9 avril 2026
Haïti sous Fils-Aimé : L’art de gouverner dans le vide
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Haïti sous Fils-Aimé : L’art de gouverner dans le vide

Par Marie Evania Jeannot

Depuis son accession au plus haut sommet du pouvoir le 7 février, Alix Didier Fils-Aimé, fort de ses 15 mois de gabegie avec le CPT, incarne une promesse qui peine à se matérialiser. Porté en grande partie par des appuis internationaux, notamment américains, il semblait représenter une transition capable de stabiliser un pays en proie à une crise multidimensionnelle. Pourtant, plusieurs semaines plus tard, le constat est sévère : le pouvoir tourne en rond, englué dans l’inaction et la mise en scène.

Le gouvernement qu’il dirige est le produit d’un compromis politique fragile, presque contre nature. On y retrouve un assemblage hétéroclite de figures issues de courants souvent antagonistes — Lavalas, Tet Kale, Prévalistes, néo-Duvaliéristes, Jovenelistes et autres groupes opportunistes (abolotchos) Ce mariage de circonstance, loin de produire un sursaut national, donne plutôt l’image d’une coalition préoccupée par sa survie et ses intérêts immédiats.

Dans ce contexte, l’action gouvernementale semble réduite à une communication superficielle. Les ministres rivalisent d’annonces creuses, multipliant réunions, voyages et déclarations, comme si la mise en scène pouvait remplacer les résultats. Cette propagande de bas étage ne trompe plus une population qui vit quotidiennement l’insécurité, la misère et l’abandon.

Car pendant que les caméras tournent, les gangs armés étendent leur emprise. Aucune stratégie claire, aucune mesure forte ne vient rassurer les citoyens. L’État paraît absent là où il est le plus attendu : dans la protection des vies et des biens. Sur le plan économique, le silence est tout aussi inquiétant. Aucun plan structurant pour relancer la production, stimuler l’investissement ou soutenir les secteurs clés. Quant aux finances publiques, elles continuent d’être perçues comme un espace opaque, gangrené par une corruption persistante.

Plus grave encore, cette équipe dirigeante donne l’impression de gérer les restes d’un système en décomposition. Le budget national, déjà exsangue, est traité comme un gâteau dont chacun cherche à arracher sa part, sans vision, sans responsabilité. L’intérêt général est relégué au second plan, voire totalement ignoré.

Haïti n’a pourtant plus le luxe du temps ni celui des illusions. Le pays a besoin d’un leadership capable de rompre avec les pratiques du passé, d’imposer des choix courageux et de restaurer la confiance. À défaut, le pouvoir actuel risque de n’être qu’une transition de plus dans une longue série d’occasions manquées — et cela, la nation ne peut plus se le permettre.

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