19 janvier 2026
C’est acté : un accord de désaccord contre le bien-être d’Haïti
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C’est acté : un accord de désaccord contre le bien-être d’Haïti

La formule « C’est acté : un accord de désaccord contre le bien-être d’Haïti » résume avec une cruelle lucidité l’impasse politique haïtienne : un compromis officialisé qui consacre la divergence, neutralise l’action publique et sacrifie l’intérêt général. Loin d’être une sortie de crise, cet accord érige le désaccord en mode de gouvernement et enferme l’État dans l’urgence permanente.

Louis Joseph Janvier dans,Les détracteurs de la race noire et de la République d’Haïti avait déjà averti que la vulnérabilité d’Haïti ne vient pas seulement de l’extérieur, mais surtout des failles internes et de l’irresponsabilité des élites. Lorsqu’un accord politique va à l’encontre du bien-être collectif, il révèle une faillite morale qui affaiblit la légitimité de l’État et alimente la défiance citoyenne.

Jacques Nicolas Léger, de son côté, montre que les compromis ponctuels produisent une stabilité de façade tout en fragmentant l’action étatique. Les projets publics s’enchaînent sans continuité, les réformes restent inachevées et l’État perd toute capacité de projection. L’« accord de désaccord » s’inscrit pleinement dans cette logique destructrice(Haïti,son histoire et ses détracteurs).

Pierre Raymond Dumas(Haïti :la transition qui n’en finit pas, essais et interventions politiques contemporaines) apporte une lecture décisive : Haïti est enfermée dans une transition qui n’en finit pas. Ce provisoire institutionnalisé justifie l’improvisation, suspend la responsabilité politique et empêche toute réforme structurelle. L’accord devient ainsi un instrument de gestion du présent, non de construction de l’avenir.

Les conséquences sont lourdes : insécurité persistante, paralysie des services publics, aggravation des inégalités. Cette violence institutionnelle silencieuse n’est pas accidentelle ; elle résulte de choix politiques qui privilégient la survie des élites à la cohérence nationale.

Dépasser le désaccord et repenser l’État haïtien

Dépasser le désaccord ne signifie ni nier le conflit politique ni imposer une unanimité artificielle. Cela implique de rompre avec une gouvernance fondée sur des compromis provisoires qui suspendent l’action publique et empêchent toute vision à long terme. En Haïti, le désaccord est devenu un principe de gouvernement, alors qu’il devrait être un moment à dépasser au nom de l’intérêt général.

Pour Janvier, Léger et Dumas, la souveraineté ne se mesure pas à la multiplication des accords, mais à la capacité des dirigeants à subordonner le conflit au bien commun et à inscrire l’action publique dans la durée. Haïti ne peut plus se permettre des accords qui consacrent ses divisions. Elle doit rompre avec la transition permanente et reconstruire un État porteur d’avenir.

 Jean -Baptiste SUFFRARD, Président du JCDEH, Communicologue, Formation en Anthropo-sociologie.

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