29 mai 2026
Jean Garry Denis, ex DG du MCC : Le drame de la Citadelle, entre responsabilité institutionnelle et dérive populiste
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Jean Garry Denis, ex DG du MCC : Le drame de la Citadelle, entre responsabilité institutionnelle et dérive populiste

Suite au drame meurtrier de la Citadelle, Jean Garry Denis dénonce l’abandon du patrimoine national par l’État haïtien. Entre défaillances institutionnelles, centralisation excessive et réflexes populistes, il plaide pour une véritable politique de protection culturelle.

Le drame survenu le 11 avril 2006 à la Citadelle, ayant entraîné la mort de plus d’une trentaine de personnes, met en évidence de graves défaillances dans la gestion et la sécurisation de ce site patrimonial. Les autorités compétentes — notamment le Ministre de la Culture et le Directeur général de l’ISPAN — ont privilégié une logique de désignation de boucs émissaires au sein des échelons subalternes, plutôt que d’assumer une véritable responsabilité institutionnelle visant à gérer durablement la crise et à prévenir de futurs risques

Ce tragique événement révèle des faiblesses structurelles persistantes, connues de longue date :
1- Une centralisation excessive des décisions et des ressources à Port-au-Prince ;
2- Une insuffisance criante de personnel, avec seulement deux agents munis de bâtons pour sécuriser un site de 10 000 m² ;
3- Un autoritarisme administratif limitant l’autonomie des autorités régionales ;
4- L’absence de suivi des requêtes formulées par les bureaux régionaux, notamment celles relatives à la semaine sainte, période accueillant traditionnellement des milliers de pèlerins.

Il était prévisible qu’un site aussi emblématique, régulièrement fréquenté par de grandes foules, devienne le théâtre d’un drame en raison de son abandon par l’État. Plusieurs faits antérieurs en témoignent :
1- À la suite du vol des couleuvrines de la Citadelle, des initiatives du secteur privé du Nord ont appuyé la PNH dans la sécurisation du site. Ces efforts, bien que louables, n’ont pas été relayés par une action publique durable ;
2- L’organisation, sous mon initiative, d’un forum sur la sécurisation des biens culturels fut boycottée par les autorités concernées, dont l’actuel DG de l’ISPAN, alors Ministre de la Culture ;
3- Une proposition de mission de la Direction générale, soumise une semaine avant le drame, afin d’évaluer l’afflux de pèlerins et de recommander des mesures de sécurité adaptées, fut ignorée par le Ministre de la Culture ;
4- Les démarches entreprises pour des travaux d’enrochement et de maçonnerie au Fort Saint Joseph n’ont pas été suivies, laissant l’édifice se dégrader sous l’effet des intempéries.

Ce quatrième constat souligne un problème plus large : l’absence d’une politique publique cohérente et durable en matière de protection du patrimoine. Les interventions ponctuelles, souvent motivées par des considérations politiques ou médiatiques, ne sauraient remplacer une stratégie nationale de sauvegarde des biens culturels. La fragilité des infrastructures, l’insuffisance des moyens humains et financiers, ainsi que le manque de coordination interinstitutionnelle, traduisent une gouvernance culturelle déficiente. Or, la préservation du patrimoine ne peut être envisagée comme une charge secondaire : elle constitue un levier de développement, un facteur de cohésion sociale et un instrument de rayonnement international. La Citadelle, symbole de résistance et de souveraineté, mérite une gestion à la hauteur de son importance historique et identitaire.

La réaction de l’État après ce drame illustre une tradition d’irresponsabilité et de populisme. Le Ministre de la Culture a procédé à la révocation des directeurs de l’ISPAN et du MCC dans le Nord, accusant l’un d’eux de « passivité tendancieuse », une décision sans précédent dans l’administration publique. L’attitude du DG de l’ISPAN, demeuré silencieux face au lynchage médiatique injuste d’un cadre particulièrement productif, traduit une absence de solidarité institutionnelle. «Tu quoque mi fili » c’est la meilleure formule historique pour qualifier ce comportement.

La culture constitue l’un des principaux vecteurs de rayonnement international et demeure un élément essentiel de cohésion nationale. Il est impératif de la protéger contre les dérives populistes et les instrumentalisations politiques qui menacent sa pérennité.

Jean Garry Denis
Ex-DG du Ministère de la Culture et de la Communication

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