Alix Didier Fils-Aimé, l’ex PDG de la Hainet, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins stratégiques. D’un côté, il peut poursuivre la voie entamée avec le décret du 31 mars 2026 sur la migration vers la Télévision Numérique Terrestre (TNT), qui accélère la libération de la bande 700 MHz du côté haïtien.
Cette décision, prise sans large concertation avec les concessionnaires historiques de la radiodiffusion, risque de sacrifier un secteur audiovisuel déjà fragile : de nombreuses stations TV risquent de perdre leur couverture analogique, leurs investissements et une partie de leur audience sans accompagnement technique ni financier adéquat. Continuer dans cette logique signifierait prioriser la modernisation formelle au détriment de la viabilité immédiate des acteurs locaux, accentuant la précarité d’un secteur culturel et informatif essentiel en Haïti.
De l’autre côté, cette même décision répond pleinement aux attentes dominicaines dans le cadre de l’appel d’offres 700 MHz lancé par l’INDOTEL. En sécurisant juridiquement et techniquement la non-interférence depuis le territoire haïtien, le Premier ministre de facto offre un gage concret de coopération bilatérale, facilitant l’arrivée potentielle de nouveaux opérateurs télécoms en République dominicaine et renforçant les relations avec le président Abinader.
Fils-Aimé va donc devoir trancher : persister dans un alignement qui bénéficie à la partie voisine et à des intérêts géostratégiques plus larges, au risque de creuser le malaise national autour de la souveraineté du spectre hertzien, ou rééquilibrer la mise en œuvre pour protéger davantage les diffuseurs haïtiens tout en préservant les fruits diplomatiques.
Ce choix définira non seulement l’avenir du secteur audiovisuel haïtien, mais aussi la perception de son leadership sur la scène bilatérale.
Rappelons que le décret du 31 mars 2026, adopté sous le gouvernement de transition dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, constitue une décision unilatérale et brutale qui sacrifie délibérément les intérêts du secteur de la radiodiffusion télévisuelle au profit d’autres priorités (télécoms mobiles et alignement régional).
Voici les principaux arguments qui démontrent ce sacrifice :
1. Sacrifice des droits acquis et des investissements historiques
Le décret éteint automatiquement et sans transition réelle les droits d’exploitation des fréquences analogiques de plus d’une centaine de stations de télévision au 30 septembre 2027. Il prive ainsi les opérateurs historiques (qui ont investi des centaines de millions de gourdes pendant des décennies dans un contexte de crise permanente) de leurs concessions sans leur accorder de priorité claire lors de la réattribution des fréquences par appel d’offres.
Cette mesure équivaut à une confiscation déguisée des biens des entrepreneurs haïtiens du secteur, sans indemnisation préalable ni mécanisme concret de compensation pour les investissements non amortis.
2. Risque majeur de disparition des médias indépendants et du pluralisme
En imposant une transition coûteuse (équipements ATSC, multiplexes, formation) dans un délai très court (17-18 mois seulement), sans fonds d’accompagnement sérieux ni subventions adaptées, le décret condamne à la marginalisation ou à la disparition pure et simple les petites et moyennes stations, particulièrement en province.
Le secteur risque de passer d’une relative diversité à un oligopole contrôlé par quelques grands groupes capables de s’offrir des places sur les multiplexes numériques. Le Premier Ministre Fils-Aimé accepte ainsi d’appauvrir durablement le pluralisme médiatique et l’accès à l’information dans un pays qui en a cruellement besoin.
3. Priorité donnée aux télécoms et au voisin dominicain au détriment du secteur national
Le décret réserve intégralement la bande 700 MHz (le fameux dividende numérique) aux services mobiles 4G/5G sans aucune compensation significative pour le secteur audiovisuel.
Cette décision, perçue comme un « cadeau » au Président dominicain Luis Abinader pour résoudre les problèmes d’interférences transfrontalières, sacrifie une ressource stratégique nationale au profit des opérateurs télécoms (Digicel, Natcom et potentiellement des intérêts dominicains). Le secteur de la radiodiffusion, qui a construit le paysage médiatique haïtien pendant plus de 30 ans, se voit ainsi dépouillé de son spectre sans contrepartie réelle.
4. Manque total de concertation et d’accompagnement concret
Malgré plus de 13 ans de discussions depuis l’arrêté Lamothe de 2013, le gouvernement Fils-Aimé a choisi d’imposer un texte sans véritable dialogue avec les associations de médias et les opérateurs historiques.
Les mesures d’accompagnement restent vagues, les quotas de contenus nationaux mal définis et sans soutien à la production locale. Ce passage en force révèle une priorité politique : accélérer la modernisation technologique et libérer du spectre pour les télécoms, au mépris de la viabilité économique et culturelle du secteur audiovisuel haïtien.
En résumé, par ce décret, le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé a fait le choix clair de sacrifier la survie et l’indépendance des médias télévisuels haïtiens sur l’autel de la modernisation technique et d’intérêts externes. Il privilégie une transition rapide et favorable aux télécoms au détriment d’un secteur stratégique pour la démocratie, la culture et l’information citoyenne.
Après tout cela, des observateurs se demandent si Fils-Aimé va continuer à sacrifier les radiodiffuseurs en Haïti et répondre positivement aux attentes dominicaines.
Voilà ce que la République Dominicaine et les investisseurs internationaux attendent du gouvernement haïtien dans le cadre de l’appel d’offres 700 MHz (INDOTEL LPI-001-2026)
1. Mise en œuvre rapide et transparente du décret :
• Avant le 30 juin 2026 : publication par le CONATEL d’un calendrier détaillé et réaliste de la migration TNT, incluant un inventaire géolocalisé des stations analogiques actives sur la bande 700 MHz (priorité aux zones frontalières) et une feuille de route préliminaire.
• Avant le 31 juillet 2026 : lancement officiel des appels d’offres pour la sélection des opérateurs de multiplex TNT (2 à 3 plateformes).
• Avant le 31 décembre 2026 : démarrage de la phase pilote de la TNT dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et publication du plan de simulcast (analogique/numérique) avec un focus sur les zones frontalières.
• Avant le 30 juin 2027 : extinction progressive d’au moins 50 % des stations analogiques les plus puissantes en zones frontalières.
• 30 septembre 2027 : extinction totale des émissions analogiques sur la bande 700 MHz, conformément au décret.
Ces jalons permettent aux investisseurs d’intégrer une trajectoire crédible dans leurs modèles financiers sans exiger une transformation immédiate, irréalisable dans le contexte actuel.
2. Coordination bilatérale renforcée et opérationnelle
• Avant le 30 juin 2026 : convocation d’une première réunion technique bilatérale de haut niveau (CONATEL-INDOTEL) pour relancer et opérationnaliser la task-force 700 MHz.
• Avant le 31 août 2026 (post-adjudication dominicaine) : signature d’un protocole additionnel spécifique à la bande 700 MHz, incluant l’échange de bases de données d’assignations, la mise en place d’un mécanisme de monitoring frontalier et une procédure d’urgence de résolution d’interférences (délai cible : 5 à 7 jours).
• À partir de septembre 2026 : réunions trimestrielles obligatoires de la task-force avec production de rapports techniques partagés.
• Avant fin 2026 : déploiement initial d’outils de monitoring conjoint (même si progressif et soutenu par des partenaires internationaux).
3. Garanties de responsabilité, de non-régression et de compensation
• Avant le 31 août 2026 : engagement écrit de Haïti à ne pas réattribuer de fréquences dans la bande 700 MHz à des usages non-mobiles sans consultation bilatérale préalable.
• Avant le 31 octobre 2026 : définition et mise en place d’un mécanisme de compensation (indemnisation, ajustement de redevances ou autres mesures équivalentes) en cas d’interférences préjudiciables persistantes après 2027.
• Avant fin 2026 : renforcement des capacités opérationnelles du CONATEL en matière de contrôle du spectre (formation, acquisition progressive d’équipements).
• Durée : ces engagements devraient couvrir au minimum 15 ans, avec une clause de révision tous les 3-5 ans.
4. Implication de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) comme facilitateur neutre
• Avant le 30 juin 2026 : acceptation ou demande conjointe d’une facilitation technique de l’UIT (réunion trilatérale RD-Haïti-UIT).
• Avant le 31 décembre 2026 : notification des assignations haïtiennes au Bureau des Radiocommunications de l’UIT et validation initiale des plans de migration.
• 2026-2028 : mise en œuvre progressive de l’assistance technique de l’UIT pour le renforcement des capacités du CONATEL (monitoring, normes techniques, formation).
Fils-Aimé va donc devoir trancher : persister dans un alignement qui bénéficie à la partie voisine et à des intérêts géostratégiques plus larges, au risque de creuser le malaise national autour de la souveraineté du spectre hertzien, ou rééquilibrer la mise en œuvre pour protéger davantage les diffuseurs haïtiens tout en préservant les fruits diplomatiques.
Ce choix définira non seulement l’avenir du secteur audiovisuel haïtien, mais aussi la perception de son leadership sur la scène bilatérale.

