche et autres dépenses accumulant plus de 2000 dollars US par tête. Ces courageux hommes et femmes désespérés, à qui l’Etat dédie le refrain « on s’en fout », ont expérimenté le cauchemar de grossir le nombre de chômeurs Haïtiens sur cet espace de l’Amérique latine où ils sont malheureusement l’objet d’une triple discrimination : la couleur de la peau, la langue et la pauvreté.

Un Etat Haïtien irresponsable, sans vision, sans leadership

Absence de planification, manque d’informations pertinentes, absence de politiques publiques, irresponsabilité flagrante de l’Etat sont entre autres les principaux facteurs de l’échec cuisant encaissé par nos compatriotes qui ont vu de toutes les couleurs avant de décider, pour certains d’entre eux, de laisser avec désolation leurs péripéties pour faire un « coming back home ». Faute de vision et de leadership de nos dirigeants qui ne s’occupent que de leurs agendas cupides et mesquins, ces descendants de la première république noire du monde, en quête de bien-être, ont tout perdu pour atteindre cet espace de 756 621 km carrés habité par 17 millions d’hispanophones.

Contrairement à nos compatriotes Haïtiens, les autres immigrants, venant de Colombie, du Pérou ou du Vénézuela, parlent l’espagnol. L’intégration haïtienne dans la société chilienne, que ce soit en termes de logement, de travail ou de relations sociales, est donc un véritable défi. Au Brésil, le choc d’intégration n’est pas aussi pénible ; mais, non avec la même intensité, la discrimination n’épargne pas non plus nos concitoyens dans ce pays émergent, classé 79e mondial selon l’indice de développement humain.

En référence à son indice de développement humain (IDH) très élevé de 0.847, le Chili est aujourd’hui classé en 38e position[3] dans le classement mondial. Un taux de chômage d’environ 6% seulement, un PIB de plus de 400 milliards de dollars US,  un revenu per capita supérieur à 23 000 dollars US, ces statistiques économiques augurent une embellie de l’économie chilienne qui fait donc l’objet de convoitise des  habitants des pays voisins à immigrer au Chili. Cependant, ce tableau macroéconomique reluisant ne favorise pas les Haïtiens qui sont victimes de xénophobies et de bien d’autres préjugés répugnants au sein du pays dirigé par le président Sebastián Piñera, suspect de racisme dans les décisions et les mesures qu’il implémente en défaveur des immigrants Haïtiens.

Offrir des alternatives à cette force de travail en quête d’emplois et d’une vie meilleure

Aujourd’hui, la conquête de la richesse des sociétés modernes passe par l’acquisition d’un niveau de capital humain qualitatif et quantitatif en adéquation avec les nouvelles exigences stipulées dans les nouveaux paradigmes de développement économique. La construction d’une masse critique de ressources humaines compétitives munies de la capacité de s’adapter avec les changements technologiques qui dominent le 21e siècle constitue la toile de fonds des offres sociales, économiques et politiques des pays industrialisés.

Les principales entreprises qui se sont récemment démarquées dans la course à l’opulence au plus haut niveau embauchent les cadres les plus compétents et les plus dynamiques afin de rester dans l’arène de la bataille capitaliste pour asseoir leurs positions économiques dominatrices. Du train que ça va, la maîtrise de la technologie devient un objectif majeur pour les hommes et les femmes qui veulent se tailler une place de choix dans les affaires sociales, culturelles et économiques sur l’échiquier mondial.

Selon le dernier classement de BrandZ[4], six des 10 meilleures entreprises mondiales, en termes de marques, sont spécialisées typiquement dans la technologie et pèsent à elles seules 1,144 trillion de dollars US. Google occupe la tête du peloton et vaut aujourd’hui 302 milliards de dollars, tandis qu’Apple, Amazon et Microsoft occupent respectivement les 3 meilleures places après Google avec respectivement 300 milliards, 207.6 milliards et 201 milliards de dollars. Tencent et Facebook se classent respectivement en cinquième et sixième places, avec 179 milliards et 162 milliards de dollars. La troisième place (Amazon), est la seule parmi les six premières à ne pas être occupée par une société technologique, mais cette entreprise dominatrice dans le e-commerce dirigée par le plus riche milliardaire du monde, Jeffrey Preston Bezos, fait une utilisation à outrance des produits technologiques pour assurer son efficience et sa suprématie.

Ce siècle est alors celui de l’expansion du BPO[5] (Business Process Outsourcing) qui domine le monde des NTICs avec des services  diversifiés dans une panoplie de domaines. Une compagnie américaine n’a pas nécessairement besoin de se délocaliser ou de développer des filiales en Europe, en Asie, en Afrique pour bénéficier respectivement des services d’un Européen, d’un Asiatique, d’un Africain ou d’un Haïtien. C’est à travers ces pratiques compétitives actuelles qui requièrent assez souvent un esprit dynamique, des niveaux de formation adaptés aux nouveaux paradigmes, des compétences accrues dans les domaines de la technologie, des mathématiques et de l’apprentissage des langues que certains pays ont pu tirer leur épingle du jeu et emprunter du coup des sentiers de croissance prospère jusqu’à se transformer pour certains en des pays émergents en des temps records.

Evidemment, pour pouvoir bénéficier des bienfaits des enlèvements des barrières présentielles, raciales et continentales, il faut pouvoir développer en permanence des capacités de culture de recherche scientifique afin de saisir les dynamiques et les versatilités qui s’opèrent à  vitesse TGV dans le monde technologique.

Haïti peut emboiter le pas aux pays émergents qui ont su profiter des bienfaits de la technologie

Quelques jeunes entreprises sociales haïtiennes dont le BEST, le BANJ de la précoce célébrité Haïtienne Marc-Alain Bouccicault[6], récipiendaire du prix Change Maker en 2018, le CEDEL[7] du jeune dynamique Rock André, l’association ARC, entreprise sociale à la cité Anacaona, s’inscrivent dans cette dynamique d’encadrer des élèves, des jeunes professionnels, des étudiants et des entreprises haïtiennes en leur ouvrant les yeux sur les nouvelles opportunités dans le monde. A travers diverses initiatives et de nombreux évènements sociaux, ces genres d’entreprises incitent les jeunes à découvrir leurs pleins potentiels et mettent les projecteurs sur les effets positifs de cultiver des attitudes dynamiques de recherche et d’adaptations aux nouveaux défis qui puissent faciliter entre autres des emplois et des partenariats avec des entreprises de la Sillicon Valley.

C’est une très bonne chose que de jeunes entreprises sociales s’investissent à offrir de telles options à des jeunes en les incitant à croire en leur potentiel et à se positionner de manière stratégique sur les marchés national et international au lieu de déserter le pays. Cependant, pour être plus efficaces, ces initiatives méritent d’être véhiculées à l’échelle nationale, ancrées et pérennisées par les institutions régaliennes pour la conception de politiques publiques et des interventions à implémenter par l’Etat.

Les relations de causalités sont élevées entre le savoir, le savoir-faire et le développement

C’est à partir de la masse critique intellectuelle constituée en termes quantitatifs et surtout en termes qualitatifs que les sociétés émergentes arrivent à se démarquer pour emprunter la trajectoire de sociétés industrialisées. Si une tendance favorable de la position économique et sociale d’un pays requiert une grande quantité d’individus à atteindre un niveau de scolarité important ; les économistes du développement s’accordent à asseoir le fondement de cette vérité prioritairement dans la qualité de la formation offerte dans ces économies dites modernes et prospères. Le nombre de personnes instruites joue évidemment un rôle important dans l’explication de la démarcation entre sociétés modernes et sociétés traditionnelles ; il en demeure par ailleurs plus évident que la qualité de la formation insufflée à la force de travail présente et future influence énormément le classement des pays sur l’échiquier du développement économique et social.

C’est à la lumière de ce nouveau paradigme de développement que les dragons asiatiques[8] sont passés du stade de pays en voie de développement pour franchir celui de pays émergents puis de pays développés vers les années 1990. D’autres facteurs tels que le climat social et politique sont importants pour assurer la compétitivité d’un pays ; mais encore, de tels fruits sont la résultante de politiques et de pratiques de vie capable de changer les attitudes et les mentalités.

D’un autre côté, les pays qui connaissent des retards fulgurants dans leur croissance et leur développement sont ceux qui n’ont pas su profiter des retombées positives des nouvelles technologies qui s’alimentent par un niveau de capital humain en adéquation avec les exigences qu’elles drainent avec elles. Ces pays n’ayant pas su à travers leurs dirigeants insuffler à leurs forces vives les avantages socio-économiques résultant d’une matière grise plus efficiente croupissent toujours dans un marasme économique et une misère abjecte. 

C’est dans cette direction que l’Economiste Robert Lucas a évoqué l’expression de « Trappe au sous-développement[9]» qui empêche à certains pays de converger vers un sentier de croissance et de développement soutenable. Dans le même sens, on pourrait faire référence à l’Indice de Développement Humain (IDH), qui représente suivant le nouveau paradigme de développement préconisé par le Pnud[10] dont la paternité est attribuée au fameux économiste Indien Amartya Sen (Prix Nobel en 1998). Cet indicateur composite à visage humain fondé sur l’espérance de vie, le niveau économique et le niveau d’éducation permet de classer les pays du globe par rapport à leur niveau de développement. En référence à cet indicateur, Haïti, avec un très faible IDH[11] de 0.498, occupe aujourd’hui la 168e place parmi 189 pays du globe.

Ce triste tableau dépeint un gaspillage économique et social spectaculaire résultant d’une vaillante force de travail qui déserte, en quête d’un mieux-être illusoire, notre chère Haïti, un pays pourtant riche et attrayant. Ces femmes et ces hommes intelligents et laborieux – parmi lesquels des ingénieurs, des comptables, des économistes, des étudiants finissants voire des professeurs – auraient pu gagner leur vie décemment et participer activement à la création de richesse dans cet espace de 27 750 km carrés légués par nos ancêtres.  

Si la présidence savait utiliser avec justesse les fonds du PetroCaribe pour respecter ses promesses fallacieuses : électricité 24h/24, construction de téléphérique, d’infrastructures routières, de huit aérogares, de 3 aéroports, en combinant la terre, le soleil et les ressources humaines, cette force vive du pays n’aurait pas essuyé cette atroce décapitalisation couplée de sordides humiliations de toutes sortes dans des pays de l’Amérique Latine qui nous ont enviés et nous ont considérés jadis comme leurs modèles.

A quand donc la présidence saura-t-elle tenir ses promesses de corriger les malversations et les prévarications de l’administration antérieure et utiliser ses capacités d’innovation pour mettre de l’argent dans la poche et de la nourriture dans les assiettes de cette population affamée, humiliée, et bafouée ?

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com


[1] https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/04/25/au-chili-le-sort-precaire-des-migrants-haitiens_5290267_3222.html

[2] http://www.loophaiti.com/content/combien-dhaitiens-ont-migre-vers-chili-et-bresil-entre-2014-et-2016

[3] https://lenouvelliste.com/article/181860/limmigration-haitienne-au-chili-a-augmente-de-114-en-2017

[4] http://brandz.com/admin/uploads/files/BZ_Global_2018_DL.pdf

[5] https://www.quora.com/What-are-the-top-ten-BPO-business-process-outsourcing-services-worldwide-Why

[6] https://yourmarkontheworld.com/2018-changemaker-of-the-year-marc-alain-boucicault-founder-of-banj/

[7] http://cedelhaiti.org/?Services-18

[8] Les Quatre Dragons que sont les nouveaux pays industrialisés d’Asie (NPI ou NPIA) sont : la Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong.

[9] Concept paru en 1988 avec Robert Lucas, lauréat du prix Nobel d’Économie en 1995.

[10] Programme des Nations Unies pour le Développement

[11] https://lenouvelliste.com/article/181860/limmigration-haitienne-au-chili-a-augmente-de-114-en-2017

2 pensées sur “Fuite massive de cerveaux et de capitaux : l’Etat Haïtien doit stopper cette infernale hémorragie sociale et économique

  • 12 janvier 2019 à 5:29
    Permalink

    A vrè di, fuit masiv oubyen emoraji sosyal ak ekonomik sa a koumanse byen lontan e pi patikilyèman, sou leta kriminèl Divalyeris yo, epi kontinye jouk jounen jodi a. Menm kòz, menm efè! Se menm klas dominan reyaksyonè yo, politisyen abolotcho yo anba dikta peyi kolon enperyalis yo ki toujou sou kou Pèp Ayisyen an jounen jodi a. Yo pa janm gade Pèp la pou moun, men plito kòm bèt de sòm, esklav, ak mendèv bon mache. Men kouman lelit tilolit ekonomik ak politik yo wè nou menm Pèp Ayisyen.

    Moun nan leta yo konstitye tèt yo an boujwazi biwokratik e se yo ki alatèt alyans nan mitan Blòk Opouvwa a ki gen ladann tou, boujwazi konpradò a (boujwa enpò-ekspò yo), boujwazi monopolis la, boujwazi zòn franch/soutretans la, ak grandon yo/gran pwopriyetè fonsye yo. Yo anti nasyonal ak anti pèp. Yo pa gen anyen yo pral fè pou stope fuit masiv sèvo nan peyi a.

    Sèl solisyon ki genyen se pou Pèp la vreman pran desten li nan pwòp men li paske se li ki se sèl ATIZAN EMANSIPASYON LI.

    Répondre
  • 13 janvier 2019 à 8:07
    Permalink

    Les dirigeants et les bougoies haïtiens corrompus sont de délinquants juvéniles, de vomissements d’ordures, de cancers, de microbes, de sida, de l’ebola, de choléra, de vaccins mortels, de la grippe aviaire, de la rage des chiens, de la chigoungounya, des parasites, des inutiles et des esclaves de blancs voyous juvéniles et terroristes. Du coup la population haïtienne devra prendre de leur destin en main pour fermer les ambassades suivantes: les États-Unis, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, le Canada, l’Espagne, l’Italie et la République Dominicaine. Haïti devra faire allier avec les ennemis américains, tels que : la Russie, la Chine, L’Iran,
    La Corée du Nord ou autres , sinon le pays d’Haïti ne pourra jamais jamais jamais avancer vers la marche à suivre tant que ces cancéreux éparpillés sur notre territoire national. Les américains veulent toujours que les haïtiens quittent le pays d’Haïti pour faire la République Dominicaine de nous s’occuper comme des p’tits toutous. Désormais le peuple Haïtien doit ouvrir les yeux pour insulter les américains et de rentrer dans leur maman. La population haïtienne doit cesser de partir parce que les blancs font la fête sur le dos des haïtiens quand le pays d’Haïti s’approvu dans l’extrême pauvreté. Les idées de blancs voyous juvéniles et terroristes. C’est de nous voler nos richesses en Haïti pour faire comme en Somalie. Je demande de bien vouloir aux dirigeants haïtiens pourris avec beaucoup de fermetés de signer des décrets rapidement pour que tous les blancs voyous juvéniles et terroristes quittent notre territoire national . Je demande aux dirigeants haïtiens corrompus le plus amplement d’appliquer les articles de la constitution Dessalinienne de 1805. Afin que pour pouvoir guérir les cancers qui nous rongent depuis de décennies en Haïti. Si les dirigeants haïtiens corrompus ne voudront pas mettre la constitution Dessalinienne en application. Hé ben aujourd’hui la population haïtienne pourra passer par le référendum massivement. Mon peuple est péri par manque de connaissance OSÉE 4:6. Hé ben aujourd’hui aux 21ème siècles et en 2019, les jeunes haïtiens ont compris que le cancer du poumon de notre pays d’Haïti vient des blancs voyous juvéniles terroristes et les dominicains homosexuels . Le voile du temple s’est déchiré aux yeux des Américains qui sont complices de tous les malheurs qui s’abattent sur notre pays d’Haïti chérie. Les haïtiens doivent cesser de manger dans la même assiette avec les américains contaminés. Merci beaucoup !!!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.