19 janvier 2026
André Michel, un capital politique mort-né : regret et envie de continuer
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André Michel, un capital politique mort-né : regret et envie de continuer

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 18 janvier 2026

Il y a des trajectoires politiques qui s’éteignent dans le silence. Et il y a celles, plus cruelles encore, qui continuent à parler alors que plus personne n’écoute.

André Michel appartient désormais à cette seconde catégorie. Celle des acteurs qui disposent encore d’un micro, d’un carnet d’adresses, d’une présence médiatique, mais plus d’un capital politique réel. Un capital mort-né. Non pas détruit par l’adversité, mais vidé de sa substance par ses propres choix.

D’avocat de causes à avocat de circonstances

Il fut un temps où André Michel incarnait une colère légitime. Avocat médiatique, tribun des plateaux, voix rageuse contre l’arbitraire et l’injustice. Il parlait fort, il dénonçait, il dérangeait. Et dans un pays assoiffé de figures combatives, cela suffisait à créer une aura. Mais l’erreur fut de confondre visibilité et crédibilité, agitation et leadership, verbe et vision.

À force d’être partout, André Michel a fini par n’être nulle part politiquement. À force de s’inviter dans toutes les coalitions, il s’est dissous dans chacune d’elles.

Le capital politique qui n’a jamais pris

Le drame d’André Michel n’est pas d’avoir perdu un capital politique. C’est de ne jamais avoir réussi à le convertir. Il avait l’attention. Il avait les caméras. Il avait les causes. Mais il n’a jamais construit une base. Jamais structuré une force. Jamais assumé une ligne claire.

Son discours variait selon les alliances du moment, les urgences tactiques, les opportunités de positionnement. Résultat : quand le pays a sombré, quand les transitions se sont succédé, quand les compromis honteux se sont empilés, André Michel était là… sans jamais être décisif.

Regret : le poids d’une occasion manquée

Aujourd’hui, le regret est palpable. Il transpire dans ses prises de parole, dans ses tentatives de relecture de l’histoire, dans ses justifications tardives. Il sait — ou il sent — qu’il est passé à côté de quelque chose. Que le moment où il aurait pu transformer la colère populaire en projet politique est derrière lui.

Et ce regret est d’autant plus cruel qu’il n’est jamais avoué frontalement. Il s’exprime par des détours, des attaques secondaires, des repositionnements permanents.

L’envie de continuer : une obstination sans boussole

Pourtant, André Michel refuse de quitter la scène. Il parle encore. Il s’indigne encore. Il veut encore compter. Mais vouloir continuer n’est pas exister politiquement. 

Dans un pays ravagé par les fausses oppositions et les leaders autoproclamés, l’obstination sans autocritique devient une nuisance politique. Elle encombre l’espace. Elle brouille les repères. Elle empêche l’émergence de nouvelles figures. L’envie de continuer d’André Michel ressemble moins à un combat qu’à une incapacité à accepter la fin d’un cycle.

Une leçon pour la classe politique haïtienne

Le cas André Michel dépasse l’homme. Il est un symptôme. Il montre que la parole sans structure ne survit pas. Que la dénonciation sans vision se retourne contre son auteur.

Que la proximité permanente avec les compromis finit par détruire toute crédibilité. En Haïti, on peut faire du bruit longtemps. Mais on ne construit pas un avenir politique sur le seul écho de sa propre voix. André Michel restera peut-être dans les archives médiatiques.

Mais dans l’histoire politique du pays, son capital aura été mort-né : visible à la naissance, mais jamais viable. Et c’est peut-être là le plus grand regret.

Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste

mompointreynoldson@gmail.com

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