27 janvier 2026
Lettre ouverte de Me Jean Henry Céant au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé
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Lettre ouverte de Me Jean Henry Céant au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé

Le 7 février 2026 face l’épreuve du dépassement

Monsieur le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé,

À l’approche du 7 février 2026, le Peuple haïtien se trouve, une fois de plus, à un carrefour décisif de son histoire. Cette date ne saurait être abordée comme une simple échéance administrative ou constitutionnelle. Elle constitue une convocation patriotique, morale, politique et historique, adressée à toutes les consciences responsables du pays.

Cette convocation n’appelle ni les calculs, ni les postures, ni les arrangements de circonstance. Elle appelle le dépassement : dépassement des ego, des intérêts sectoriels, des rancunes politiques, des logiques de clans et des ambitions personnelles. Elle appelle un sursaut collectif au nom d’Haïti, et d’Haïti seulement.

J’ai lancé, le 28 mai 2025, un cri d’alarme clair : « S’unir ou périr ». Ce n’était ni un slogan, ni une posture. C’était un appel à sortir enfin de la spirale destructrice des divisions stériles et insanes, pour construire une volonté nationale partagée.

La transition en cours n’a pas su répondre à cette exigence. C’est un fait! 

Le Conseil Présidentiel de Transition, et plus particulièrement la séquence conduite par Monsieur Laurent Saint-Cyr, n’a pas réussi à créer les conditions du sursaut attendu. Le rendez-vous avec l’Histoire a été manqué. Mais je persiste à croire qu’il n’est pas trop tard pour corriger la trajectoire, à condition d’avoir le courage de rompre avec les méthodes du passé.

C’est précisément dans cet esprit que, le 16 juin 2025, dans un cri intitulé « Laurent Saint-Cyr face à son destin », j’ai formulé des propositions claires et responsables afin d’éviter au pays une nouvelle impasse.

J’ai appelé à la construction d’un accord sociétal et politique global, fondé sur une entente sincère entre les acteurs nationaux, afin de définir ensemble les priorités vitales du pays, et d’empêcher la catastrophe institutionnelle annoncée au 7 février 2026.

Cet accord devait notamment permettre :

• la mise en place d’un organe indépendant de surveillance et de validation de l’action gouvernementale ;

• la définition du temps nécessaire pour créer les conditions d’un pouvoir légal, légitime et issu de la volonté populaire ;

• l’adoption d’une stratégie nationale cohérente pour le rétablissement de la sécurité sur tout le territoire ;

• l’élaboration d’un plan de sauvetage national, contraignant pour les gouvernements à venir ;

• l’établissement d’un consensus politique sur les règles du jeu démocratique ;

• la mise sur pied d’une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle charte fondamentale, soumise au vote référendaire ;

• l’accord sur un calendrier et un processus électoral crédibles, transparents et inclusifs ;

• la définition d’un mode de gouvernance capable de conduire une ultime transition vers la stabilité durable.

Ces propositions ne relevaient pas de l’utopie, mais d’une nécessité vitale pour préserver l’existence même de la République.

Monsieur le Premier ministre Didier Fils-Aimé, la Constitution de 1987, dans toutes ses versions, ainsi que le décret du 24 mai 2024 Vous placent objectivement en position institutionnelle, à compter du départ complet et sans considération aucune des neuf membres du Conseil Présidentiel de Transition le 7 février 2026, pour reprendre cet agenda. Cependant, Vous devez également mesurer l’ampleur de l’appel au dépassement des intérêts particuliers, à la responsabilité historique, au courage politique et au sursaut patriotique.

Haïti ne peut plus survivre dans la fragmentation, la méfiance, et l’improvisation permanente. La souveraineté nationale ne se proclame pas : elle se construit dans la cohésion, la cohérence, le dialogue, la discipline collective et le respect de l’intérêt général.

Vous avez le devoir de rechercher LE VRAI CONSENSUS dans l’inclusion et la quête de stabilité pour cette dernière transition, à la hauteur de notre devise : « L’Union fait la force ».

Je reste convaincu que la barque nationale peut encore être redressée, si nous acceptons enfin de regarder la réalité en face, de reconnaître nos erreurs, et de nous engager dans une consolidation sincère de nos acquis, par le rejet de ce qui nous divise au profit de tout ce qui peut nous UNIR définitivement.

Il est tard.

Très tard.

Mais il n’est pas trop tard.

Réussir par l’engagement doit être le leitmotiv aujourd’hui.

Il faut aller chercher la légitimité pour renforcer la légalité. 

Fait pour servir la Nation,

Me Jean-Henry Céant

Ancien Premier ministre de la République d’Haïti

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