Le président du Salvador, Nayib Bukele, figure emblématique de la lutte antidrogue et anti-gangs en Amérique centrale, a participé mercredi à la pose de la première pierre d’une mégaprison au Costa Rica, un projet directement inspiré du Centre de confinement du terrorisme (Cecot), vivement critiqué par des organisations de défense des droits humains.
Lors de la cérémonie organisée à Alajuela, près de la capitale San José, M. Bukele a exhorté les autorités costariciennes à adopter une ligne dure face au crime organisé, affirmant que l’inaction ne ferait qu’aggraver la situation.
« Le problème continuera de croître s’il n’est pas stoppé, comme un cancer. C’est maintenant qu’il faut s’attaquer à la criminalité », a-t-il déclaré, dans un contexte politique sensible à l’approche de l’élection présidentielle costaricienne.
Le futur Centre de haute sécurité pour le crime organisé (CACCO) doit accueillir les criminels les plus dangereux du pays, alors que le Costa Rica fait face à une hausse marquée de la violence liée aux gangs et au narcotrafic. Le gouvernement évalue le coût du projet à 35 millions de dollars, pour une capacité d’environ 5000 détenus.
« Tout ce que nous avons fait au Cecot sera reproduit dans sa version costaricienne », a assuré le président salvadorien.
Ce modèle carcéral est toutefois controversé. Le Cecot, au Salvador, est accusé par plusieurs ONG d’être le théâtre de mauvais traitements graves, dans le cadre du régime d’exception instauré par M. Bukele en mars 2022. Ce régime permet notamment des arrestations sans mandat. Selon les autorités salvadoriennes, plus de 90 000 personnes ont été arrêtées depuis, dont environ 8000 ont ensuite été libérées après avoir été déclarées innocentes.
Au Costa Rica, l’opposition dénonce une manœuvre électorale financée par l’État. La candidate Laura Fernandez, du parti de centre droit du président sortant Rodrigo Chaves, est donnée favorite pour l’élection du 1er février. Elle ambitionne de remporter le scrutin dès le premier tour et d’obtenir une majorité parlementaire suffisante pour engager des réformes du pouvoir judiciaire, sur le modèle salvadorien.
Empêché par la Constitution de briguer un second mandat consécutif, M. Chaves mise sur la continuité de sa ligne sécuritaire. Nayib Bukele, lui, demeure perçu par une partie de l’opinion latino-américaine comme un héros ayant restauré la sécurité, malgré les critiques persistantes sur les atteintes aux droits fondamentaux.

