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Monsieur le Premier ministre, Mesdames / Messieurs les Ministres, Citoyens de la République meurtrie
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Qu’on ne s’y trompe pas : le samedi 11 avril 2026 ne fut pas un accident ; ce fut un crime de négligence, un massacre par omission. Tandis qu’une partie de l’opinion, dans une ivresse aveugle, se grise de trophées éphémères et de célébrations de façade, le sol du Cap-Haïtien s’est abreuvé du sang de la jeunesse.
En tant que citoyen engagé, mon devoir est de dénoncer. Je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de ces dizaines de vies fauchées sur l’autel de l’incurie.
J’ACCUSE LE CARTEL MUNICIPAL DE MILOT d’avoir déserté son poste de premier magistrat de la commune. Comment une administration peut-elle ignorer le flux des âmes dont elle a la charge ? Je l’accuse d’avoir transformé la gestion administrative en un néant fonctionnel, prouvant que sa légitimité n’est plus qu’une ombre portée sur des registres vides.
J’ACCUSE LA DIRECTION DÉPARTEMENTALE DE LA POLICE NATIONALE DU NOR* d’avoir oublié sa mission sacrée de protection. Où étaient les périmètres ? Où était le filtrage ? Où était ce « monopole de la violence légitime » dont on nous rebat les oreilles, sinon dans l’absence spectatrice ? Je l’accuse d’avoir laissé le désordre devenir la seule loi du territoire, abandonnant le citoyen à la merci du chaos.
J’ACCUSE LA DÉLÉGATION DÉPARTEMENTALE DU NORD, ce bras mort de l’Exécutif, de son mutisme coupable. Je l’accuse d’avoir rompu le fil qui relie l’État central au reste du territoire. Dans ce vide de régulation, chaque mètre carré de notre sol devient un espace d’incertitude où la mort est la seule fatalité qui ne manque jamais son rendez-vous.
J’ACCUSE L’ISPAN ET LE MINISTÈRE DU TOURISME d’une complicité bureaucratique criminelle. Gérer un site n’est pas seulement en contempler les pierres, c’est en protéger les visiteurs. Je les accuse de n’avoir pas su — ou pas voulu — définir la capacité d’accueil de notre patrimoine, transformant nos monuments historiques en de sinistres théâtres de l’action criminelle.
J’ACCUSE LES SERVICES DE SECOURS ET DE SÉCURITÉ CIVILE de leur impréparation chronique. Je les accuse de n’être que des figurants dans une tragédie où leur rôle était de sauver. Leur inertie est une insulte à la vie.
J’ACCUSE, ENFIN, CETTE SOCIÉTÉ CIVILE qui s’atrophie dans l’indifférence ou la distraction. Je l’accuse de ne pas crier assez fort pour que les murs du pouvoir tremblent. Son silence est le terreau sur lequel prospère l’impunité des gouvernants.
Un État qui ne protège plus est un État qui n’existe plus. Ce drame n’est pas une simple péripétie ; c’est le miroir de notre effondrement. C’est un acte d’accusation contre un système démissionnaire où l’autorité publique a rendu les armes devant l’irresponsabilité.
La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. Le sang de la Citadelle crie justice, et cette justice ne sera rendue que lorsque la responsabilité ne sera plus un vain mot, mais le socle d’une Nation restaurée.
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Bleck D. Desroses / 13 avril 2026

