Guéguerre entre serviteurs : quand les laquais se disputent la clé de la cuisine
À la Primature, ce n’est plus un gouvernement, c’est une télénovela. Avec intrigues, trahisons, coups bas… et figurants en costume-cravate. Le héros du jour ? Didier Fils-Aimé, Premier ministre adoubé par la “communauté internationale”, ce sceau magique qui transforme n’importe quel mortel en élu provisoire de la République. Face à lui, le Conseil présidentiel de transition (CPT), cette joyeuse confrérie de neuf gardiens du désordre, dont cinq des sept votants ont décidé qu’il était temps de changer de figurine sur le gâteau.
Mais voilà : quand on veut renverser la table, encore faut-il que tout le monde lâche la nappe. Or, le coordonnateur Laurent Saint-Cyr, visiblement plus sensible aux murmures de Washington qu’aux colères de ses collègues, refuse d’appuyer sur le bouton “licenciement”. Quant au représentant de Pitit Dessalines, fidèle à la grande tradition nationale du camouflage stratégique, il a choisi l’option “sous le lit”, laissant ses pairs signer pendant qu’il pratique l’art ancestral du double jeu. Comme son mentor, Moïse Jean-Charles, il parle fort quand il n’y a pas de micro… et disparaît quand il y a des décisions.
Résultat : blocage institutionnel, suspense politique et popcorn géopolitique. Pendant que les membres du CPT se traitent mutuellement de traîtres à la cause, les États-Unis, en maîtres de cérémonie, distribuent déjà les rôles : ici les “bons”, là les “criminels alliés des gangs Viv Ansanm”. Rideau ! Applaudissements ! La morale de la pièce est servie avant même la fin de l’acte.
Et comme toute crise haïtienne digne de ce nom, elle vient avec son décor militaire : déploiement de blindés, mouvements de troupes, centres de pouvoir sous haute tension. On ne sait pas encore s’il s’agit d’un simple exercice de dissuasion ou d’une répétition générale pour un nouveau numéro de cirque constitutionnel. Coup de force ou coup de bluff ? À ce stade, même les parieurs hésitent.
Reste la grande question : qui va gagner cette bataille de serviteurs ? Les fidèles aux “maîtres blancs”, bien assis sur les bénédictions diplomatiques ? Ou les rebelles résignés, furieux mais dépendants, qui rêvent d’indépendance tout en attendant les consignes ? Dans cette République où la souveraineté se négocie par WhatsApp diplomatique, la vraie lutte n’est pas pour le pouvoir, mais pour l’oreille du parrain.
Pendant ce temps, le peuple regarde la scène, sans billet, sans siège, mais toujours forcé d’applaudir à la fin. Car en Haïti, quand les élites se battent pour la clé de la cuisine, c’est toujours la population qui fait la vaisselle.
Fin de l’épisode. À demain pour la suite de “Serviteurs & Compagnie : Transition sans fin”.
Marie-Maude Vimont

