WASHINGTON, 10 fév. 2026 (Rezo Nòdwès)— Le ministre américain du Commerce, Howard Lutnick, a reconnu mardi devant des sénateurs avoir rencontré à deux reprises Jeffrey Epstein après la condamnation pénale de ce dernier en 2008 pour sollicitation impliquant une mineure, contredisant ainsi ses déclarations publiques antérieures affirmant une rupture définitive des relations depuis 2005.
Interrogé lors d’une audition d’une sous-commission des crédits du Sénat, Lutnick a soutenu que ses interactions avec le financier restaient limitées, évoquant quelques courriels et deux rencontres espacées dans le temps. Il a toutefois admis un déjeuner familial sur l’île privée d’Epstein en 2012 ainsi qu’un échange d’environ une heure dans la résidence new-yorkaise de ce dernier en 2011. Ces éléments apparaissent en contradiction avec ses propos de 2025, lorsqu’il affirmait avoir décidé de ne plus jamais se retrouver en présence d’Epstein après une visite jugée perturbante du domicile du financier en 2005.
La divulgation récente de documents d’enquête a relancé les interrogations sur la cohérence de ses déclarations publiques. Plusieurs parlementaires, démocrates et républicains, ont appelé à sa démission, estimant que la question porte moins sur une participation personnelle à des actes criminels que sur l’exigence de transparence et de véracité attendue d’un membre du cabinet présidentiel. Le sénateur Chris Van Hollen a ainsi déclaré qu’aucun élément ne démontre l’implication directe de Lutnick dans des activités illicites liées à Epstein, tout en mettant en cause la fiabilité de ses déclarations passées devant l’opinion et le Congrès.
Parallèlement, les représentants Thomas Massie et Ro Khanna ont publiquement soutenu qu’un maintien en fonction fragilise la crédibilité institutionnelle de l’exécutif fédéral. Les appels à la responsabilité politique s’inscrivent dans un climat marqué par la publication progressive des dossiers judiciaires liés à Epstein, qui ravivent le débat sur la responsabilité morale et politique des élites économiques et gouvernementales ayant entretenu des relations sociales ou professionnelles avec le financier.
À titre comparatif, des révélations analogues au Royaume-Uni ont conduit à des démissions et à des retraits de privilèges honorifiques. Aux États-Unis, aucune sanction institutionnelle comparable n’a encore été appliquée à des responsables gouvernementaux indirectement associés à cette affaire, ce qui alimente les débats sur les standards d’imputabilité au sein des démocraties occidentales.

