7 janvier 2026
Les lacunes géopolitiques des soi-disant élites haïtiennes
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Les lacunes géopolitiques des soi-disant élites haïtiennes

Une crise silencieuse

par Calvin Ford Cabeche

L’analyse des débats publics en Haïti et sur les réseaux sociaux révèle une absence notable d’experts en géopolitique capables de fournir des analyses précises et nuancées des événements mondiaux. Malgré la présence d’universitaires et de professionnels dans ces débats, les commentaires et opinions de soi-disant spécialistes qui ne maîtrisent pas les concepts fondamentaux de la géopolitique inondent les réseaux sociaux. Des journalistes, professeurs, juristes, influenceurs, etc., font des commentaires ou écrivent des histoires qui n’ont rien à voir avec la réalité des événements géopolitiques actuels.

Le principe académique de l’observation est souvent négligé dans la société haïtienne. L’observation est la première étape de la démarche intellectuelle, et il est recommandé à tout professionnel ou intellectuel de respecter ce principe avant de soumettre des opinions ou analyses. Cependant, dans la société haïtienne, les individus informent, analysent et prennent position au moment même où les événements sont en train de se produire ou à peine produits. Cela constitue une forme de malhonnêteté intellectuelle.

La tendance à se laisser berner par des narratifs simplistes ou faux est préoccupante. Certains prétendent que le monde est multipolaire et présentent le BRICS comme une alternative au G7, sans comprendre les dynamiques de pouvoir réelles qui sous-tendent ces organisations. D’autres affirment connaître les capacités militaires de tous les pays, alors que c’est un secret de défense. Les pays sérieux, tels que les États-Unis et le Royaume-Uni, ne divulguent pas de détails sur les armes qu’ils possèdent, mais les commentaires des amuseurs des réseaux sociaux prennent pour argent comptant les démonstrations de force de certaines puissances limitées. Or, généralement, les puissances limitées ont tendance à organiser des parades ou démonstrations de force uniquement pour dissuader des adversaires potentiels et pour bluffer leurs populations.

Par exemple, lors de la pandémie de COVID-19, certains analystes haïtiens ont affirmé que les vaccins étaient inefficaces ou même dangereux, sans fournir aucune preuve scientifique. Cela a contribué à une méfiance envers les vaccins et a entravé les efforts de vaccination en Haïti, illustrant ainsi les conséquences néfastes d’un manque d’observation et de rigueur intellectuelle dans le discours public.

Cela soulève des questions sur la qualité de l’enseignement universitaire en Haïti et sur les facteurs qui contribuent à cette lacune dans la formation des étudiants dans le domaine géopolitique. Pourquoi les intellectuels et professionnels haïtiens ont-ils tendance à se laisser berner par des narratifs simplistes ou faux ? Comment pouvons-nous expliquer cette crise de crédibilité dans le discours public haïtien ?

Il est possible que les frustrations qui traversent la société haïtienne contribuent à cette situation. Les individus qui ont eu l’opportunité de vivre dans des sociétés très développées, mais qui sont revenus en Haïti, peuvent devenir médiocres dans leurs discours ou adopter une attitude conformiste. Cela nécessite une réflexion approfondie sur le système éducatif haïtien et sur les mécanismes qui permettent à des opinions non fondées de se propager dans l’espace public.

En conclusion, la crise de crédibilité dans le discours public haïtien est un phénomène complexe qui nécessite une analyse approfondie. Il est essentiel de promouvoir une culture de l’observation, de la critique et de la nuance dans les débats publics pour améliorer la qualité du discours et des analyses géopolitiques en Haïti.

Calvin Ford Cabeche

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