19 janvier 2026
AUDIO | Leblanc, blanc comme la neige ? Renaud réagit à la sommation visant Rudy Sanon et alerte sur la liberté d’informer
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AUDIO | Leblanc, blanc comme la neige ? Renaud réagit à la sommation visant Rudy Sanon et alerte sur la liberté d’informer

Entretien – Sommation judiciaire et liberté de la presse : un signal d’alerte à l’aube d’un anniversaire historique

Port-au-Prince / New England, 19 janvier 2026.
La sommation pour diffamation adressée au journaliste Rudy Sanon continue de susciter de vives réactions dans les milieux de la presse et des droits humains. L’acte, signé par l’Ing. Edgard Leblanc Fils, membre du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), intervient dans un contexte institutionnel marqué par l’échec des engagements fondamentaux de la transition, notamment le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections.

Pour le Dr Josué Renaud, coordonnateur exécutif New England Human Rights Organization (NEHRO), cette initiative excède le cadre d’un différend personnel. Elle s’inscrit dans un mouvement préoccupant de judiciarisation de la parole journalistique, à l’approche du 40ᵉ anniversaire de la chute du régime des Duvalier, moment historique marquant la réaffirmation des libertés publiques confisquées depuis 1957.

Selon Renaud, le présentateur Rudy Sanon n’a pas formulé une accusation personnelle détachée de toute source. Il aurait relayé une information attribuée à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), en prenant soin d’en mentionner l’origine lors de ses interventions publiques. Cette précision, souligne-t-il, constitue un élément central dans l’appréciation de la bonne foi journalistique, particulièrement lorsqu’il s’agit d’informations touchant à l’intégrité d’acteurs publics.

Le dirigeant de NEHRO indique par ailleurs que la réaction médiatique de Rudy Sanon s’appuyait sur des propos de Magalie Habitant, ancienne haute responsable de l’État, faisant état de la citation du nom d’Edgard Leblanc dans une conversation liée à une affaire financière controversée. Ces éléments auraient été rapportés sans reformulation ni extrapolation, dans un cadre de restitution d’informations déjà circulant dans l’espace public.

Sur le plan politique, Renaud estime que la posture adoptée par le conseiller présidentiel Edgard Leblanc fragilise davantage sa crédibilité. Ancien sénateur et membre d’un organe de transition, celui-ci évolue dans un environnement déjà marqué par le scandale de la Banque nationale de crédit (BNC), impliquant trois figures politiques. Dans ce contexte, l’initiative judiciaire apparaît, aux yeux de l’organisation de défense des droits humains, comme une tentative de déplacement du débat public vers le terrain contentieux.

Le moment choisi pour la signification de la sommation nourrit également les interrogations. Celle-ci serait intervenue alors que Rudy Sanon se trouvait hors du territoire haïtien. Pour Josué Renaud, cette coïncidence peut être interprétée comme une manœuvre de dissuasion, susceptible de restreindre non seulement la liberté d’expression, mais également la liberté de circulation du journaliste concerné.

D’un point de vue juridique, la sommation accorde un jour franc pour répondre ou se rétracter. Or, en droit haïtien, la sommation demeure un acte extrajudiciaire, sans autorité juridictionnelle. Un tel délai compromet l’exercice effectif du principe du contradictoire et ne permet pas une consultation juridique sérieuse. Plus encore, l’idée selon laquelle le silence du journaliste vaudrait reconnaissance des faits allégués ne repose sur aucune base légale.

À la veille d’un anniversaire symbolique pour les libertés démocratiques, Josué Renaud dresse un constat sévère : la liberté d’expression est aujourd’hui sous tension en Haïti. La multiplication d’actes précontentieux visant des journalistes indépendants et des commentateurs politiques alimente un climat d’autocensure et fragilise le rôle de la presse comme contre-pouvoir.

Au-delà du cas Rudy Sanon, la sommation signée par Edgard Leblanc pose une question de fond : un responsable politique peut-il invoquer l’honneur personnel pour neutraliser une information d’intérêt public, sans passer par l’épreuve du débat contradictoire devant un juge ?

cba

Cliquez pour écouter l’extrait de l’entretien.
Dans cet audio, Josué Renaud, coordonnateur exécutif de New England Human Rights Organization (NEHRO), analyse la portée de la sommation adressée à Rudy Sanon, revient sur les risques de judiciarisation de la parole journalistique et alerte sur l’état des libertés publiques en Haïti, à l’approche du 40ᵉ anniversaire de la chute du régime des Duvalier.

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