12 janvier 2010.
Seize heures cinquante-trois.
À cette minute exacte, le temps se rompt.
Non pas symboliquement.
Physiquement.
Les aiguilles s’immobilisent avant que les murs ne tombent.
L’horloge devient un arrêt sur image.
Une seconde qui refuse de passer.
La terre se déplace.
La ville se défait.
Les maisons cèdent sur leurs fondements.
Ce qui tenait debout ne tient plus.
Ce qui abritait enferme.
Ce qui protégeait écrase.
À seize heures cinquante-trois,
la maison cesse d’être refuge.
Elle devient tombe ouverte.
Les rues se remplissent de poussière.
Les visages perdent leurs contours.
Les cris cherchent des noms,
mais les noms n’ont plus de réponses.
Le béton, conçu pour durer, se fragmente.
Le quotidien s’effondre sans préavis.
L’intime devient collectif.
La peur devient partage.
Il n’y a plus d’intérieur ni d’extérieur.
Plus de seuil.
Plus de murs sûrs.
Seulement des corps.
Des corps exposés.
Des corps qui attendent.
Seize heures cinquante-trois ne s’achève pas.
Cette heure se répète.
Dans la mémoire.
Dans les regards.
Dans chaque image figée.
La nuit tombe sans transition.
La ville dort dehors.
Par précaution.
Par nécessité.
Les places deviennent chambres.
Les trottoirs deviennent lits.
Le ciel devient plafond.
Les secours arrivent par fragments.
L’entraide précède toute organisation.
Des mains soulèvent des pierres.
D’autres tiennent des vies.
Quelque chose résiste pourtant.
Un geste.
Un regard.
Une présence.
Au milieu de l’effondrement,
l’humain persiste.
Mais seize heures cinquante-trois demeure.
Inscrite dans le béton brisé.
Inscrite dans les corps survivants.
Inscrite dans l’histoire d’un pays.
Le temps, depuis ce jour,
avance autrement.
Douze janvier deux mille dix.
Seize heures cinquante-trois.
cba

