13 février 2026
Vers la prise en charge nationale d’Haïti
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Vers la prise en charge nationale d’Haïti

L’Imposition d’un Chef de gouvernement au service des Mondialistes interpelle les Patriotes haïtiens

par Pierre Antoine LOUIS

En début de cette semaine, le responsable d’un organe de radio et de télévision avec lequel l’auteur de The Haiti Files collaborait lui somma de ne plus adopter un ton critique dans ses analyses des événements politiques et sociaux en Haïti de façon à discréditer Alix Didier Fils-Aimé, le chef du gouvernement haïtien, nouvellement confirmé à la direction du pays par l’administration Trump. Selon le responsable de cet organe de presse, mes opinions seraient “émotionnelles” et non analytiques.

Ma protestation que mon analyse de la situation me renvoyait au fait que Washington s’était ingéré dans un conflit politique interne qui favorisait Laurent Saint Syr, membre du Conseil présidentiel de Transition, qui représentait le secteur privé, ainsi que Didier Fils-Aimé, un entrepreneur, qui est premier ministre, chef du gouvernement haïtien, avait manifesté sa colère.

Il haussa le ton. Face à ma propre fermeté, il insista que la radio et la télévision qu’il gère ne voulaient plus de mes analyses « biaisées » contre Saint Cyr et Fils-Aimé. Certainement, il se venta d’être lui-même neutre. Je refusai donc de me plier à son injonction, préférant de ne plus collaborer avec lui.

Hier, témoignant devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat des États-Unis d’Amérique, Henry Wooster, Chargé d’Affaires à Port-au-Prince, confirma mon analyse que Saint Cyr et Fils-Aimé avaient été fidèles aux intérêts de son pays. Il les remercia même pour leurs services en ce sens.

Dans le conflit qui opposa ces deux officiels au reste de la classe politique haïtienne, Washington était reconnaissant envers ses deux poulains, selon Wooster, qui, sans gêne, violait l’Article 2 de la Charte des Nations Unies sur « l’égalité souveraine » d’Haïti et l’Article 41 de la Convention de Vienne sur les Relations diplomatiques relatif à la non-ingérence dans la gouvernance d’Haïti. C’est ce genre d’interférence étrangère grossière qui caractérise la gouvernance d’Haïti.

Le Triomphe de la Médiocrité et des Desiderata étrangers en Haïti

Depuis au moins 1991, la République d’Haïti existe dans une dystopie imposée par des groupes d’intérêt endogènes qui ont capturé son État. Ceux-ci sont incompétents, désinvoltes et inféodés à des potentats étrangers. Ces derniers remplissent le vide de leadership national an se substituant à l’élite endogène, qui s’avère incapable de transformer Haïti en un pays stable, prospère, et qui jouit de la plénitude de sa souveraineté.

Pour preuve, incapable de mobiliser les ressources nationales à la défense du territoire, ils ont octroyé un contrat à la firme de sécurité étrangère, Vectus Globa, du mercenaire Éric Prince, qui est issu des milieux d’affaires du clan MAGA. La population ignore les termes opaques du contrat. Éric Prince, dans un podcast viral dans You Tube avait postulé que les États-Unis d’Amérique devaient carrément envahir et gouverner les pays faillis comme Haïti.

De la Dystopie Haïtienne

La République d’Haïti existe dans une dystopie imposée par des groupes d’intérêt endogènes qui ont capturé son État. Ceux-ci sont incompétents, désinvoltes et inféodés à des potentats étrangers. Ils sont incapables de transformer Haïti. Pour preuve, incapable de mobiliser les ressources nationales à la défense du territoire, ils ont octroyé un contrat à une firme de sécurité étrangère, Invectus, du mercenaire Éric Prince, qui est issu des milieux d’affaires du mouvement MAGA. La population haïtienne ignore les termes opaques du contrat.

Ceux qui ont octroyé ce contrat, dont Alix Didier Fils-Aimé, l’actuel premier ministre, chef du gouvernement haïtien, ne prétendent respecter aucune règle de transparence. Il s’agit d’un contrat léonin de gré à gré. Réconforté dans la justesse de leur forfait, et aveuglé par leur arrogance, tant le rapport de force politique leur est favorable, ils ne redoutent pas un audit de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif, l’organe étatique national chargé d’approuver les contrats et d’auditer les comptes publics.

Et puisque ces dirigeants contrôlent toutes les instances chargées de veiller à la régularité des procédures publiques, surtout en l’absence du pouvoir législatif et ses attributions de contrôle, ils se croient tout permis. À l’évidence, même l’Unité de Lutte contre la Corruption et l’Inspection générale des Finances ne peuvent rivaliser le soutien indispensable de l’administration Trump. C’est elle qui a imposé au peuple haïtien le gouvernement Fils-Aimé le 7 février dernier, or que la présidence l’avait révoqué.

Ni le respect des lois nationales, ni l’adhérence aux principes universels qui gouvernent la passation de marché ne constituent une préoccupation du gouvernement. Il n’existe aucune tentative de transparence dans la gouvernance. Haïti patauge dans la crasse ; ses dirigeants patinent dans la gabegie et la spoliation des biens publics. En même temps, l’administration Trump a affiché ses affinités. Yo se blan Alix Didier Fils-Aimé, “ils sont les patrons etrangers Alix Didier Fils-Aimé.” Ceux qui n’acceptent pas ce jeu de dupe sont des corrompus qui soutiennent des gangs terroristes. Marco Rubio annule systématiquement leurs précieux visas pour voyager dans l’eldorado nord-américain pour le simple fait de s’opposer à l’illégitimité du gouvernement.

15 Mois d’Incompétence et de Cauchemar Accru pour les Victimes haïtiennes

Ce qui est absolument exécrable c’est qu’aujourd’hui, le 11 février, Fils-Aimé compte 15 mois au pouvoir. Pour Haïti, ce fut 15 mois de cauchemar accru, dont :

  • L’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince demeure fermé aux vols commerciaux internationaux réguliers, et ce, depuis le 11 novembre 2024, le jour de l’investiture de Fils-Aimé comme Chef de gouvernement, à la suite de la révocation de son prédécesseur pour insubordination et incompétence ;
  • Les terroristes ont forcé plus de 1,4 millions de personnes de quitter leurs résidences, qu’ils ont systématiquement pillé et incendié ;
  • 5,7 millions de personnes qui confrontent la famine ;
  • Toutes les routes nationales sont bloquées à partir de la capitale ;
  • Une vingtaine de civils, dont des enfants, et deux policiers tués par des drones kamikazes ;
  • La Commune de Kenscoff bloque par des terroristes qui ont aussi ferme l’accès au Département du Sud-Est ;
  • Les terroristes assiègent un troisième Département, celui du Centre, fermant l’hôpital universitaire de Mirebalais, le plus équipé d’Haiti ;
  • Les citoyens doivent verser des péages aux terroristes pour voyager hors de Port-au-Prince ; et les denrées agricoles ne peuvent pas être transportes librement, augmentant exponentiellement le cout de la vie ;
  • Haïti enregistre actuellement sa huitième année de croissance négative ;
  • A cause de bilan défiant toute attente de résultats, la présidence limogea premier ministre Fils-aime le 21 janvier. Cependant, il s’accrocha au pouvoir, en rébellion contre l’État haïtien.

Dans tous les pays du monde, un gouvernement aussi incompétent serait contraint à la démission, ou destitué par le peuple. Ailleurs, Cheikh Hasina au Bangladesh dû fuir par hélicoptère vers l’Inde. Et Au Sri Lanka, le peuple avait aussi envahi le palais présidentiel, forçant le président de quitter Colombo.

En Haïti, par contraste, l’administration Trump s’allia à un membre de la présidence, Laurent Saint Cyr, pour maintenir le chef du gouvernement dont l’incompétence et l’insouciance engendrèrent ce cauchemar. Le 10 fevrier, lors d’une audition de la Commission des Affaires étrangères du Séenat, Chargé d’Affaires de Washington, Henry Wooster, en Haïti, vanta les prouesses de Saint Cyr et de leur poulain Fils-Aimé pour avoir favorisé le contrat léonin fourni à Éric Prince et maintenu les « va-nu-pieds » haïtiens dans leur misère abjecte et leur « shithole country, » selon le propos de leur président.

Le Mutisme Complet et Étourdissant en Haïti

Comment comprendre donc qu’en Haïti c’est le calme plat. Les politiciens de tout poil qui clamaient haut et fort la nécessité que les haïtien/nes conviennent d’une formule de gouvernance a partir du 7 février, 40 ans après la chute des Duvalier, observent un mutisme complet.

Ils n’osent pas critiquer la politique de Washinton, ni confronter ses agents gouvernementaux. Ils redoutent l’annulation de leurs visas d’entrée aux États-Unis d’Amérique.

Triste sort pur une République d’Haiti vieille de 223 ans. Entre temps, Fils-Aimé entame son 16ème mois de règne le 11 février. L’aéroport international de Port-au-Prince demeure verrouillé. Les 1,4 millions de déplacés croupissent dans des abris de fortune. Les détritus constituent la décoration publique par excellence. Selon le Ministère du Commerce et de l’Industrie, autour de 90% de l’eau consommée par les Haïtien/nes est impropre. L’eau contiendrait même de la matière fécale, selon les test de qualité.

Selon l’administration Trump, les Haïtien/nes ne doivent pas se plaindre. Ils n’ont plus droit au statut de protection temporaire sur son territoire. Haïti est bien gouvernée ; la sécurité y est, et les élections sont prévues en fin d’août.

Quid de l’Élite haïtienne : Le Défi Incontournable

Écrivant en 1941, dans Haïti et ses Problèmes, l’intellectuel haïtien Louis Dantès Bellegarde se lamentait que :

L’avocat le plus ignare, le médecin le plus obtus, le plus réputé cacographe du journalisme, le poète le plus irrespectueux de la rime et de la raison, le plumitif le plus immoral, l’anarchiste littéraire le plus haineux, tous se croient et se disent de l’élite.

Jean Price-Mars, quant à lui, avait exhorté les Haïtiens de se hisser à la dimension des défis nationaux. En 1917, Price-Mars regagna Haiti d’une mission diplomatique. Il trouva un pays désemparé face à l’occupation par les U.S. Marines. Il prononça des conférences qu’il consigna dans son ouvrage La Vocation de l’Elite (1919), exhortant l’Élite nationale à l’action, dont « l’éducation sociale » des masses pour transformer Haiti.

En 2026, 109 ans plus tard, l’urgence demeure entière. Haiti n’a pas évolué positivement. Il suscite l’engagement des patriotes, surtout des intellectuels. Tout un peuple ne doit pas croupir dans une dépression étouffante. Le temps est à l’action constructive, et non à la « verbomanie ». Selon Price-Mars, la verbomanie qui inflige les Haïtien/nes est une propension d’ « inertie mentale, dans leur paresse de penser, dans leur acceptation des idées, des phrases toutes faites, dans leur fétichisme du texte imprimé et appris par cœur. »

Loin de se lancer dans cette verbomanie habituelle, cette déchéance constitue une opportunité pour transformer Haïti, lui doter de meilleur leadership. Haïti nécessite d’être conduite par une élite nationale visionnaire, transparente et compétente.

Après ce dernier chapitre post-Duvalier de 40 ans de bamboche champêtre, de reconquête de la Nation par Washington, il faut imposer un grand remède, celui du rejet du « calbindage, [l’]état d’esprit curieux qui consiste a jongler avec les mots pour déguiser son vrai sentiment et ne pas l’exprimer, état d’âme singulier qui consiste à couvrir la peur de l’action sous un lot puissant de parole. »

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