Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 05 janvier 2026
Il faut parfois que la chair cède pour que la parole devienne vérité. Allongé sur un lit d’hôpital le 31décembre 2025, le sénateur Andris Riché n’a ni mégaphone ni foule devant lui. Il a mieux : la lucidité nue. Et ce qu’il dit fait plus mal que la maladie elle-même. Il parle d’une Haïti sans conscience, d’un peuple qui a banalisé le grave, relativisé l’inacceptable, normalisé l’effondrement. Il parle d’un avenir plus sombre encore, non pas parce que le destin s’acharne, mais parce que nous avons refusé de prendre les choses au sérieux.
Ce diagnostic n’est pas médical, il est politique, moral et historique. Haïti ne souffre pas seulement de gangs, de pénuries ou d’institutions en lambeaux. Elle souffre d’une anesthésie collective. Nous avons vu les signaux d’alerte clignoter depuis des décennies, et nous avons continué à danser autour du volcan. Nous avons confondu patience et résignation, tolérance et lâcheté, humour et démission.
Quand Andris Riché parle d’absence de conscience, il ne vise pas seulement les dirigeants — même si leur responsabilité est écrasante. Il interpelle aussi le citoyen devenu spectateur, l’intellectuel devenu silencieux, l’élite devenue comptable de ses seuls intérêts, l’international devenu pompier pyromane. Chacun a trouvé une bonne raison de ne pas agir : survivre, attendre, partir, négocier avec le chaos. Pendant ce temps, la République s’est dissoute.
Le plus tragique, c’est que rien de ce qui nous arrive n’est soudain. Tout était annoncé. L’effondrement de l’école, la privatisation de l’État, la marchandisation de la politique, la criminalisation des quartiers, la diplomatie sous tutelle. Nous savions. Mais nous avons choisi de ne pas savoir vraiment. Prendre au sérieux aurait exigé du courage : rompre avec les compromis honteux, refuser les arrangements mafieux, payer le prix de la dignité. Nous avons préféré l’illusion du moindre mal.
Sur son lit d’hôpital, le sénateur ne prophétise pas par goût du drame. Il constate. Un peuple qui ne se respecte plus ne peut pas espérer être respecté. Un pays qui rit de ses propres plaies finit par mourir de septicémie morale. L’avenir sera plus sombre, dit-il, parce que les leçons n’ont pas été apprises quand il en était encore temps.
Mais toute parole lucide porte aussi une dernière chance. Si un homme affaibli peut encore parler avec tant de gravité, c’est que tout n’est pas totalement perdu. La question est simple, brutale, définitive : allons-nous enfin prendre Haïti au sérieux ? Ou continuer à pleurer demain ce que nous refusons d’affronter aujourd’hui.
L’hôpital est un lieu de vérité. Andris Riché y parle. La Nation, elle, doit maintenant répondre.
Reynoldson MOMPOINT
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