PHILIPPE LAHENS, UN TECHNOCRATE PATRIOTE MORT DANS LE CHAGRIN DE SON PAYS
Par Pierre Robert Auguste
Il y a moins d’une semaine, kouz, Yanick LAHENS et moi nous nous appelons ainsi par tradition familiale, m’a annoncé l’état critique de son mari, Philippe, je voyais surgir dans mon souvenir la belle époque où de nouveaux entrepreneurs croyaient pouvoir insuffler l’esprit du changement à leur milieu associatif. Ce fut entre 1999 et 2003.
Président de la Chambre franco-haitien ne de commerce et d’industrie ( CFHCI ) , Phillipe LAHENS , économiste formé à l’université Paris-Dauphine, se complaisait dans le rôle d’un homme de cabinet, soucieux des emprises de la réalité, tenté par un esprit réformiste prudent, souvent trop douillettement prudent. Au conservatisme de ceux qui savent conserver toutes les pratiques du mal égocentrique sauf celles du bien commun dans les affaires, il a toujours mis en avant les principes technocratiques, et les obligations morales qu’on doit à son pays. Philippe s’entichait d’une communauté d’affaires émergente auto- centrée et croyait improductive et socialement dangereuse une caste des affaires monopoliste, acculturée. Une économie nationale se construit sur une théorie d’avancement non discriminatoire, plus ouverte en opportunités aux classes moyennes.
Dans les séances de la défunte et regrettée conférence des présidents des associations patronales ( appellation que je combattais) , Philippe Lahens aimait me voir pourfendre les idées surannées et les pratiques démodées qui ont la vie dure de par la pusillanimité des acteurs publics. Il lui arriva de s’étonner et s’inquiéter même de ma témérité contre ces derniers et contre des représentants de l’internationale. Je me rappelle aujourd’hui comme il y a 23 ans son conseil de prudence et de vigilance vis-à-vis de l’ambassadeur américain James Foley à qui j’opposais une bonne g jfarouche défense de l’intérêt national face à sa contre-offensive pressurante de l’intérêt de son pays. Teke fren ou, PRA , me disait-il avec ce débordement d’affection et d’admiration en ajoutant à l’intention des autres : » PRA pa nan rans » ( PRA ne joue pas)
Cependant, au fort des malheurs de ses amis, il ne s’esquivait jamais . Il a pu se consoler de certains regrets. Dans les derniers moments de sa vie, on se parlait souvent,on ne pouvait se voir depuis plus de 4 ans sous ce règne infernal de l’insécurité à gage, Philippe ne m’a jamais évoqué sa maladie malgré ses souffrances. Avec un récepteur à ses côtés,il suivait l’évolution des actualités du pays, se désolait de la méchanceté inconcevable des uns, de la lâcheté,de l’indifférence,de l’insensibilité coupables des autres. Ce n’ est pas gai de se mourir dans le chagrin sans entrevoir une lueur d’espoir pour un pays qu’on aime. Ainsi,ce matin, s’est achevée la vie d’un homme, un technocrate patriote peu connu, Philippe Lahens, qui s’était retranché dans la solitude fatale, à l’ombre bienfaisante de sa chère et courageuse épouse Yanick Jean Pierre, loin des laideurs d’un pays et la décomposition morale de ses élites.
La vie de Philippe Lahens est toute une page d’histoire qui puisse éclairer la vie économique haïtienne de ses 45 dernières années.
Sans se méprendre, » la mort n’est-elle pas un état préférable que la vie? »
A la paix que je souhaite à ton âme,Philippe, j’ajoute mes sentiments contrits et mes condoléances profondément émues à mes Kouz, Yanick, Lissa, Alain ,tes enfants, tes parents.
Gonaïves le 4 juin 2026
Pierre Robert Auguste

