Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 10 Janvier 2026
Longtemps vendue comme un espace de passion, de création et de rêves partagés, l’industrie musicale haïtienne révèle aujourd’hui un autre visage : celui d’une jungle où les relations personnelles, les intérêts financiers et les calculs d’image s’entrelacent jusqu’à brouiller les frontières entre l’art, le business et le spectacle de soi. Comme la politique nationale, elle fonctionne par réseaux, alliances, ruptures et mises en scène publiques.
Quand l’intime devient une stratégie
Le cas Vanessa Désiré – Rutschelle Guillaume illustre parfaitement cette zone grise où la relation personnelle nourrit autant la narration artistique que la mécanique commerciale. Dans une industrie exsangue, où peu de structures protègent les artistes, l’association affective devient parfois un accélérateur de carrière, parfois un piège. Le public consomme l’émotion, les rumeurs, les silences lourds de sens, pendant que les plateformes engrangent les vues. Ici, l’amour n’est jamais totalement privé : il est aussi un produit culturel.
EKIP : quand le groupe devient une affaire de couple
Au sein de la bande musicale EKIP, le couple Jameson Danger cristallise à lui seul cette confusion permanente entre sphère privée et stratégie professionnelle. La récente pause annoncée par D-Perfect ne relèverait pas uniquement d’une fatigue artistique ou d’un besoin de renouvellement créatif. En coulisses, elle serait surtout motivée par sa femme, devenue un facteur déterminant dans ses choix personnels et professionnels.
Dans un groupe où les équilibres sont déjà fragiles, l’influence conjugale agit comme un levier silencieux, mais puissant. EKIP n’est plus seulement un collectif musical : c’est une structure où les dynamiques familiales pèsent sur les décisions artistiques. Dans cette jungle, l’artiste ne négocie pas seulement avec ses producteurs ou son public, mais aussi avec son foyer. Et parfois, la pause devient moins un choix stratégique qu’un compromis intime.
La pause comme acte de survie
Dans un milieu où l’on confond constance et omniprésence, demander une pause est presque un acte de dissidence. D-Perfect ne quitte pas la scène, il la contourne. Il annonce ce que beaucoup taisent : l’industrie musicale haïtienne broie ses talents aussi vite qu’elle les expose. L’absence de règles claires, de contrats solides et de médiation professionnelle transforme chaque collaboration en rapport de force permanent.
Médias, buzz et tribunaux populaires
L’épisode Blondedy Ferdinand – Vanessa Désiré, notamment dans l’émission Hot Seat, montre à quel point les médias sont devenus des arènes. On n’y débat pas seulement de musique, mais de vies privées, de loyautés supposées et de vérités émotionnelles. Le micro remplace parfois le tribunal, l’audience fait office de juge, et la polémique devient un carburant promotionnel. Dans cette jungle, se taire est suspect, parler est risqué.
Une industrie à l’image du pays
Comme la politique haïtienne, l’industrie musicale avance sans véritable cadre, dominée par des personnalités fortes plutôt que par des institutions. Les alliances sont fragiles, les ruptures spectaculaires, et la survie dépend souvent plus du réseau que du talent seul. L’artiste devient à la fois créateur, gestionnaire, communicant et bouclier de sa propre vie privée.
La musique haïtienne reste vibrante, inventive, indispensable. Mais derrière les hits et les shows, elle révèle une réalité plus dure : une jungle où l’on apprend à se battre, à négocier, à aimer sous contrat et à se réinventer pour ne pas disparaître.
Tant que cette industrie ne se dotera pas de règles professionnelles solides, elle continuera de ressembler à la politique nationale : passionnée, bruyante, créative… et profondément instable.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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