16 janvier 2026
Haïti face à la Chine : l’illusion du sauveur et la réalité du développement
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Haïti face à la Chine : l’illusion du sauveur et la réalité du développement

par Josette Larosine

Dans le débat haïtien contemporain, peu de sujets cristallisent autant d’espoirs et de fantasmes que la Chine. Pour certains, Pékin représente une planche de salut : routes, ports, énergie, financements rapides, croissance accélérée. Pour d’autres, elle incarne un piège, fait de dettes opaques et de dépendance stratégique. La vérité, comme souvent en économie du développement, est plus inconfortable : la Chine n’est ni un sauveur ni un prédateur par nature. Elle est un acteur rationnel. Et c’est précisément là que se situe le défi pour Haïti.

Le malentendu fondamental

Le premier malentendu consiste à croire que le développement s’importe. Depuis des décennies, Haïti oscille entre partenaires internationaux, espérant que le prochain alignement géopolitique corrigera ce que l’État, l’économie et la gouvernance n’ont pas su bâtir. Or, aucune relation commerciale, aussi puissante soit-elle, ne compense une absence de vision nationale.

La Chine investit là où ses intérêts sont clairs : accès aux marchés, sécurité minimale, capacité de remboursement, stabilité contractuelle. Elle n’investit pas par philanthropie. La République dominicaine l’a compris : elle a abordé Pékin non comme un mendiant, mais comme un partenaire, avec des projets structurés, une administration fonctionnelle et une stratégie économique lisible. Résultat : investissements, infrastructures, croissance. Haïti, à l’inverse, n’offre aujourd’hui ni prévisibilité ni cadre institutionnel crédible.

Le commerce sans production : une impasse

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le commerce Chine–Haïti est massivement déséquilibré : la Chine vend, Haïti achète. Téléphones, motos, matériaux, équipements : la consommation haïtienne alimente l’industrie chinoise, sans retour productif significatif. Ce n’est pas un partenariat, c’est une relation de dépendance commerciale classique.

Changer de partenaire diplomatique sans transformer l’appareil productif ne ferait que déplacer le problème. La question centrale n’est pas « avec qui commercer », mais « que vendons-nous au monde ? » Tant que Haïti n’aura pas une base exportable diversifiée — agriculture à valeur ajoutée, transformation locale, industries légères — aucun grand acteur, chinois ou autre, ne pourra créer un équilibre durable.

Le mirage des infrastructures

Oui, la Chine sait construire vite et grand. Oui, Haïti a un besoin criant d’infrastructures. Mais l’expérience internationale est claire : les routes sans institutions mènent rarement au développement. Des ports sans industrie, des centrales sans gouvernance énergétique, des prêts sans capacité de remboursement finissent par devenir des charges, pas des leviers.

Le vrai risque pour Haïti n’est pas la Chine en soi, mais la tentation de l’endettement sans réforme, du béton sans stratégie, de la diplomatie sans politique économique.

Une question de maturité, pas d’alignement

Faut-il exclure un partenariat avec la Chine ? Non. Ce serait dogmatique et irréaliste. Mais faut-il le précipiter ? Certainement pas. Un partenariat Chine–Haïti ne sera bénéfique que le jour où Haïti saura ce qu’elle veut, ce qu’elle protège et ce qu’elle refuse.

Cela suppose :

un État capable de négocier,

une transparence contractuelle minimale,

une exigence claire de retombées locales,

et surtout, une stratégie de développement qui précède la diplomatie.

La Chine peut être un partenaire. Elle ne sera jamais une solution. Le développement n’est pas une affaire de drapeaux hissés ou de reconnaissances diplomatiques, mais de capacité nationale à transformer des opportunités en prospérité collective.

Tant que Haïti cherchera à l’extérieur ce qu’elle refuse de construire à l’intérieur, elle changera de partenaires… sans jamais changer de destin.

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