Par Ralf Dieudonné JN MARY
Quand les yeux sont fixés au ciel, c’est plus facile d’oublier la terre sacrée.
On nous a appris à lever les yeux vers le ciel. À admirer les fusées qui montent, les drapeaux plantés sur la Lune, les promesses d’une future colonie sur Mars.
On nous a vendu des images brillantes :
des Américains présentés comme les plus doués, les plus intelligents, les plus rapides à conquérir l’impossible.
Et pendant que nos regards étaient suspendus au-dessus des nuages, nous avons oublié de regarder sous nos pieds.
Oublié que notre terre n’est pas vide.
Oublié que notre histoire n’est pas petite.
Oublié que notre peuple n’est pas un figurant sur la scène du monde.
Car la vérité symbolique que nous devons comprendre est simple : le Mars qu’on nous montre dans le ciel est le reflet de ce que nous avons dans notre sol. Un territoire rempli de promesses, de ressources, de richesses inexploitées. Mars n’est pas une planète lointaine que nous attendons :
Mars, c’est la métaphore de tout sous-sol rempli de trésors que les peuples ignorent. Mars, c’est ce que nous avons sous nos pieds.
Et si nous avons oublié cela, ce n’est pas par naïveté. C’est parce que l’on a appris à des peuples entiers à rêver ailleurs plutôt qu’à croire en eux-mêmes. Parce que détourner l’attention, c’est fragiliser une nation. Parce que lorsque les peuples cessent de croire en la valeur de leur sol, ils livrent involontairement leur héritage aux mains des autres.
Voici ma proposition mémorable, mon cri, ma déclaration :
Le rêve haïtien existe, mais il commence lorsque nous cessons de chercher ailleurs ce que nous portons déjà en nous et sous nous.
I. On nous a raconté des rêves pour détourner les nôtres.
Depuis toujours, les grandes puissances ont créé des récits pour dominer l’imagination des peuples. Si un peuple regarde trop haut, il ne voit plus ce qu’il possède ici-bas. Et un peuple qui ne regarde plus son trésor devient vulnérable.
Ce n’est pas seulement une stratégie culturelle, c’est une stratégie géopolitique.
La domination commence toujours par l’imaginaire.
On parle de Mars comme d’un miracle rouge lointain, pendant que des richesses souterraines d’Afrique et d’Haïti dorment dans le noir.
Car Mars, ce n’est pas une planète étrangère : c’est le symbole du sous-sol des nations, des territoires pleins de ressources que l’on néglige.
On parle de la Lune comme d’une victoire humaine, alors que nous n’avons pas encore exploré 2 % de notre propre sous-sol.
Nous oublions que les horizons les plus révolutionnaires ne sont pas dans le ciel, mais dans les terres que nous foulons chaque jour sans y penser.
Ce n’est pas que ces récits soient mauvais. C’est qu’ils deviennent dangereux lorsqu’ils nous distraient de notre propre potentiel, de nos propres richesses, de notre propre responsabilité dans notre renaissance.
Les peuples qui ne voient plus la valeur de leur sol abandonnent leur droit à leur propre futur. Et les nations qui ignorent leur richesse deviennent dépendantes de celles qui l’exploitent.
Haïti n’a pas besoin de fusée pour décoller. Elle a besoin d’une vision. D’ingénieurs, de géologues, de techniciens. D’une jeunesse qui n’a plus peur de descendre dans le sol pour y trouver sa lumière.
Car la lumière se trouve parfois en bas, avant d’éclairer en haut.
Car oui, pendant qu’on nous invite à rêver du ciel, la vraie bataille se joue sur la terre.
II. Le sol d’Haïti : notre Mars, notre trésor, notre avenir.
Le sous-sol n’est pas seulement un espace géologique. C’est un symbole : celui de ce que nous n’avons pas encore exploré en nous-mêmes.
Et c’est dans ce sens que Mars est notre sol : un espace mystérieux, précieux, rempli de ressources, mais encore ignoré.
Mars, pour nous, n’est pas un but lointain, mais un appel immédiat. C’est l’invitation à redécouvrir ce que nous avons enfoui sous le poids de la résignation et du découragement.
Pétrole, minerais, métaux rares, eau, énergie…Nos ressources dorment comme des géants endormis dans un pays qui ne se croit plus capable de rêver grand.
Mars n’est pas dans le ciel : il est sous nos pieds.
Chaque nation qui se relève commence par explorer son sol. Chaque renaissance commence par un retour aux fondations.
Celui qui contrôle son sous-sol contrôle son avenir. Celui qui comprend ce qu’il possède ne se laisse plus manipuler.
Celui qui connaît sa richesse devient maître de son destin.
Les nations puissantes ne sont pas seulement celles qui montent vers le ciel,
mais celles qui descendent dans leurs profondeurs pour y extraire leur force.
Alors formons :
– des géologues,
– des ingénieurs pétroliers,
– des experts miniers,
– des spécialistes en énergie,
– des gardiens du territoire.
Nous n’avons pas besoin d’attendre que d’autres écrivent l’histoire. Nous sommes capables de la comprendre, de l’écrire et de la défendre.
Et nous devons protéger notre sol comme on protège un sanctuaire, car c’en est un.
Mais pour cela, il faut retrouver ce que nous avons perdu : notre prestige.
III. Haïti et l’Afrique : quand un peuple se souvient qu’il n’est pas petit.
L’Afrique est un continent. Mais sa force se révèle lorsque ses peuples se lèvent comme un seul pays, dont la capitale symbolique est Haïti : la première nation noire libre, le premier cri de dignité mondiale.
Haïti n’est pas seulement un pays : c’est un symbole, un phare, un rappel que l’impossible peut être vaincu.
Lorsque l’un de nos frères africains est humilié, c’est toute l’Afrique qui saigne.
Quand Haïti souffre, ce n’est pas un pays de 27 000 km² qui tombe : c’est un symbole universel qui vacille.
Et dans ce même esprit, le “Mars africain” et le “Mars haïtien”, le sous-sol des nations noires, est la clé de leur renaissance.
Car le jour où l’Afrique prendra conscience de la valeur de son sol, le monde tremblera de nouveau.
Haïti n’est pas un petit pays. C’est un grand peuple momentanément affaibli.
Un peuple dont l’histoire fait trembler les empires. Un peuple que l’on a craint, admiré, combattu, et que l’on tente encore de diminuer pour éviter son réveil.
Le déclin n’est jamais permanent lorsque la grandeur a été réelle.
Le rêve haïtien n’est pas un slogan.
C’est un mouvement.
Une posture.
Une mémoire qui revient brûler dans nos veines.
Nous n’attendons pas une permission pour renaître.
Nous proclamons notre renaissance.
Alors oui : il est temps de conclure, mais pas de s’arrêter.
Se réveiller, c’est reconquérir ce qu’on n’a jamais vraiment perdu.
Nous avons laissé le monde nous distraire avec des rêves venus d’ailleurs. Nous avons oublié que la vraie richesse n’est pas dans le ciel, mais dans notre terre et dans notre peuple. Nous avons sous nos pieds une promesse, et dans nos veines une grandeur ancestrale.
Et nous comprenons aujourd’hui que “Mars” n’est rien d’autre que le sous-sol que nous négligeons : le nôtre, celui de l’Afrique, celui de toute nation qui porte en elle des trésors profondément enfouis.
Ce que nous cherchons ailleurs nous appelle en silence depuis toujours.
Un arbre ne monte pas vers le ciel parce qu’il fuit la terre. Il monte vers le ciel parce qu’il est solidement enraciné.
De même, nous monterons lorsque nous accepterons enfin d’être profondément enracinés dans nous-mêmes.
Haïti n’a pas besoin de permission pour redevenir grande. Elle n’a pas besoin de fusée pour toucher les étoiles.
Ses étoiles sont déjà en elle.
Son avenir est déjà sous elle.
Sa fierté est déjà devant elle.
Le rêve haïtien n’est pas un futur : il est un réveil. Et ce réveil commence maintenant.
Ralf Dieudonné JN MARY dit Lysius Félicité Salomon Jeune.

