Le Cap-Haïtien est aujourd’hui le théâtre d’une contestation populaire d’ampleur, alimentée par une crise environnementale persistante et un profond sentiment d’abandon. Depuis plusieurs semaines, les pluies répétées ont aggravé l’état déjà critique des infrastructures urbaines, exposant les failles d’un système d’assainissement défaillant. Dans plusieurs quartiers comme Vertières, Barrière Bouteille ou Mombin Lataille, les eaux stagnantes mêlées aux déchets ont transformé les routes en zones impraticables, paralysant la circulation et accentuant la précarité des habitants.
Mais au-delà des intempéries, c’est l’incapacité manifeste des autorités locales à anticiper et gérer la situation qui cristallise la colère. Le délégué départemental du Nord, Marc Presumé, est particulièrement pointé du doigt pour son absence de leadership face à une crise pourtant prévisible. Alors que les canaux et ravines nécessitent un entretien régulier, aucune action structurée n’a été engagée à temps, laissant la situation se détériorer jusqu’à provoquer une véritable paralysie de la ville.
Face à cette inertie, les habitants ont investi les rues dès le 27 avril, érigeant des barricades et bloquant des axes stratégiques pour exiger des mesures concrètes. Les protestataires dénoncent non seulement l’insalubrité, mais aussi une gouvernance marquée par des réponses tardives et inefficaces. Ils rejettent désormais les pratiques clientélistes, notamment les distributions d’argent ou de vivres, et réclament des solutions durables : routes praticables, accès à l’électricité et opportunités d’emploi.
Malgré l’arrivée d’une délégation gouvernementale et les annonces de travaux imminents, la population reste sceptique. Les promesses de curage, de réhabilitation routière et de gestion des déchets peinent à convaincre dans un contexte où les engagements passés sont restés sans suite. Pour de nombreux observateurs, la crise actuelle révèle une déconnexion inquiétante entre les autorités et les réalités du terrain. Sans une action rapide, coordonnée et crédible, le risque est grand de voir la contestation s’intensifier davantage dans les jours à venir.
Guyno DUVERNE

