Le racisme continue d’empoisonner les communautés et d’infuser la politique, les médias, le sport comme le monde virtuel, a déploré mardi la cheffe adjointe des droits de l’homme de l’ONU, rappelant que ce mal profond n’épargne « aucun pays ».
Lors d’une table ronde du Conseil des droits de l’homme commémorant le 25e anniversaire de l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, la Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme a indiqué que les « clichés racistes ancrés dans la suprématie blanche » et les stéréotypes préjudiciables « se normalisent », y compris sur les réseaux sociaux.
« Ces dernières années ont vu une recrudescence des discours et des actes racistes, parfois émanant des plus hautes sphères du gouvernement. Certains gouvernements ont pris des mesures pour revenir sur les politiques et initiatives antiracistes », a déclaré Nada Al-Nashif.

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Des manifestants participent à une manifestation Black Lives Matter dans le centre de Londres (Royaume-Uni). (archives)
Harcèlement raciste et de discrimination en Europe
Dans ce contexte de recul préoccupant des engagements publics contre le racisme, les conséquences se font concrètement sentir sur le terrain, notamment dans certaines régions du monde.
Dans les pays européens par exemple, les personnes d’ascendance africaine, les Roms et les personnes d’origines ethniques différentes ont continué à être victimes de « harcèlement raciste et de discrimination raciale », tout comme les personnes « ciblées en raison de leurs croyances religieuses ».
Plus globalement, les relations économiques sont façonnées par des déséquilibres de pouvoir qui reflètent des siècles de colonialisme et d’exploitation, a également détaillé Mme Al-Nashif. Ce n’est pas donc étonnant que ces «inégalités affectent les institutions financières, commerciales et de gouvernance mondiales.
« Elles ne reflètent pas l’efficacité du marché, mais plutôt des décisions et des cadres politiques qui doivent être réformés », a fait valoir la Haut2-Commissaire adjointe.
Des discriminations enracinées au cœur des conflits mondiaux
Ces déséquilibres structurels, a-t-elle souligné en filigrane, ne se limitent pas à la sphère économique et nourrissent également des tensions profondes à l’échelle internationale. De nombreux conflits à travers le monde sont ainsi alimentés par « une discrimination de longue date, une déshumanisation et des inégalités croissantes ».
Selon Mme Al-Nashif, ces formes particulièrement graves de discrimination raciale sont au cœur des crises prolongées au Myanmar, dans le territoire palestinien occupé et au Soudan, entre autres.
Au-delà de ces foyers de crise, la dynamique décrite par la responsable onusienne s’observe également dans de nombreuses sociétés à travers le monde. Selon l’ONU, l’antisémitisme, l’islamophobie et le racisme sont en hausse dans le monde entier, tandis que les migrants noirs sont confrontés à des formes omniprésentes de racisme dans un contexte de virulences anti-migrants généralisées.
Des données de 2025 provenant de 137 pays montrent que la forme de discrimination la plus courante est fondée sur l’appartenance nationale ou ethnique, tandis que la discrimination fondée sur la couleur de peau reste très répandue. Selon les propres données du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH), au moins 30 % des défenseurs des droits humains tués dans le monde en 2024 étaient issus de groupes autochtones ou minoritaires.

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La haine en ligne est une menace pour la démocratie et la cohésion sociale.
Entreprises et médias appelés à agir
Face à ces constats alarmants, la responsabilité des dirigeants et des États est directement engagée pour « affronter l’héritage de l’esclavage et du colonialisme ». L’une des solutions avancées consiste pour les États à mettre en œuvre leurs engagements au titre de la Déclaration et du Plan d’action de Durban.
Mais pour l’ONU, cela nécessite une réforme de l’éducation et la participation des groupes raciaux et ethniques aux processus décisionnels. « Cela exige également la responsabilisation, l’accès à la justice, le soutien aux victimes et des moyens de réparer les préjudices causés, parfois depuis des générations », a insisté Mme Al-Nashif.
Les entreprises ont également un rôle important à jouer, en prévenant la discrimination raciale liée à leurs activités, par le biais de politiques, de mesures de diligence raisonnable et de mécanismes de traitement des griefs. « Les médias ont un rôle spécifique à jouer dans la promotion et le reflet de la diversité et d’une représentation équitable, notamment dans leur couverture de la culture et des sports », a fait observer la Haute-Commissaire adjointe.
Les environnements numériques et algorithmiques
En écho à ce tableau décrit par Mme Al-Nashif, le président-rapporteur du Groupe de travail intergouvernemental sur la mise en œuvre de la Déclaration de Durban a souligné que la discrimination raciale continue de se manifester dans les domaines de l’éducation, de l’emploi, de la santé, du logement, de l’application de la loi et de la justice pénale, et désormais également dans les environnements numériques et algorithmiques, qui reproduisent des préjugés de longue date.
Pour James Ndirangu Waweru, la lutte contre le racisme est donc « une responsabilité collective et partagée », même s’il faut une « approche holistique à plusieurs niveaux » pour combattre ce fléau.

