Par Reynoldson Mompoint
Cap-Haïtien, le 24 Janvier 2026
Ce qui vient de se produire autour de l’impossible éviction d’Alix Didier Fils-Aimé n’est pas un simple revers politique. C’est une capitulation, une reddition sans conditions du Conseil présidentiel de transition (CPT), désormais réduit à l’état de comité d’exécution des volontés de l’international et de l’oligarchie locale.
Le CPT ne décide plus. Il obéit. Il ne gouverne pas. Il applique. Alix Didier Fils-Aimé reste, non pas parce qu’il est légitime, mais parce qu’il est utile. Utile à qui ? À ceux qui ont transformé Haïti en zone économique sous surveillance, où la politique n’est plus qu’un décor administratif pour protéger des intérêts privés.
Un CPT humilié, vidé, neutralisé
La tentative d’éviction était vouée à l’échec dès sa conception. Car on n’éjecte pas un homme qui bénéficie du soutien conditionné, calculé et cynique de l’international avec des résolutions creuses et des conciliabules nocturnes. Le CPT s’est heurté à une réalité brutale : le pouvoir ne lui appartient pas.
L’international n’a pas besoin d’un État fort, encore moins d’un État souverain. Il a besoin d’un État prévisible, docile, administré par des hommes qui rassurent les marchés, sécurisent les flux et ferment les yeux sur la corruption tant qu’elle reste fonctionnelle.
Laurent Saint-Cyr : le parrain politique de la prise de contrôle économique
Au cœur de cette mascarade trône Laurent Saint-Cyr, coordonnateur du collège présidentiel, devenu le garant politique de la captation de l’État par l’économie qu’il représente. Sous couvert de consensus et de stabilité, Saint-Cyr agit comme agent de liaison entre l’exécutif transitoire et une élite économique qui n’a jamais cru à la démocratie, mais toujours au rendement.
La politique, sous sa coordination, cesse d’être un espace de choix collectifs pour devenir une annexe de la chambre de commerce. Le CPT n’est plus un organe de transition : c’est un outil de sécurisation des profits, un pare-feu contre toute remise en question structurelle.
L’international : complice, arbitre et maître du jeu
Il faut cesser l’hypocrisie. L’international n’est pas un partenaire ; il est un acteur central du blocage. Son soutien à Alix Didier Fils-Aimé est intéressé, conditionné et stratégique. Il ne protège pas un homme, il protège un système de prédation stable.
Toute tentative de rupture est immédiatement qualifiée de “déstabilisation”. Toute contestation devient une menace. Toute alternative est criminalisée. Ainsi, au nom de la stabilité, on institutionnalise l’injustice, on légalise l’exclusion et on prolonge l’agonie nationale.
Une transition transformée en escroquerie politique
La transition haïtienne est devenue une escroquerie organisée. Elle permet de gouverner sans élections, de décider sans mandat et de piller sans reddition de comptes. Le CPT, en refusant ou en étant incapable de rompre avec Alix Didier Fils-Aimé, signe l’aveu ultime de son inutilité historique.
Il ne s’agit plus de transition, mais de gestion coloniale du chaos, où quelques acteurs locaux servent d’intermédiaires à des intérêts extérieurs, pendant que la majorité est livrée à la violence, à la faim et au désespoir.
Haïti sous séquestre, le peuple hors jeu
Ce pays n’est plus gouverné, il est mis sous séquestre. La politique est confisquée, l’économie accaparée et la souveraineté neutralisée. Le CPT n’a pas échoué par incompétence ; il a échoué parce que sa mission réelle n’a jamais été de changer quoi que ce soit.
Alix Didier Fils-Aimé reste parce qu’il rassure. Laurent Saint-Cyr protège parce qu’il participe. L’international impose parce qu’il commande. Et le peuple, encore une fois, est sommé de se taire, d’attendre et de mourir dignement.
L’histoire, elle, n’oubliera pas.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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