22 janvier 2026
L’État haïtien, une jungle : Entre le Conseil présidentiel et Alix Didier Fils-Aimé, qui serait roi ?
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L’État haïtien, une jungle : Entre le Conseil présidentiel et Alix Didier Fils-Aimé, qui serait roi ?

Par Reynoldson Mompoint

Cap-Haïtien, le 22 janvier 2026

La République dissoute dans la loi de la jungle

L’État haïtien ne se gouverne plus, il se dispute. Il ne se structure plus autour de normes, mais autour d’instincts. La République a cédé la place à une jungle politique où la force, la ruse et la survie priment sur la loi et la vision.

Dans cet espace sauvage, deux lions se font face : le Conseil présidentiel de transition (CPT), présidence collective sans colonne vertébrale constitutionnelle, et la Primature dirigée par Alix Didier Fils-Aimé, devenue un centre de pouvoir autonome. Il n’y a plus d’arbitre. Plus de Constitution pleinement opérante. Plus de garde-fous. Seulement deux prédateurs qui se disputent le même territoire : l’État.

Le Conseil présidentiel de transition : du provisoire au désir de permanence

Le CPT est né dans l’urgence, sous pression internationale et nationale, comme une solution temporaire à l’effondrement institutionnel. Mais très vite, le provisoire a pris goût à la durée. Ce qui devait être une passerelle vers les élections s’est transformé en plateforme de repositionnement politique.

À mesure que l’échéance de son mandat prédéfini se rapproche, le CPT montre une nervosité croissante. Derrière les discours feutrés sur la continuité de l’État se cache une peur profonde : celle de disparaître du paysage politique, de redevenir simple acteur parmi d’autres. Alors, on parle de sécurité non rétablie, d’élections impossibles, de contexte défavorable. Autant d’arguments pour repousser l’heure de la sortie. Le CPT ne prépare pas une transition, il prépare une justification.

La Primature : l’administration comme instrument de domination

Face au CPT, Alix Didier Fils-Aimé avance sans bruit, mais avec détermination. La Primature, censée être un organe d’exécution, se transforme en forteresse politique. Le Premier ministre contrôle l’appareil administratif, les nominations clés, les flux financiers, les relations techniques avec les partenaires internationaux.

Dans une Haïti en ruines, celui qui tient l’administration tient l’État réel. Et Alix Didier Fils-Aimé le sait. Derrière le langage de la technicité et de la gestion se profile une ambition claire : ne pas être le fusible d’une transition ratée, mais l’homme qui restera quand d’autres tomberont. La Primature ne se contente plus d’exécuter. Elle concurrence.

Deux têtes, un exécutif monstrueux

Haïti vit une anomalie politique dangereuse : un exécutif bicéphale où chaque tête tente de décapiter l’autre. Le CPT revendique la légitimité politique. La Primature revendique l’efficacité administrative. Les deux discours s’annulent, les deux pouvoirs s’observent, se sabotent parfois, se neutralisent souvent. Les réunions deviennent des champs de bataille feutrés. Les décisions se prennent à moitié. Les dossiers stagnent. L’État, déjà fragile, se fissure davantage sous le poids de cette guerre interne.

Dans cette jungle, la coordination est remplacée par la méfiance, et la gouvernance par la tactique.

L’échéance du mandat : le déclencheur de la guerre ouverte

Plus l’échéance du mandat prédéfini approche, plus la rivalité s’intensifie. Chacun anticipe l’après. Chacun craint d’être sacrifié dans un compromis politique de dernière minute. Le CPT redoute une Primature trop puissante. La Primature redoute un CPT qui chercherait à la dissoudre ou à la marginaliser. Alors, les stratégies se multiplient : alliances souterraines avec des partis, clins d’œil appuyés à l’international, campagnes de discrédit, fuites savamment orchestrées.

L’objectif n’est plus de réussir la transition, mais de survivre politiquement au-delà de sa fin officielle. Le mandat a une date. L’ambition, non.

Gouverner devient secondaire, durer devient vital

Pendant que les deux lions s’affrontent, le pays brûle. L’insécurité s’étend, l’économie s’asphyxie, la population s’exile ou s’enfonce dans la survie quotidienne. Les priorités nationales sont reléguées au second plan, sacrifiées sur l’autel des calculs personnels.

Ni le CPT ni la Primature ne donnent de signaux clairs d’un calendrier électoral crédible. La transition, censée être un moyen, est devenue une fin. Gouverner n’est plus servir, mais durer.

Le peuple, proie silencieuse de la jungle politique

Dans toute jungle, les combats des prédateurs laissent derrière eux des carcasses. En Haïti, ces carcasses sont humaines, sociales, institutionnelles. Le peuple n’est ni arbitre ni bénéficiaire de cette lutte de pouvoir. Il en est la victime collatérale permanente.

Il subit les conséquences d’un État qui se regarde mourir sans intervenir. Il paie le prix d’une classe dirigeante obsédée par sa survie politique plutôt que par le salut national.

Qui sera roi… et que restera-t-il du royaume 

La question « qui sera roi ? » est presque indécente au regard de la réalité haïtienne. Car pendant que le CPT et Alix Didier Fils-Aimé se disputent la couronne, le royaume s’effondre. Un roi sans royaume n’est qu’un chef de clan dans une terre dévastée.

Si les deux têtes de l’exécutif persistent à vouloir s’éjecter mutuellement pour prolonger leur présence au pouvoir après l’échéance prévue, Haïti n’aura pas un vainqueur, mais un État encore plus affaibli, vidé de sens et de légitimité.

Dans cette jungle politique, le véritable perdant est déjà connu : le peuple haïtien.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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