7 février 2026
Président : titre ou caractère ?
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Président : titre ou caractère ?

Par :  Ralf Dieudonné JN MARY 

En ce 7 février 2026, l’histoire nous oblige une fois de plus à nous regarder en face. Les routes demeurent bloquées, les rues sont encore abandonnées aux armes, et tant de promesses cruciales restent en suspens. Au milieu de ce décor qui résume nos échecs répétés, une scène récente m’a frappé par sa simplicité… et par sa gravité.

Dernièrement, un membre du Conseil Présidentiel Transitoire — ceux-là mêmes qui devraient se soucier de rétablir la sécurité, de débloquer les routes, d’ouvrir le chemin des élections — a été interrogé :

« Vous aviez promis de débloquer les routes. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? »

Sa réponse, sans détour, sans gêne :

« Suis-je la PNH ? »

En quelques mots, tout était dit.

Tout ce que nous refusons parfois d’admettre.

Tout ce qui ronge nos institutions.

Car chez nous, trop souvent, le titre prime sur le caractère.

 Le drame du leadership haïtien : le titre suffit.

Avant de poursuivre la lecture de ce texte, si vous êtes un membre du Conseil Présidentiel de Transition, lisez à voix haute la ligne suivante : “ Yo te koupe viza nou, yo te fè nou lòt menas, men nou te fè l pou Ayiti. “

Devenir Président est devenu pour certains un objectif personnel, une case cochée, un rêve accompli.

Non pas pour transformer la nation, non pas pour affronter les urgences, non pas pour réparer ce qui est brisé,

mais simplement pour pouvoir dire :

« J’ai été Président. »

Un portrait suspendu au MUPANAH.

Une page d’histoire.

Un prestige familial.

Et puis plus rien.

Comme si Haïti n’était qu’un tremplin vers la postérité, et non une responsabilité sacrée.

Comme si occuper le fauteuil équivalait à accomplir sa mission.

Comme si le pays n’exigeait pas davantage que des cérémonies et des signatures.

Pourtant, le fauteuil n’est pas le sommet, il devrait être le point de départ du sacrifice.

 Quand on atteint le sommet, certains cessent de voir le pays

Beaucoup ont accédé à la Présidence et, sitôt le rêve accompli, ont cessé d’être préoccupés par les souffrances du peuple.

Pourquoi ?

Parce que devenir Président était la fin de leur ambition, pas le début de leur mission.

Ils n’avaient jamais rêvé de résoudre, de protéger, de bâtir.

Ils n’avaient rêvé…

que d’y être.

Le pays s’effondrait, mais leur rêve, à eux, était réalisé.

Alors ils ont fermé les yeux.

Et le peuple a continué à vivre dans les conséquences.

Une vérité géopolitique que nous refusons d’admettre.

Un grand homme américain a un jour déclaré :

« Les États-Unis dominent parce qu’ils punissent sévèrement les traîtres de leur nation, et recherchent les traîtres des autres nations pour collaborer avec eux. »

Cette phrase, qu’on devrait méditer en silence, dévoile une grande partie de notre faiblesse nationale.

Chez nous, certains dirigeants prennent des décisions contre leur propre patrie,

non pas par idéologie,

non pas par vision,

mais simplement

pour ne pas perdre leur visa.

Voilà où nous en sommes.

Voilà ce que nous devons reconnaître.

Voilà ce qui fragilise notre souveraineté.

 Une règle simple qui changerait tout

Il existe pourtant une règle, simple, logique, juste — presque évidente — qui pourrait bouleverser la politique haïtienne :

Pour être Président, Ministre, Sénateur, Député, Magistrat ou Directeur d’un ministère :

Sa famille doit résider en Haïti.

Ses enfants doivent être scolarisés en Haïti.

Et avoir complété leur premier cycle universitaire en Haïti.

Car comment peut-on prétendre diriger un peuple dont on fuit le quotidien ?

Comment peut-on décider pour des élèves quand ses propres enfants n’ont jamais connu les écoles du pays ?

Comment peut-on évaluer un système de santé que sa famille n’utilise pas ?

Comment peut-on comprendre les nuits de peur, les routes impraticables, les angoisses quotidiennes…

quand on ne les vit pas ?

Un dirigeant doit partager le destin du peuple qu’il gouverne.

C’est la base même de la légitimité.

C’est la racine du caractère.

 Ce que le pays attend réellement

Le pays n’attend pas un dirigeant qui, face à ses propres promesses, répond :

« Suis-je la PNH ? »

Le pays attend un homme ou une femme qui comprend que le mandat n’est pas un privilège, mais une charge.

Qu’être Président, ce n’est pas occuper un titre.

Qu’être Président, c’est devenir responsable de chaque souffle, chaque larme, chaque espoir de la nation.

Haïti n’attend pas un Président qui veut entrer dans l’histoire.

Haïti attend un Président qui veut la changer.

 Et nous, fils d’Haïti…

Nous sommes les héritiers d’une nation qui a dévoilé au monde que la liberté peut naître du courage, même quand le monde entier parie sur l’esclavage.

Nous sommes les fils et les filles d’un peuple qui refuse de mourir, même quand tout semble perdu.

Nous sommes ceux qui savent que la dignité n’est pas négociable.

Et je le dis avec conviction :

nous ne sommes pas nés pour un petit pain.

La nation attend encore ceux qui comprendront que gouverner n’est pas s’élever au-dessus du peuple,

mais se mettre au service du peuple.

Ceux qui n’attendent pas que l’histoire leur ouvre une place,

mais qui se lèvent pour offrir un avenir à leur patrie.

Haïti n’a pas encore dit son dernier mot.

Le 7 février n’est pas seulement un rappel du passé :

c’est un appel à la naissance d’un leadership nouveau :

un leadership de caractère, pas seulement de titre.
Ralf Dieudonné JN MARY dit Lysius Félicité Salomon Jeune.

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