11 janvier 2026
Boulevard du Cap-Haïtien : la force publique en démonstration, la vision urbaine aux abonnés absents
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Boulevard du Cap-Haïtien : la force publique en démonstration, la vision urbaine aux abonnés absents

Cap-Haïtien : démonstration de force publique, vision urbaine aux abonnés absents

Vendredi 9 janvier 2026, les autorités départementales du Nord ont mené une vaste opération de démolition de constructions jugées illégales sur le boulevard du Cap-Haïtien. Autorisée par le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance du Cap-Haïtien, Me Éno Zéphirin, et exécutée sous la coordination du délégué départemental Marc Présumé, l’intervention a mobilisé des unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti ainsi que des engins lourds du ministère des Travaux publics. Présentée comme une action de restauration de l’ordre urbain, l’opération s’est surtout distinguée par sa brutalité et son caractère expéditif.

Placées sous la direction du parquet, les démolitions ont été menées sans véritable concertation avec les propriétaires concernés et dans des délais jugés dérisoires. Plusieurs entrepreneurs et citoyens dénoncent une intervention autoritaire, marquée par l’intimidation, la pression policière et l’absence de garanties procédurales minimales. En privilégiant la démonstration de force au détriment de l’encadrement légal et du dialogue, le commissaire du gouvernement donne l’image d’une justice punitive, davantage préoccupée par l’affichage de son autorité que par le respect des droits des justiciables et de la sécurité juridique.

Si l’occupation anarchique des trottoirs constitue indéniablement un problème réel, elle est le résultat de longues années de tolérance, voire de complaisance, de la part des institutions publiques. Les constructions aujourd’hui démolies n’ont pas émergé dans la clandestinité, mais sous le regard passif — et parfois avec l’aval — des autorités municipales et étatiques. En s’abstenant d’intervenir en amont, l’État a laissé prospérer le désordre, avant de tenter de le corriger dans la précipitation, en faisant porter aux seuls citoyens et investisseurs le poids d’une faillite collective de gouvernance.

Au-delà des destructions, une question fondamentale demeure sans réponse : quelle suite concrète sera donnée à cette opération ? Aucun plan d’aménagement, aucun projet d’infrastructures, aucune vision claire de réhabilitation du boulevard n’a été présenté par le parquet ou les autorités administratives. À l’heure où le Cap-Haïtien fait face à des urgences criantes — routes dégradées, insalubrité chronique, déficit énergétique, infrastructures touristiques précaires et insécurité persistante — cette action isolée ressemble davantage à un coup d’éclat qu’à une politique publique structurée. Sans continuité, sans planification et sans respect des citoyens, la force brute ne saurait tenir lieu de gouvernance.

Guyno DUVERNÉ
duverneguyno@gmail.com

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