21 mai 2026
Lubies et réalité : Alix au pays des communiqués
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Lubies et réalité : Alix au pays des communiqués

Il existe des dirigeants qui gouvernent un pays. Et il existe des hommes qui administrent une illusion. Alix Didier Fils-Aimé appartient à cette seconde catégorie. Il parle comme on publie un communiqué : avec emphase, abstraction et distance. Chez lui, le verbe remplace l’action. La déclaration tient lieu de politique publique. L’annonce devient un événement. La promesse se substitue au réel.

Chaque semaine apporte sa procession de textes officiels : sécurité imminente, élections garanties, gangs « sur la défensive », retour de l’État, prise en charge des déplacés, redressement institutionnel. Le pouvoir haïtien ressemble désormais à une salle de rédaction vide où l’on fabriquerait des manchettes pour masquer l’effondrement du bâtiment.

Pendant ce temps, Haïti s’enfonce.

Les gangs contrôlent toujours l’essentiel de Port-au-Prince. Des hôpitaux évacuent leurs patients sous les balles. Médecins Sans Frontières suspend des services. Des milliers de familles fuient encore leurs quartiers. Plus de 1,4 million d’Haïtiens sont désormais déplacés à l’intérieur même de leur propre pays.

Mais Alix Didier Fils-Aimé continue de parler comme un homme qui aurait déjà gagné la guerre.

En janvier, il promettait que « 2026 sera l’année de la sécurité et des élections ». Quelques mois plus tard, le même Premier ministre reconnaît finalement que les élections prévues ne peuvent avoir lieu, faute de sécurité suffisante. Ainsi fonctionne désormais le pouvoir haïtien : on annonce d’abord, on constate ensuite, on improvise enfin.

Cette mécanique de la fiction gouvernementale finit par devenir obscène.

Car le peuple, lui, n’habite pas les communiqués de la Primature. Il habite les camps de déplacés. Il habite les rues abandonnées aux groupes armés. Il habite les villes où les commissariats brûlent tandis que l’État rédige encore des notes de satisfaction. Même certains partis politiques alliés du système transitoire alertent désormais sur « la dégradation continue » de l’environnement sécuritaire et sur l’absence de perspectives claires pour le retour à l’ordre constitutionnel.

Le plus inquiétant n’est peut-être pas l’échec. Après tout, Haïti est un pays martyrisé depuis des années par la corruption, la violence et l’effondrement institutionnel. Le plus inquiétant est cette impression de déconnexion presque monarchique du pouvoir. Comme si Alix Didier Fils-Aimé avait fini par croire à sa propre communication. Comme si voyager, rencontrer des diplomates, multiplier les sommets et publier des communiqués suffisait à recréer un État.

Le drame haïtien est aussi là : un pays réel agonise pendant qu’un pays imaginaire est administré depuis les salons officiels.

À écouter le Premier ministre, tout semble toujours « en cours » : les gangs seraient contenus, la sécurité progresserait, les forces internationales arriveraient, les institutions se renforceraient. Mais en Haïti, le futur est devenu une technique de gouvernement. On gouverne par le lendemain. On reporte l’échec dans la promesse suivante.

La réalité, pourtant, est têtue.

Elle revient toujours, brutale, dans les colonnes des journaux, dans les cris des déplacés, dans les quartiers abandonnés, dans les vidéos d’incendies, dans les écoles fermées, dans les morgues pleines, dans ces policiers dépassés qui attendent des renforts qui ne viennent jamais.

Alix Didier Fils-Aimé agit comme ces souverains finissants qui croient encore commander un royaume alors que les murailles sont déjà tombées. Il parle en chef d’État d’un pays dont l’État recule chaque semaine un peu plus.

Et le peuple haïtien, lui, regarde passer les communiqués comme on regarde des affiches collées sur les ruines d’une maison incendiée.

Josette Larosine

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