Par Evans PAUL
La Fête des Rois, célébrée le 6 janvier, correspond à l’Épiphanie dans la tradition chrétienne. Elle commémore un épisode fondateur : la visite des trois Rois mages,
Gaspard, Melchior et Balthazar, venus d’Orient, guidés par une étoile, pour rendre hommage à l’enfant Jésus.
Au-delà du récit biblique, cet événement porte un message universel : la parole spirituelle incarnée par Jésus n’était pas destinée à un seul peuple, mais à toute l’humanité, sans distinction d’origine, de culture ou de condition sociale.
En Haïti, la Fête des Rois ne se réduisait pas à une simple célébration religieuse. Elle marquait symboliquement la clôture du cycle des fêtes de fin et de début d’année, après le 25 décembre (Noël), le 1er janvier (Indépendance nationale) et le 2 janvier (Jour des Aïeux).
C’était un temps de partage familial, de communion et surtout de transmission. Les adultes racontaient, expliquaient, faisaient participer les enfants. La fête avait une dimension à la fois éducative, symbolique et structurante, aidant chacun à comprendre le sens du temps, du cycle de la vie et de convivialité.
Cette conception du temps faisait écho aux traditions spirituelles locales, notamment le vodou, où les ancêtres, le sacré et les rites de passage occupent une place centrale dans l’organisation de la vie communautaire.
Avec le temps, la Fête des Rois s’est progressivement effacée de la vie contemporaine. Elle est souvent perçue comme une fête secondaire, peu expliquée aux enfants et aux jeunes, et de plus en plus vidée de sa portée symbolique.
Cette érosion ne concerne pas uniquement cette célébration. Elle s’inscrit dans un phénomène plus large marqué par :
• la fragilisation des cadres familiaux,
• la précarité économique persistante,
• la pression de la modernité et de l’immédiateté,
• la perte progressive de repères culturels et spirituels.
Le vodou traditionnel, autrefois très structurant dans la société haïtienne, connaît lui aussi un recul. Trop souvent réduit au silence ou au folklore, il portait pourtant une mémoire collective, une organisation du temps, du sacré et du lien social.
Pourquoi faut-il préserver ces traditions ?
Préserver la Fête des Rois, comme d’autres traditions, ne signifie pas un retour nostalgique vers le passé. Il s’agit avant tout de transmettre du sens.
Ces rites contribuent à :
• renforcer le lien entre les générations,
• structurer la mémoire collective,
• offrir des repères culturels et spirituels,
• consolider la cohésion sociale.
Les perdre, c’est affaiblir un atout culturel majeur d’Haïti. Les valoriser, c’est participer à la construction d’une société plus consciente de son histoire, de son identité et de ses valeurs.
CENTRE ABC
ATIZAN BON CHANJMAN
Agir pour le Bien Commun
Delmas, Haïti
Mardi 6 janvier 2026

