Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a appris avec stupéfaction que des bandits armés opérant au sein du gang armé « Gran Grif », basé à Savien, ont perpétré un massacre d’une extrême sauvagerie dans la nuit du 28 au 29 mars 2026, dans la localité de Jean Denis, 1ère section communale de Bas Coursin I, commune de Petite Rivière de l’Artibonite.
Dans le cadre de ce travail, le RNDDH s’est entretenu avec :
L’agent exécutif intérimaire de la commune de Petite-rivière de l’Artibonite, Lereste Dort. Un membre du conseil d’administration de la section communale Bas Coursin 1 (CASEC), Derniella Joseph Mercy. Un membre du conseil d’Administration de la section communale Bas Coursin 2, Fadoul Cenoble. Le juge de paix de Saint-Marc, Faneld’s F. Michel. L’agent exécutif intérimaire de Saint-Marc, Myriam Fièvre. Des habitants de Jean Denis témoins du massacre. Des membres de l’organisation des Femmes pour le Développement de Petite Rivière de l’Artibonite (AFEDRA). Le commissaire de Police de l’Arrondissement de Saint-Marc, Lyvenson Gauthier. Le commissaire du gouvernement du parquet près le Tribunal de première instance de Saint-Marc, Venson Francois.
I-Déroulement du massacre
Ces terroristes ont ainsi mis à exécution des menaces qui circulaient depuis plusieurs semaines dans la région de l’Artibonite, faisant état de la préparation d’une attaque contre la localité de Jean Denis. Les bandits armés n’arrivaient pas à digérer que la localité de Jean Denis leur impose une résistance depuis plusieurs années. Selon les premières informations recueillies par le RNDDH auprès des rescapés qui ont vécu la scène, l’attaque a débuté vers 2 heures du matin dans la localité de Pon Benwa, 2ème section de Bas coursin II. Par la suite, les bandits armés ont progressé vers Bas coursin I, où se trouve Jean Denis. Au même moment, la coalition d’autodéfense de Jean Denis a tenté de résister.
De 3 heures à 6 heures du matin, les membres du gang « Gran Grif » ont tiré de nombreux coups de feu avec des armes de gros calibre. En raison du déséquilibre des forces, la coalition d’autodéfense, dirigée par Francky Pierre alias « Ti Mépris », a été contrainte de se replier, ne pouvant maintenir la résistance. La population s’est alors retrouvée livrée à elle-même, sans aucune protection. II-Bilan partiel du massacre
À partir de 3 heures du matin, les bandits ont commencé à incendier des maisons avec leurs occupants à l’intérieur. Les personnes qui tentaient de fuir étaient abattues, tandis que d’autres étaient exécutées à bout portant. À l’arrivée des assaillants, la population n’avait pas fui, croyant que la coalition d’autodéfense serait en mesure de la protéger.
Dans la 2ème section de Bas coursin II, les bandits armés ont également tué des habitants et incendié des maisons dans les zones de Pont Benoît, Bois Lavil en Haut et Descordes. Dans la 1ère section, des maisons ont été incendiées avec leurs occupants dans les zones de Koutèt, Ti Tray, Akasya, Megiyèl, Bofò, Remousen, Sedrèn, Blain, entre autres. Dans la localité de Blain, les bandits armés ont causé le plus de dégâts. Par exemple, trois (3) frères : Guillaud Théophile, Ronyck Théophile et Viadain Théophile, y ont été tués.
Dans la localité de Maglourèt, quatre (4) personnes ont été tuées. Il s’agit de : Woldy Thomas, âgé de vingt (20) ans ; Edner Delice, âgé de trente-cinq (35) ans ; Onel Similien, âgé de vingt-cinq (25) ans et Joseph Laurent âgé de trente-deux (32) ans. Dans la zone de Pereste, deux (2) personnes ont été tuées : Licius Exilhomme, âgé de quatre-vingts (80) ans, abattu le 30 mars 2026 à 15 heures, alors qu’il était retourné voir sa maison. Telomène Telot, tuée le 29 mars 2026 tôt dans la matinée à Matin. Elle a reçu trois (3) balles avant d’être lynchée. Elle tentait de fuir lorsque les bandits l’ont interceptée. Son cadavre a été enterré le même jour par sa famille.
Dans la matinée du dimanche 29 mars 2026, des habitants sont revenus constater les dégâts. Selon un bilan provisoire établi à partir de témoignages recueillis par le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) auprès des résidents de Jean-Denis, soixante-dix (70) cadavres ont été constatés. Certaines victimes ont été récupérées et enterrées par leurs familles le jour même, tandis que d’autres ont été déposées à la morgue. De nombreuses personnes sont toujours portées disparues.
En outre, plus d’une trentaine de personnes ont été blessées, certaines recevant des soins à l’hôpital. Bien que le centre de santé de Jean Denis n’ait pas été incendié, il n’est pas en mesure de prendre en charge les victimes. Parmi les victimes figurent des hommes et des femmes adultes, des jeunes, des enfants, des nourrissons ainsi que des femmes enceintes. Dans de nombreuses vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux, plusieurs cadavres étaient éparpillés dans différents endroits de Jean-Denis. Les corps baignaient dans le sang. Beaucoup de ces corps présentaient des têtes gravement endommagées.
Selon les informations recueillies par le RNDDH auprès du magistrat Faneld’s F. Michel, juge de paix titulaire du tribunal de Saint-Marc, ayant procédé aux constats légaux, les éléments suivants ont été constatés et consignés : À la morgue Beaubrun, près de la prison civile de Saint-Marc, douze (12) cadavres ont été constatés, parmi lesquels : Elvie Charles, Louis Innocent, Tifrère Jonathan, Kénol Alexis, Marc Eugène Desir, François Venet, Meodès Charles, Pierre Richard.
À l’hôpital Saint-Nicolas de Saint-Marc, dix (10) blessés ont été constatés et pris en charge. Il s’agit de : H. P.L., âgé de vingt-six (26) ans, J. D., âgé de vingt-trois (23) ans, M. S. J., âgé de vingt-deux (22), E. P., âgé de soixante-trois (63) ans, S. S., âgé de vingt-six (26) ans, F. L. âgée seize (16) ans, A. S., âgé de dix-neuf (19) ans, S. D., âgée de quatre-vingts (80) ans, J. S et C. A. À la morgue Oiseau Funèbre, située à portail guêpe (Saint-Marc), quatre (4) cadavres ont été constatés. 14- Un nombre important de résidents de la localité de Jean-Denis, actuellement déplacé à la suite de ce massacre, a été contraint de fuir pour trouver refuge ailleurs. Ces personnes se sont dirigées vers plusieurs localités notamment Bokozèl, 5ème section commune de Saint-Marc, ainsi qu’à Chawon, dans la commune de Marchand Dessalines.
Les bandits armés se sont retirés de Jean-Denis le 30 mars 2026. Cependant, très tôt le mardi 31 mars 2026, ils se sont positionnés dans la zone de Pont Benoît où ils tirent de nombreux coups de feu. Ils tentent de lancer une offensive sur la 3ème section communale de Marchand-Dessalines, précisément dans les localités de Martin, Bwajou, Pont-Jou et Baraj. La brigade d’autodéfense de Baraj continue de résister. III-Réactions des autorités policières Selon les premières informations recueillies par le RNDDH, après ces exactions, deux (2) véhicules blindés de la Police nationale d’Haïti (PNH), en provenance du sous/commissariat de Pakchwal, sont arrivés dans la localité de Jean Denis dans la matinée du 29 mars 2026, mais sont repartis après seulement deux heures de temps.
Le lundi 30 mars 2026, les bandits sont revenus dans la localité de Jean Denis avec l’intention d’y établir une base permanente. Toutefois, le retour de deux (2) véhicules blindés de la police – arrivés autour de 7 h00 du matin et repartis autour de midi – a apporté un apaisement de la situation mais les bandits armés avaient déjà commis des dégâts considérables en biens matériels et en vies humaines. 18- Le commissaire de police de Saint-Marc, Lyvenson Gauthier, a déclaré au RNDDH qu’il a envoyé trois (3) véhicules blindés dans la localité de Jean-Denis le dimanche 29 mars 2026 à 4h11 AM. Le temps que les policiers enlèvent les barricades sur la route avant d’arriver à Jean-Denis, il était déjà presque 5 heures du matin. Après avoir stabilisé la situation, les blindés se sont retirés vers Pakchwal, au niveau du Pont Sondé.
Le commissaire a ajouté que vers 1h16 du matin, le lundi 30 mars 2026, des membres de la population l’ont appelé pour l’informer que le gang Gran Grif était revenu attaquer. À ce moment-là, il a envoyé trois (3) blindés à Jean-Denis, lesquels sont restés sur place toute la journée. Il s’agissait de deux (2) blindés de la PNH et d’un (1) blindé de la MMSS, ayant reçu l’ordre de ne pas quitter Jean-Denis. Selon le commissaire, il est vrai que les blindés ne sont pas restés sur place le dimanche 30 mars, mais ils y sont restés le lundi 30 mars et ont reçu l’ordre de ne plus se déplacer.
Le commissaire Gauthier a affirmé au RNDDH qu’il a besoin de meilleures armes (mitrailleuses), de véhicules lourds blindés, de soutien aérien (hélicoptère), de plus de policiers expérimentés, de drones de surveillance et kamikazes, de moyens pour entretenir le matériel c’est-à-dire de bons mécaniciens, d’armuriers pour réparer les armes, etc…Il a également précisé qu’il n’est pas en mesure d’indiquer le nombre exact de véhicules blindés dont dispose l’arrondissement de Saint-Marc, mais que la plupart de ceux présents sur place sont hors d’usage.
Selon les informations parvenues au RNDDH, plusieurs blindés kenyans sont hors service à cause d’une simple panne de batterie. Il faut que des mécaniciens viennent de Port-au Prince pour réparer une simple panne de batterie dans un blindé à Saint-Marc. De même, pour que les Kenyans sur place agissent avec la police, l’ordre doit venir de Port-au Prince.

