Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 18 février 2026
Dans le grand cirque géopolitique, Haïti n’est jamais qu’une scène secondaire. Un projecteur s’allume, un nom circule — Izo, chef de gang notoire, figure emblématique de la coalition criminelle “Viv Ansanm” — et soudain, Washington annonce une récompense d’un million de dollars pour sa capture. Rideau levé. Applaudissements feutrés. Caméras braquées.
Mais derrière l’annonce spectaculaire, une question s’impose : à qui s’adresse réellement ce message ?
Viv Ansanm : coalition ou construction utile ?
“Viv Ansanm” — littéralement “Vivre Ensemble” — est devenu le label médiatique d’une alliance de gangs qui contrôlent des pans entiers de Port-au-Prince. Ports, axes stratégiques, quartiers populaires, circuits d’approvisionnement : tout passe par eux ou ne passe pas.
Mais cette coalition est-elle seulement un monstre né du chaos haïtien ? Ou le produit indirect d’années de manipulations, d’abandons, de complicités politiques et économiques ?
Car les gangs ne surgissent pas du néant. Ils prospèrent dans les interstices du pouvoir. Ils naissent quand l’État abdique. Ils grandissent quand les élites pactisent. Ils explosent quand l’international ferme les yeux.
United States : la prime et la morale sélective
Un million de dollars pour Izo. Un million pour un homme qui, hier encore, évoluait dans un écosystème connu, documenté, analysé par toutes les chancelleries occidentales. Les États-Unis ont la capacité technique, militaire et logistique de neutraliser n’importe quelle cible.
L’histoire contemporaine en Amérique latine et au Moyen-Orient l’a démontré à maintes reprises. Des présidents renversés, des leaders traqués, des régimes infiltrés.
Alors pourquoi aujourd’hui la posture de la récompense publique ?
Parce qu’une prime, c’est une narration. C’est un message diplomatique. C’est un outil de pression.
Le théâtre américain
La prime fonctionne comme un acte de communication stratégique : elle repositionne Washington comme acteur engagé contre l’insécurité haïtienne. Elle délègue l’action au terrain local. Elle évite l’engagement militaire direct et ses coûts politiques.
C’est la diplomatie de la distance : frapper sans apparaître, influencer sans s’impliquer frontalement.
Mais pendant que les projecteurs éclairent Izo, une question reste dans l’ombre : qui finance les armes ? Qui contrôle les flux de munitions ? Par quels ports transitent-elles ?
Car l’essentiel du trafic d’armes qui alimente les gangs haïtiens provient du territoire américain. Voilà le paradoxe.
Haïti, laboratoire ou victime ?
Haïti est devenu un terrain d’expérimentation géopolitique. Mission internationale en préparation. Pressions diplomatiques. Sanctions ciblées. Récompenses publiques. Le pays ressemble à une pièce dont le script s’écrit ailleurs. Mais l’erreur serait de croire que tout vient de l’extérieur.
Les gangs prospèrent aussi grâce aux alliances internes : politiciens en quête de pouvoir, hommes d’affaires protégeant leurs intérêts, segments de l’élite utilisant l’insécurité comme instrument de négociation.
La question que personne ne pose
Si les grandes puissances sont capables d’opérations complexes à l’échelle mondiale, pourquoi Haïti reste-t-elle hors de contrôle ?
Parce que le désordre sert parfois plus que l’ordre. Parce qu’un pays fragmenté est plus malléable qu’un État souverain et stable. Parce que la crise permanente justifie l’intervention permanente.
Au-delà d’Izo
Izo n’est qu’un symptôme. Viv Ansanm est une conséquence. Le million de dollars est un symbole. Le véritable enjeu, c’est le pouvoir. Le contrôle du territoire. La redéfinition de l’équilibre politique haïtien sous influence internationale. Le théâtre américain n’est pas une fiction. C’est une stratégie.
Et pendant que les acteurs principaux négocient en coulisses, le peuple haïtien continue de payer le prix du spectacle.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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