28 avril 2026
Douanes haïtiennes : la République en déroute, les travailleurs en rupture
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Douanes haïtiennes : la République en déroute, les travailleurs en rupture

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, 28 avril 2026

Il y a des colères qui grondent en silence, et d’autres qui éclatent comme une évidence. Celle des employés de l’Administration générale des Douanes appartient à la seconde catégorie. Huit mois sans salaire. Huit mois à servir un État qui, en retour, se dérobe. Huit mois à survivre dans une économie déjà exsangue, pendant que les décideurs, eux, continuent de signer, promettre, et surtout… ignorer.

Ce n’est plus une revendication, c’est un cri de rupture.

Depuis plusieurs jours, les locaux de l’institution sont fermés. Non pas par un acte de sabotage, comme certains voudraient le faire croire, mais par un réflexe de survie. Les protestataires, excédés, ont choisi de bloquer la machine pour forcer le système à se regarder dans le miroir. Une institution douanière paralysée, c’est l’État lui-même qui suffoque. Car derrière les grilles closes, c’est toute la chaîne économique qui vacille : recettes publiques en berne, importations ralenties, circuits informels renforcés.

Mais à qui la faute ?

Les regards convergent vers la Direction générale. Le Directeur général, accusé de « mauvaise foi » par les employés, incarne désormais une autorité contestée, sinon disqualifiée. Le refus de procéder aux paiements, perçu comme arbitraire, soulève une question fondamentale : gouverne-t-on encore selon des règles, ou selon des humeurs ?

Dans une République fonctionnelle, le salaire n’est pas une faveur. C’est une obligation contractuelle, un droit fondamental, une contrepartie du travail fourni. En Haïti, il semble devenu une variable d’ajustement, sacrifiée sur l’autel d’une gestion opaque et d’une irresponsabilité chronique.

Ce qui se joue ici dépasse largement les murs de la Douane. C’est une crise de confiance, une fracture institutionnelle. Lorsque les agents de perception de l’État — ceux-là mêmes qui alimentent les caisses publiques — ne sont plus payés, c’est le pacte républicain qui s’effondre. Comment exiger du citoyen qu’il s’acquitte de ses obligations fiscales, quand l’État lui-même trahit les siennes ?

La fermeture des locaux n’est qu’un début. Les employés l’annoncent sans détour : d’autres dispositions suivront si rien n’est fait. Derrière cette menace, il y a une réalité inquiétante — celle d’une escalade sociale dans un pays déjà à bout de souffle. Car lorsqu’un travailleur n’a plus rien à perdre, il devient imprévisible. Et lorsqu’une institution entière bascule dans la défiance, c’est l’État qui vacille.

Le silence des autorités centrales, jusqu’ici, est assourdissant. Ni calendrier de paiement, ni explication claire, ni même une tentative sérieuse de désamorcer la crise. Cette inertie n’est pas neutre : elle alimente la colère, légitime la contestation, et fragilise davantage un édifice institutionnel déjà fissuré.

À ce stade, il ne s’agit plus simplement de payer des arriérés. Il s’agit de restaurer une crédibilité. De rappeler que l’État n’est pas un prédateur, mais un garant. Que l’autorité ne se décrète pas, elle se mérite — par la rigueur, la transparence, et le respect des engagements.

Faute de quoi, les Douanes ne seront plus qu’un symbole de plus dans la longue liste des institutions déchues : présentes sur le papier, absentes dans les faits.

Et dans ce théâtre de l’absurde, une question persiste, lancinante : combien de mois encore faudra-t-il pour que l’État haïtien comprenne que gouverner, ce n’est pas différer — c’est assumer ?

Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

+50937186284

Avocat au Barreau de Mirebalais

Communicateur Social

Journaliste

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