Lettre ouverte
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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À Donald Trump, à Marco Rubio, au gouvernement canadien et au gouvernement français
À vous,
dirigeants de grandes puissances, décideurs lointains, donneurs d’ordres sans mandat populaire,
Je vous écris sans protocole. Je vous écris sans révérence. Je vous écris sans demande. Car il est temps que quelqu’un vous parle autrement qu’en quémandeur, autrement qu’en obligé, autrement qu’en subalterne.
Je vous ordonne, oui, je vous ordonne — moralement, politiquement, historiquement — un minimum de décence.
Vous avez fait d’Haïti un enfer administré
Ne vous cachez plus derrière les sigles. CARICOM. OEA. Core Group. Ni derrière les discours policés de la diplomatie française, canadienne ou américaine. Ces cadres ne sont plus des espaces de médiation : ils sont devenus des machines à recycler l’échec, des structures où l’on décide pour Haïti sans jamais rendre de comptes aux Haïtiens.
Depuis des années, votre politique étrangère conjointe a transformé Haïti en territoire sous perfusion, en laboratoire du chaos contrôlé. Vous avez soutenu des équilibres artificiels, légitimé des pouvoirs sans légitimité, prolongé des transitions sans horizon, et appelé cela « responsabilité internationale ».
La France, qui invoque encore l’histoire et la coopération, ne peut feindre l’innocence.
Le Canada, qui se présente en arbitre moral, ne peut masquer sa participation active.
Les États-Unis, qui dictent le tempo, ne peuvent se dédouaner derrière leurs alliés.
Résultat : un État vidé, une société épuisée, une nation humiliée.
Vous avez pourri la classe politique que vous prétendez combattre
Ne jouez pas les surpris. La classe politique haïtienne que vous condamnez aujourd’hui est aussi votre création, votre interlocutrice privilégiée, votre assurance-stabilité. Ce sont vos habitués d’ambassades. Vos invités permanents aux consultations. Vos experts autoproclamés de la transition éternelle. À force de traiter toujours avec les mêmes figures discréditées, vous avez institutionnalisé l’imposture, financé la médiocrité, et transformé la politique haïtienne en métier sous tutelle internationale. Puis vous venez expliquer au peuple haïtien qu’il n’est « pas prêt ».
Le 07 février approche : ne trichez pas encore
Le 07 février marquera la fin du mandat du CPT. Ce n’est pas une date administrative. C’est une date constitutionnelle, symbolique, historique.
À l’approche de cette échéance, je vous le dis sans détour : ne rejouez pas votre scénario habituel. N’imposez pas une nouvelle transition déguisée. Ne changez pas les hommes pour sauver le système. Ne convoquez pas encore CARICOM, l’OEA ou le Core Group pour donner une légitimité de façade à une décision déjà prise ailleurs.
Jouez, pour une fois, la carte désintéressée
Haïti n’a pas besoin de vos orientations. Haïti a besoin que vous cessiez d’en produire. La vraie responsabilité internationale aujourd’hui serait le recul, non l’ingérence. Le silence stratégique, non la pression diplomatique. L’humilité, non la gestion coloniale modernisée.
La France, si elle veut parler d’égalité entre nations, doit le prouver.
Le Canada, s’il se réclame des droits humains, doit cesser l’hypocrisie.
Les États-Unis, s’ils croient encore à la démocratie, doivent accepter de ne pas la piloter à distance.
L’Histoire vous jugera aussi
Vous aimez invoquer les valeurs, la démocratie, l’État de droit. Mais l’Histoire ne juge pas les intentions proclamées. Elle juge les résultats. Et vos résultats en Haïti sont accablants.
Je ne vous écris pas pour dialoguer. Je vous écris pour rappeler une évidence que vous semblez avoir oubliée : Haïti n’est pas un protectorat. Le peuple haïtien n’est pas une variable d’ajustement. Et la décence, en politique internationale, n’est pas un luxe — c’est une obligation.
Reynoldson Mompoint
Citoyen haïtien
Témoin lucide d’un pays brisé
Mais encore debout,
Et pas disposé à se taire.


