28 février 2026
Haïti — A J-3 du 7 février, super Mario réactive la promesse sécuritaire que le terrain continue de démentir
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Haïti — A J-3 du 7 février, super Mario réactive la promesse sécuritaire que le terrain continue de démentir

L’Edito du Rezo

À moins de quatre jours de l’échéance politique du 7 février 2026, la communication gouvernementale réaffirme une volonté de reprise en main sécuritaire, tandis que la matérialité factuelle du territoire reste dominée par la fragmentation armée et la paralysie institutionnelle. Le Secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, a soutenu que l’exécutif entend « rétablir l’ordre, la sécurité et l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national », formule reprise du communiqué officiel de la Primature diffusé le 3 février.

La Primature avance que « la sécurité publique constitue une priorité stratégique absolue et une condition […] au retour à la vie démocratique ». Sur le plan doctrinal, cette formulation s’inscrit dans la tradition classique de l’État régalien, où la sécurité publique fonde la légitimité normative de l’autorité publique. Toutefois, plusieurs analyses publiées ces derniers mois par la presse indépendante, notamment dans des tribunes critiques recensées sur Rezo Nòdwès, ont décrit la gestion Andrésol comme caractérisée par une présence institutionnelle faible, marquée par l’absence d’initiatives opérationnelles visibles et une raréfaction progressive de la parole stratégique.

Le communiqué insiste également sur « une offensive structurée, durable et irréversible contre l’insécurité sous toutes ses formes ». Or, la permanence des zones de non-droit dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre interroge la portée juridique et opérationnelle de cette affirmation. La notion d’« irréversibilité » apparaît, en droit public comparé, comme une déclaration performative nécessitant des indicateurs mesurables : reconquête territoriale effective, continuité des services publics, reprise des corridors économiques, ou encore baisse statistique documentée de la criminalité armée.

L’exécutif met en avant le cadre signé avec le PNUD, présenté comme « un instrument de renforcement de la capacité souveraine de l’État haïtien, et non […] un mécanisme de substitution ». Sur le plan institutionnel, cette précision vise à neutraliser le débat sur la dépendance fonctionnelle de l’appareil sécuritaire national vis-à-vis des partenaires internationaux. Pourtant, plusieurs analyses critiques publiées antérieurement dans l’écosystème médiatique haïtien ont relevé l’écart persistant entre architecture stratégique annoncée et matérialisation administrative.

Le texte gouvernemental affirme encore que « la sécurité n’est ni négociable ni optionnelle […] un droit fondamental du peuple haïtien et un devoir régalien de l’État ». Juridiquement, cette position s’aligne sur les standards internationaux relatifs aux obligations positives de l’État en matière de protection des citoyens. Politiquement, elle expose l’exécutif à une évaluation directe : lorsque l’État revendique l’exclusivité de la fonction sécuritaire, l’absence de résultats devient un indicateur immédiat de déficit de gouvernance.

À l’approche du basculement institutionnel annoncé, la question centrale reste celle de la capacité réelle de l’appareil étatique à transformer le discours normatif en restauration effective de l’autorité territoriale. Les communications officielles décrivent une trajectoire ascendante ; la réalité sécuritaire quotidienne continue, elle, de nourrir un scepticisme structurel au sein de la population et des observateurs internationaux.

Dans cette configuration, l’activisme discursif tardif donne l’impression d’une mobilisation de fin de mandat, davantage orientée vers la justification administrative que vers la production d’effets opérationnels mesurables. L’argumentaire sécuritaire, soudainement prolixe, intervient après une longue période de réserve institutionnelle, comme si l’urgence sécuritaire s’était révélée uniquement à l’approche de l’échéance politique.

Au regard de cette séquence, certains observateurs pourraient conclure que l’efficacité aura surtout résidé dans la gestion du calendrier et de la communication. Après tout, il fallait bien, à défaut de résultats tangibles, produire un volume appréciable de déclarations pour démontrer que la fonction n’était pas restée totalement silencieuse. Une forme d’endurance administrative : attendre la dernière ligne droite pour découvrir que la parole publique peut, elle aussi, servir d’indicateur d’activité.

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