Le Tchad et Haïti présentent des configurations distinctes mais convergentes quant à l’affaiblissement des mécanismes de légitimation démocratique. Au Tchad, une Constitution adoptée le 17 décembre 2023 encadre formellement la vie institutionnelle, bien que substantiellement révisée en 2025 dans un sens favorable à l’exécutif. En Haïti, la Constitution du 29 mars 1987, amendée en 2011, demeure en vigueur en droit, mais son application est partielle, dans un contexte de transition politique separe gato et d’absence d’élections régulières depuis plusieurs années.
Sur le plan du système de gouvernement, le Tchad fonctionne selon un régime présidentiel fortement centralisé, caractérisé par la prééminence du chef de l’État malgré l’existence d’un Premier ministre. Haïti, pour sa part, est juridiquement structuré comme un régime semi-présidentiel, articulant un Président et un Premier ministre responsables devant le Parlement. Toutefois, la vacance ou la fragilité des institutions parlementaires et exécutives a conduit à une reconfiguration de facto du pouvoir, dominée par des organes transitoires et du secteur privé des affaires en particulier.
La périodicité électorale révèle une divergence formelle mais une convergence pratique. Au Tchad, les élections sont prévues selon des cycles définis (présidentielle tous les cinq à sept ans, législatives tous les cinq à six ans), bien que leur compétitivité soit contestée. En Haïti, le calendrier électoral est juridiquement établi, mais largement inopérant en pratique, en raison de l’insécurité « programmée« , de l’absence d’autorités légitimes nationalistes et des retards accumulés dans l’organisation des scrutins.
S’agissant de la qualité de la gouvernance, les deux États figurent parmi les moins bien classés au monde. Le Tchad est positionné 157e sur 182 dans l’indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International (score : 22/100). Haïti se situe à un niveau encore plus critique, généralement classé parmi les dix derniers États mondiaux, avec un score avoisinant 17/100 – encore pire en 2026, selon les prévisions –, traduisant une crise profonde des mécanismes de reddition de comptes et de transparence.
En définitive, si le Tchad conserve une architecture institutionnelle fonctionnelle en droit, marquée par des consultations électorales périodiques, Haïti se distingue par une désarticulation prolongée de l’ordre constitutionnel effectif. Les deux cas illustrent, selon des modalités différentes, une tension persistante entre légalité formelle et effectivité de l’État de droit, dans des environnements caractérisés par une faible confiance publique et des contraintes structurelles sur la gouvernance démocratique.
— Rédaction

