21 février 2026
Port-au-Prince : l’or bleu empoisonné par l’incurie étatique
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Port-au-Prince : l’or bleu empoisonné par l’incurie étatique

Par : Anel Dorlean, Ecovert-Haïti

Alors que l’eau constitue le socle même de la vie humaine, est-elle devenue, en Haïti, un puissant vecteur de maladies, entre pénurie chronique et contamination silencieuse ? Dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, la question n’est plus théorique. Elle s’impose comme une urgence sanitaire, sociale et politique.

Ecovert-Haïti a tiré la sonnette d’alarme face à l’irresponsabilité systémique qui caractérise la gestion publique des ressources hydriques. À mesure que les alertes s’accumulent, l’inaction étatique devient un facteur aggravant, frôlant désormais la négligence criminelle, d’après les ressources consultées.

Bien plus que la simple marchandise, l’eau est une composante biologique vitale. Elle représente plus de 60 % du corps humain, soit environ 45 litres pour un homme de 70 kg, 30 litres pour une femme de 55 kg et 14 litres pour un jeune de 20 kg, d’après les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle irrigue les organes essentiels, du cerveau au système sanguin. Sans eau, l’être humain ne survit que quelques jours.

À Port-au-Prince pourtant, cette ressource indispensable à la consommation et à l’économie locale – agriculture périurbaine, artisanat, petites industries – est aujourd’hui au cœur d’un scandale sanitaire sans précédent. La contamination des sources telles que Doco, Plaisance et Cerisier, Tête de l’eau et des plumes, Turgeau, etc. La contamination de la Nappe Phréatique dans la plaine du culte-de-sac et l’absence de contrôle efficace des ressources hydriques sur toute l’étendue du territoire national exposent quotidiennement des millions de citoyens à une faille sanitaire majeure.

Un aveu d’échec institutionnel

Le choc est venu d’en haut. Le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) a admis publiquement, le 31 janvier 2026, que de l’eau de consommation à Port-au-Prince, plus de 92 % des échantillons (d’eau en sachets, bonbonnes) analysés sont impropres à la consommation, et présentent des risques microbiologiques graves, et que l’eau consommée depuis les années 2000 dans la capitale était contaminée. Au-delà de la gravité de cette déclaration, c’est surtout l’absence de mesures d’accompagnement qui inquiète. Aucun plan d’urgence, aucune publication officielle des entreprises incriminées, aucune sanction annoncée. Ce n’est donc pas une nouvelle, c’est juste un rappel. C’est un sujet qui fâche, il y a longtemps.

Cette posture soulève une interrogation fondamentale : comment un État peut-il se contenter d’un constat alarmant sans protéger la population ? En refusant de publier la liste des entreprises distribuant de l’eau impropre à la consommation, le silence institutionnel devient-il complice ? Pour de nombreux observateurs, cette situation s’apparente à une véritable roulette russe sanitaire imposée aux citoyens.

Cette crise n’est ni soudaine ni imprévisible. C’est une catastrophe sanitaire. Dès 2015, plusieurs rapports alertaient déjà sur la pollution de la nappe phréatique de la Plaine du Cul-de-sac. Le rapport de la Banque mondiale, publié en 2019 et analysé par le journal L’Observatoire, décrivait un système profondément déséquilibré, où l’État s’est progressivement retiré au profit d’un marché privé non régulé.

https://lobservatoire.info/le-secteur-prive-controle-le-marche-de-lapprovisionnement-en-eau/.

D’après le rapport, le marché métropolitain de l’eau représentait 66,3 M$ US, en 2016. Près de 47 % provenaient de la vente d’eau non traitée livrée par camions, 30 % de l’eau en sachet et 13 % des kiosques privés. La Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA) ne percevait que 10 % de ce marché.

Plus alarmant encore, l’eau traitée par osmose inverse et l’eau livrée par camions coûtent respectivement 27 et 10 fois plus cher que l’eau publique. En 2012 déjà, un ménage métropolitain consacrait en moyenne 10 % de son budget total à l’achat d’eau – un taux jugé exorbitant par les experts.

Le rapport de la Banque mondiale souligne que trois grandes entreprises contrôlent plus de 75 % du marché de l’eau traitée par osmose inverse, distribuée à travers environ 2 000 kiosques privés à Port-au-Prince. Parallèlement, près de 24 500 familles dépendent directement de cette économie informelle de l’eau.

Cette domination du secteur privé s’étend également à la gestion des boues de vidange. Bien que la quasi-totalité des ménages utilise des latrines non raccordées au réseau, seules 5,4 % des latrines des zones pauvres ont déjà été vidangées. Faute de moyens, les ménages préfèrent creuser de nouvelles fosses, accentuant la contamination des sols et des nappes phréatiques.

Les données du Joint Monitoring Programme (UNICEF/OMS) indiquaient qu’en 2020, 42 % de la population haïtienne ne disposait pas d’une source d’eau potable fiable. Pour sa part, l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) confirme une détérioration continue : la production d’eau est passée de 32,5 millions de m³ en 2022 à 30,93 millions en 2023, soit une baisse de 4,9 %.

Face à cette situation, Ecovert-Haïti a appelé à une rupture profonde. L’atteinte de l’Objectif de développement durable n°6 – accès universel à l’eau potable et à l’assainissement – exige un changement de paradigme. Les ministères régaliens – MTPTC, MCI, MSPP, MDE, MARNDR, MICT –, en ce sens doivent agir de manière coordonnée pour :

•           Renforcer le cadre légal et les normes sanitaires ;

•           Publier en toute transparence les résultats des tests de qualité ;

•           Sanctionner les entreprises mettant en danger la santé publique.

•           Dédommager des consommateurs victimes des maladies hydriques.

Le peuple haïtien dans les 10 départements du pays a le droit fondamental de vivre dans un environnement sain et d’accéder à une eau potable sûre. Comme le rappellent les résolutions des Nations unies, notamment la résolution 64/292 du 28 juillet 2010, l’eau n’est pas un privilège, mais un droit humain.

https://lobservatoire.info/lacces-a-leau-potable-ou-en-est-on

Pour Ecovert-Haïti, l’action demeure le socle de l’engagement. Car sans eau saine, il n’y a ni santé publique, ni développement durable, ni avenir.

En ce temps difficile, nous sommes debout pour Haïti pour exiger du gouvernement des mesures fermes car il est inconcevable de continuer à boire de l’eau contaminée et à l’utiliser quotidiennement dans les managés. Nous sommes du bon côté de l’histoire

Comment s’édifier ?

L’appel risque désormais d’être historique (plus tard) en matière d’irresponsabilité, les délais frisent, tels ceux, jadis, dans l’utilisation du charbon (coke). Combustible, il servait à faire tourner : hauts fourneaux, locomotives, génératrices (Power plant), jusqu’à ce que l’on comprenne la vraie économie du développement, en utilisant l’énergie hydro-électrique. La houille blanche, l’eau dite blanche, par inversion au charbon noir, polluant. Donc, l’environnement est préservé. En outre, les dégâts irréversibles ont provoqué des stigmates évitables

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