Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (REHMONCO)
Nous dénonçons et condamnons l’attitude irresponsable du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé de poursuivre la même politique d’instrumentalisation de la violence des gangs pour défendre des intérêts politiques mesquins.
Il est frappant de constater comment, au cours des mois de décembre et de janvier, la police a fait preuve d’une grande capacité d’intervention dans plusieurs fiefs de la coalition Viv-Ansanm. Ces interventions ont fait beaucoup de victimes dans les quartiers sous l’emprise des gangs. Certains membres de la coalition ont été tués, ainsi que des personnes de la population civile selon les données disponibles. Ces interventions de la police ont apparemment affecté la morale des gangs puisque les porte-paroles de ces derniers sont depuis lors moins présents sur les réseaux sociaux.
Soulignons également que ces interventions de la police coïncidaient avec la fin du mandat des conseillers-présidents, ce qui a permis au premier ministre Didier Fils-Aimé de devenir l’unique chef du pouvoir exécutif à travers le conseil des ministres.
Après la passation de pouvoir, il est frappant de constater que la police change d’attitude. Il n’est plus question d’intervention dans les territoires des gangs de façon ininterrompue. La récurrence des interventions est remplacée par la propagande creuse selon laquelle la police est déterminée à combattre les gangs. Le discours de la propagande est toujours là, mais on constate qu’il y a de moins en moins d’interventions musclées contre les gangs.
Cette pratique d’instrumentaliser la violence des gangs pour garder le pouvoir est une pratique ancienne de l’État haïtien et de la bourgeoisie. Dans les 10 dernières années, le président autocrate Jovenel Moise a été celui qui a mené cette logique jusqu’à son paroxysme. Il a ouvertement procédé à la remobilisation des gangs pour casser toute mobilisation populaire contre la corruption.
Après l’assassinat crapuleux de Moise, Ariel Henri a suivi la même logique en évitant de rétablir la sécurité publique, de désarmer et de juger les chefs de gangs. En les tolérant, il voulait se servir du climat d’insécurité pour rester au pouvoir en renvoyant toutes joutes électorales aux calandres grecques. Cette politique s’est soldée par des massacres en cascades. Les gangs dans les quartiers populaires continuaient à étendre leur territoire, renforçant ainsi leur puissance de frappe.
Après avoir perdu le soutien de Washington en mars 2024, le premier ministre Ariel Henri a été contraint de signer sa lettre de démission et a été remplacé par le Conseil présidentiel de transition (CPT), une instance formée par des représentants de différentes organisations politiques, chargée de nommer le Premier ministre et de préparer les élections.
Ce pouvoir bicéphale, au lieu de rectifier le tir, a poursuivi la même politique d’instrumentalisation de la violence en laissant les gangs s’étendre encore plus dans de nombreux quartiers de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, dont Nazon, Delmas 30, Solino, etc. Cette politique cynique est devenue une évidence à tel point que la primature a décidé ouvertement de priver au directeur de la Police, de l’époque, Normil Rameau, de moyens logistiques opérationnels. Des drones et autres équipements contrôlés par le task force, organisme créé par le gouvernement pour combattre le banditisme, n’ont pas été mises à la disposition des policiers, alors que ces derniers, sur le terrain, avaient un besoin criant de soutiens aériens dans leurs opérations.
Après le départ du CPT, plus d’un s’attendaient à la poursuite des opérations policières intensives initiées depuis le mois de décembre 2025. Au lieu de procéder à l’arrestation et jugement des chefs de gangs, l’autocrate Didier Fils Aimé, érigé en chef suprême de l’État par le gouvernement étatsunien, a déjà changé de logique. Les opérations policières intensives ont déjà considérablement ralenti, voire suspendu. À la place de la chasse aux gangs, le moment est à la consolidation du pouvoir de l’homme fort du pouvoir exécutif.
La signature du Pacte de stabilité s’inscrit dans cette logique de se conforter au pouvoir alors que la majorité de la population de l’aire métropolitaine, du département de l’Artibonite et de la ville de Mirebalais meurent quotidiennement sous l’emprise des gangs. Massacrés ou kidnappés au quotidien, les résidents constatent une fois de plus que le gouvernement continue à se servir de l’insécurité pour atteindre des objectifs politiques.
En fonction des besoins politiques du moment, il choisit soit de permettre une intensification des opérations policières contre les gangs, soit de permettre aux malfrats d’occuper plus de territoire, et ainsi de procéder à plus de kidnappings. Tout indique que pour Fils-Aimé, il est important de ne pas vaincre les gangs pour ne pas se trouver dans l’obligation de mettre un terme à la transition. Ce comportement montre clairement que l’insécurité ambiante, loin d’être un problème de manque de moyens, est en réalité une affaire d’État.
Pour authentification,
Renel Exentus,
Frank. W. Joseph
Montréal, le 28 février 2026
Contact: rehmoncohaiti1915@gmail.com

