Dans le bras de fer qui oppose une partie du Conseil présidentiel de transition au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le secteur privé organisé ne reste pas neutre. Associations patronales et chambres de commerce sortent du bois et soutiennent clairement le chef du gouvernement, tout en s’alignant sur la position du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr. Message central : pas de secousse politique de plus, pas maintenant.
Le communiqué évoque la stabilité, la continuité de l’État et la protection des « acquis sécuritaires ». En clair, toute tentative de renverser la table à ce stade est jugée irresponsable, susceptible de casser une dynamique encore fragile face aux groupes armés. Le secteur privé reconnaît même des « progrès tangibles » sous l’actuelle direction, tout en admettant leur coût humain et leur extrême vulnérabilité.
Mais derrière l’appel au dialogue et au consensus, le texte sonne aussi comme un avertissement aux membres frondeurs du CPT : toucher au gouvernement, c’est menacer le soutien international, démoraliser les forces engagées et replonger le pays dans la paralysie institutionnelle. Autrement dit, la crise politique devient un luxe que le pays ne peut plus se payer.
Reste une question gênante : quand la stabilité devient l’argument suprême, où s’arrête la gestion de crise et où commence la protection d’intérêts établis ? En choisissant clairement son camp, le secteur privé ne se contente plus d’appeler au calme : il entre pleinement dans l’arène. Et dans un pays épuisé par les rapports de force, ce soutien assumé pèsera lourd dans la suite du duel au sommet.

