16 mai 2026
Gonaïves | Place d’Armes restaurée : Jacqueline P. Casséus de la ‘Patrie en Danger’ et le maire appellent à protéger le haut lieu de l’Indépendance
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Gonaïves | Place d’Armes restaurée : Jacqueline P. Casséus de la ‘Patrie en Danger’ et le maire appellent à protéger le haut lieu de l’Indépendance

Reportage de Claudy Briend Auguste

Aux Gonaïves, la matinée du samedi 16 mai 2026 avait la densité particulière des grandes heures civiques. Sur la Place d’Armes rénovée, habitants, membres de la diaspora, autorités municipales, représentants associatifs, jeunes artistes et visiteurs se sont rassemblés autour d’un espace qui dépasse la seule géographie urbaine. Cette place, associée à la proclamation de l’Indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804, demeure l’un des lieux les plus chargés de mémoire dans l’histoire nationale.

Longtemps abandonnée, dégradée, occupée par le désordre informel et marquée par l’usure matérielle, la Place d’Armes des Gonaïves a été officiellement inaugurée après des travaux de réhabilitation conduits par le groupe La Patrie en danger, sous l’impulsion de Mme Jacqueline Philogène Casseus. L’événement a pris la forme d’une cérémonie à la fois patriotique, culturelle et municipale, où deux voix principales ont dominé : celle de Mme Casseus, initiatrice du projet, et celle du maire intérimaire des Gonaïves, appelé désormais à garantir la continuité de la préservation du site.

Dès son intervention, Jacqueline Philogène Casseus a replacé la rénovation dans une perspective de mémoire nationale. Pour elle, la Place d’Armes ne peut être traitée comme un simple espace public. Elle représente un legs historique, un témoin visible de la naissance politique d’Haïti, un patrimoine commun confié aux générations présentes.

« Cette place appartient aux Gonaïviens, mais elle appartient aussi à toute la nation haïtienne », a-t-elle déclaré devant l’assistance.

L’oratrice a rappelé que l’état d’abandon dans lequel se trouvait le site ne pouvait plus être accepté par une communauté attachée à son histoire. Dans son propos, la réhabilitation de la place devient un acte de réparation symbolique, mais aussi une réponse citoyenne à l’indifférence institutionnelle.

« Nous ne pouvions pas accepter que ce lieu de mémoire continue à sombrer dans la détérioration, l’indifférence et l’oubli », a-t-elle souligné.

Jacqueline Philogène Casseus a également insisté sur la dimension intergénérationnelle du projet. Restaurer la Place d’Armes, selon elle, revient à transmettre aux enfants et aux petits-enfants un espace digne de ce qu’il représente dans l’imaginaire national.

« Cette place doit demeurer un lieu de respect, de mémoire et d’éducation pour les générations futures », a-t-elle affirmé.

Elle a salué la contribution des citoyens, des bénévoles, des membres de la diaspora et de toutes les personnes ayant participé, directement ou indirectement, à cette initiative. Son intervention a pris par moments la forme d’un appel à l’unité civique, au-delà des appartenances politiques et des divisions locales.

« Nous remercions tous ceux qui ont cru qu’il était encore possible de préserver notre patrimoine historique malgré les difficultés », a-t-elle ajouté.

Dans la foule, la coordonnatrice de la Patrie en Danger rappelait l’état antérieur du site : structures métalliques endommagées, espaces envahis, dégradation du mobilier, occupation désordonnée, absence d’entretien régulier. Pour elle, Gonaivienne dans la chair et l’åme, la rénovation inaugurée ce samedi ne marque pas seulement une amélioration esthétique. Elle impose désormais une obligation de vigilance.

Le maire intérimaire des Gonaïves a repris cette même exigence dans une intervention solennelle. S’adressant aux responsables du projet, il a salué la portée des travaux réalisés et reconnu publiquement l’importance de cette initiative pour la ville.

« Vous êtes des avant-gardistes », a lancé le maire aux principaux responsables de ces travaux d’envergure.

Dans un passage fortement symbolique, le responsable municipal a rappelé le caractère sacré de la Place d’Armes dans l’histoire nationale. Selon lui, un lieu où les aïeux se tenaient pour inscrire Haïti dans la souveraineté ne saurait être livré à la négligence, au désordre ou à la souillure.

« La Place d’Armes, ce haut lieu où nos aïeux se tenaient, doit être exempte de toute souillure », a-t-il déclaré.

La mairie des Gonaïves s’est dite heureuse d’accueillir les travaux réalisés par ceux qu’elle considère comme des « Gonaïviens authentiques ». Le maire a également remercié les initiateurs de la rénovation pour la remise symbolique des clés du site à l’administration municipale, appelée à prendre le relais pour assurer l’entretien, la protection et la continuité des efforts engagés.

Cette remise de responsabilité constitue l’un des enjeux majeurs de la cérémonie. Car la question centrale n’est plus seulement celle de la rénovation accomplie, mais celle de sa durée. Une place peut être restaurée en quelques mois ; elle ne demeure vivante que si une politique d’entretien, de surveillance et d’appropriation citoyenne l’accompagne.

La cérémonie a aussi comporté plusieurs séquences artistiques. Des étudiants d’une école de mannequinat de la ville ont présenté des prestations sur l’esplanade rénovée, associant élégance, jeunesse et valorisation du patrimoine local. Ces moments culturels ont donné à l’inauguration une tonalité populaire, loin d’une simple formalité administrative.

Après les discours officiels, les invités ont effectué une visite des lieux. Plusieurs participants prenaient des photos, observaient les espaces réaménagés et échangeaient sur la portée historique du site. L’ambiance alternait entre fierté retrouvée, émotion patrimoniale et interrogation sur l’avenir.

Car une question demeure désormais suspendue au-dessus de cette inauguration : la Place d’Armes des Gonaïves conservera-t-elle cet état de propreté, d’ordre et de beauté jusqu’au 1er janvier 2027, prochaine date hautement symbolique de l’Indépendance haïtienne ? L’histoire dira si cette rénovation fut un moment de célébration ou le point de départ d’une véritable politique locale de mémoire.

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