7 janvier 2026
Donald Trump : la reconquête de l’Amérique, Canada et Groenland dans son viseur
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Donald Trump : la reconquête de l’Amérique, Canada et Groenland dans son viseur

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 05 janvier 2025

Donald Trump ne menace pas. Il dicte. Il ne prévient pas. Il désigne des cibles. En annonçant que le Mexique, Cuba et la Colombie pourraient être « les prochains sur la liste » après Nicolas Maduro, l’ancien président américain transforme la diplomatie en avis de recherche et le droit international en chiffon sale. Ce n’est plus une posture politique : c’est une déclaration de guerre idéologique contre la souveraineté des peuples latino-américains.

La capture et l’exfiltration de Nicolas Maduro constituent un précédent gravissime. Un chef d’État enlevé, sorti de force de son territoire, livré aux États-Unis comme un trophée impérial. Aucun mandat international crédible, aucune résolution du Conseil de sécurité, aucun fondement juridique sérieux. Juste la force brute, l’arrogance armée et la certitude coloniale que Washington peut tout se permettre. C’est un acte de piraterie d’État, un kidnapping politique maquillé en opération de sécurité.

La Charte des Nations unies ? Violée. Le principe de non-ingérence ? Piétiné. L’égalité souveraine des États ? Écrasée sous les bottes de l’empire.

Donald Trump ne fait que ressusciter, sans hypocrisie, la doctrine de Monroe dans sa version la plus obscène : l’Amérique latine comme propriété privée des États-Unis. Une doctrine née au XIXᵉ siècle, nourrie par le mépris racial, consolidée par les coups d’État, les invasions, les blocus, les assassinats politiques et les dictatures soutenues par Washington. Trump ne l’actualise pas : il l’exhibe, comme on brandit une arme.

Le Mexique, pourtant État souverain et voisin immédiat. Cuba, étranglée depuis plus de soixante ans par un blocus criminel reconnu illégal par l’ONU. La Colombie, alliée docile, partenaire militaire, chien fidèle de la politique américaine dans la région.

Personne n’est épargné. La menace est transversale. Elle ne vise pas seulement les gouvernements « hostiles », mais tous ceux qui pourraient, un jour, lever la tête. Le message est mafieux : restez à votre place ou vous serez les prochains.

Trump parle de « reconquête de l’Amérique ». Reconquête de quoi ? De territoires qui ne lui appartiennent pas ? De peuples qui n’ont jamais cédé leur souveraineté ? Ce mot trahit la vérité profonde de la politique américaine : l’Amérique latine n’est pas un ensemble d’États souverains, mais un espace à contrôler, à discipliner, à punir. Une zone coloniale sans statut officiel, mais avec des chaînes bien réelles.

Ce discours enterre définitivement le mythe des États-Unis défenseurs de la démocratie. On ne défend pas la démocratie en kidnappant des chefs d’État. On ne promeut pas l’État de droit en le violant de manière répétée. On ne parle pas de liberté quand on gouverne par la peur, les sanctions, les drones et les menaces publiques. Le plus révoltant n’est même pas Trump. Il est fidèle à lui-même : brutal, cynique, impérial. Le plus révoltant, c’est le silence complice de la communauté internationale. Les grandes démocraties occidentales regardent ailleurs. L’ONU murmure. Les principes deviennent optionnels dès lors que l’agresseur s’appelle États-Unis.

Mais l’histoire est têtue. Chaque empire qui a cru pouvoir transformer le monde en terrain de chasse a fini par tomber sous le poids de ses propres excès. À force de piétiner le droit international, Washington prépare un monde plus instable, plus violent, plus ingouvernable. Un monde où la loi ne protège plus personne, sauf le plus armé.

Donald Trump croit reconquérir l’Amérique. En réalité, il dévoile l’empire dans sa nudité la plus répugnante : un pouvoir hors-la-loi, sûr de son impunité, ivre de domination.

Mais l’horizon de Trump ne s’arrête pas à l’Amérique latine. La logique impériale qu’il revendique déborde déjà vers le Nord. Le Canada et le Groenland sont désormais intégrés à cette cartographie brutale de la “reconquête”, non par des chars visibles, mais par la pression stratégique, économique et géopolitique.

Le Canada, présenté hypocritement comme « allié historique », n’est plus qu’un protectorat toléré tant qu’il obéit. Trump n’a jamais caché son mépris pour la souveraineté canadienne : guerres commerciales unilatérales, menaces tarifaires, instrumentalisation des accords de sécurité, chantage énergétique, remise en cause implicite des frontières économiques. Sous couvert de partenariat, Washington impose sa loi, piétinant le principe d’égalité souveraine entre États pourtant consacré par la Charte de l’ONU. Le Canada n’est pas menacé par des missiles, mais par une vassalisation silencieuse, plus perverse, plus durable.

Le Groenland, lui, révèle la nudité totale de la pensée trumpienne. Lorsqu’il propose ouvertement de « racheter » ce territoire autonome relevant du Danemark, Trump ne provoque pas : il confesse. Confession d’un imaginaire colonial où les peuples sont des biens négociables, où la terre se marchande comme une entreprise en faillite. Aucun respect pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Aucun égard pour le statut juridique du Groenland, pour sa population, pour les conventions internationales. Juste l’obsession stratégique : contrôler l’Arctique, ses routes maritimes, ses ressources, sa position militaire face à la Russie et à la Chine.

Là encore, le droit international est violé dans son esprit, sinon encore dans sa lettre. Car proposer l’achat d’un territoire habité, sans consultation populaire, sans cadre légal, sans médiation internationale, relève de la prédation, pas de la diplomatie. C’est le retour assumé du monde du XIXᵉ siècle, où les grandes puissances découpaient la planète à la règle et au chéquier.

Canada, Groenland, Amérique latine : le fil conducteur est le même. Trump ne distingue pas les alliés des ennemis. Il distingue les dominants des dominés. Ceux qui commandent et ceux qui doivent se taire. Sa vision du monde est binaire, brutale, hiérarchique. Le droit international n’est pour lui qu’un décor, utile quand il sert l’empire, jetable quand il le contraint.

Ce qui se joue ici dépasse Trump lui-même. C’est la normalisation d’un ordre international hors-la-loi, où la puissance fait office de droit, où les frontières deviennent flexibles pour les forts et sacrées uniquement pour les faibles. Un monde où un président américain peut menacer, acheter, kidnapper, sanctionner, envahir — sans jamais rendre de comptes.

Ainsi, de Caracas à Nuuk, de La Havane à Ottawa, c’est la même logique qui s’impose : l’Amérique selon Trump n’est pas une nation parmi d’autres, mais un empire qui se croit autorisé à tout.

Et quand le droit est assassiné en plein jour, les peuples, eux, n’oublient jamais.

Reynoldson Mompoint

mompointreynoldson@gmail.com

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