20 janvier 2026
Une classe politique sans gêne, sans des gens crédibles
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Une classe politique sans gêne, sans des gens crédibles

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 19 janvier 2026

Encore un protocole. Encore une signature collective. Encore une promesse solennelle de « salut national ». Ce lundi 19 janvier 2026, plusieurs partis et regroupements politiques, dont Opposition plurielle et le DEHFI, ont paraphé un protocole d’accord exigeant la désignation d’un président issu de la Cour de cassation et le choix d’un nouveau Premier ministre pour diriger la transition après le 7 février prochain, date de fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT). À les entendre, l’Haïti naufragée serait à un texte de plus de son rivage. Mais la question n’est plus quoi ils signent. Elle est qui signe.

Car cette classe politique qui se bouscule aujourd’hui autour d’un « plan de sauvetage national » est la même qui, hier encore, a soutenu, négocié, profité ou gardé le silence face aux pires dérives de l’État haïtien. Opposition plurielle, plateformes dites citoyennes, partis sans base mais à forte capacité de nuisance médiatique : tous parlent aujourd’hui comme s’ils arrivaient de l’extérieur du désastre, alors qu’ils en sont des copropriétaires historiques.

Ils parlent de transition comme d’un droit acquis, d’un héritage à se partager, d’un marché à réorganiser entre initiés. Ils invoquent la Cour de cassation comme un talisman institutionnel, mais oublient de dire comment, par leurs alliances opportunistes, leurs pressions politiques et leurs calculs de court terme, ils ont contribué à affaiblir l’indépendance même de cette institution.

Le plus troublant n’est pas l’exigence d’un président issu de la Cour de cassation — juridiquement discutable mais politiquement compréhensible dans un pays orphelin de légitimité. Le plus troublant, c’est l’absence totale de gêne. Pas un mot d’autocritique. Pas une phrase sur leurs responsabilités dans l’échec des transitions précédentes. Pas une reconnaissance de leur participation active à la décomposition de l’autorité publique, à la normalisation du chaos sécuritaire, à la transformation de la transition en économie politique.

Ils promettent un « plan de

sauvetage national ». Mais

sauvetage de qui ? Du pays ou

d’un personnel politique en fin de crédibilité ? L’expérience

récente est sans appel : les plans de sauvetage brandis par ceux qui ont déjà échoué sont rarement des solutions. Ce sont souvent des stratégies de recyclage, des mécanismes de repositionnement, des

opérations de survie politique.

Une vérité, pourtant, s’impose avec brutalité : la transition ne peut tenir qu’une seule année, pas davantage. Une transition au-delà d’un an cesse d’être un mécanisme d’exception pour devenir un régime de substitution. Elle crée des intérêts, installe des dépendances, fabrique des résistances au retour à l’ordre constitutionnel. Haïti n’a ni le temps ni la capacité institutionnelle pour supporter une transition longue, bavarde et diluée.

Sur le plan juridique et politique, toute transition prolongée est une anomalie. La Constitution haïtienne ne reconnaît pas la transition comme un mode normal de gouvernance, mais comme une situation exceptionnelle et temporaire. Prolonger indéfiniment une transition, c’est gouverner sans mandat populaire, sans contrôle démocratique réel, et sans responsabilité politique claire. C’est installer l’exception comme règle, et l’arbitraire comme méthode.

Haïti ne manque pas de protocoles. Elle manque de crédibilité. Elle manque de dirigeants capables de renoncer, de se retirer, de rompre avec leurs propres pratiques. Elle manque d’hommes et de femmes qui comprennent que la transition n’est pas une récompense, mais une charge lourde, limitée dans le temps, orientée exclusivement vers deux objectifs : sécurité minimale et élections crédibles.

Cette classe politique sans gêne continue de confondre l’État avec un butin et la légitimité avec une signature collective. Elle parle fort, signe vite, promet large — et refuse toujours l’essentiel : rendre des comptes, accepter des limites, se soumettre au temps.

Le 7 février approche. Et avec lui, le risque que la prochaine transition soit une copie conforme de la précédente : mêmes visages, mêmes arrangements, mêmes discours de salut public, mais prolongés au nom de l’urgence permanente. Une urgence qui, curieusement, profite toujours aux mêmes.

Haïti n’a plus besoin de sauveurs autoproclamés ni de protocoles de circonstance. Elle a besoin de vérité, de responsabilité, et d’une transition courte, strictement bornée à une année, non renouvelable, non négociable.

Tout le reste n’est que littérature politique. Et le pays, lui, meurt pendant qu’ils signent.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

WhatsApp +50937186284

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