Par Leslie J-R Péan, 29 décembre 2025
Alin Louis Hall a dû travailler des mois jusqu’aux petites heures du matin pour écrire cet ouvrage dynamique et sans complexe, comme c’est peu fréquent. On se jette à l’eau, près du rivage si on n’est nul en natation. Au milieu, si on maitrise la technique de respiration sous l’eau. Enfin, on va en haute mer, pour les nageurs d’élite.
Malheureusement, populisme triomphant, la tendance est de commencer par le troisième. Alors on se noie car on veut faire tout, sans apprendre, et c’est la catastrophe. Mais, dans le domaine concerné, Le Syndrome du Transplanté, l’auteur a fait ses classes et de plus se révèle pédagogue. On chemine aisément des temps immémoriaux à nos jours. Sur des sujets dont celui de l’esclavage, dernier drapeau sous lequel s’inscrivent bien des paresseux qui refusent de savoir. Au fait, sous tout drapeau déchiré qui n’a que sa hampe.
Oublier le passé, c’est se condamner à le revivre. –
L’auteur propose d’évaluer un élément encore sous-estimé quand il n’est pas brandi pour évaluer la place d’Haïti dans le concert des nations. Un élément central pour la refonte générale de notre écosystème. Il analyse en profondeur notre faible dotation en ressources humaines. Son saut dans le temps jette les projecteurs sur la culture de démolition de l’autre qui bloque la confiance sans laquelle la modernisation reste un vœu pieu. On le suit dans son parcours géographique et historique. Comment et où tout a commencé, où tout a eu lieu et où tout s’explique.
À partir de Primo Levi, ce chimiste et philosophe italien qui, rescapé du camp fasciste d’Auschwitz, écrit « Oublier le passé, c’est se condamner à le revivre ». Cramponnez-vous ! Chaque chapitre est un arrêt pour bien digérer avant de découvrir un autre ! Avant de poursuivre avec d’autres valeurs sûres. En route pour le mois de juin 2026, où vous attend la sélection nationale dans trois matchs le 13, 19 et le 26 contre l’Écosse, le Brésil et le Maroc respectivement. Un mois de répit avant de revenir en Haïti.
Là où on tranche la gorge de son rival, comme si ce n’était rien. Alin Louis Hall fait une mise en perspective. Rien n’est embelli ni idéalisé. Il transgresse bien des tabous. On en sort en bloc, dans le choc, et on comprend mieux faire pour aider à mettre fin à la violence. Étape par étape. Non en commençant par la fin. Mais en regardant par l’autre bout de la longue-vue. Pour que l’histoire ne continue plus à se répéter depuis plus de deux siècles après 1804, l’auteur offre une sagesse rétrospective susceptible de produire d’autres façons de voir et de faire, bref un cri de détresse pour la production d’autres subjectivités.
Pourquoi est-ce à cette génération au fond du puits d’aspirer à prendre le taureau par les cornes ? Parce qu’elle bénéficie des leviers d’action d’hommes et de femmes jouissant de conditions matérielles et intellectuelles permettant de penser Haïti, à l’intérieur et au-delà de ses frontières, avec le recul et la distance des interdictions en tous genres qui polluent notre espace vital. Mais pour cela, l’auteur demande l’aval et le soutien de ses sœurs et frères pour relire la violence, de la plantation coloniale esclavagiste hier à la violence tout court aujourd’hui, comme épine dorsale de la société haïtienne contemporaine.
Serrons le tissu pour éviter d’autres catastrophes. –
Mais attention aux détracteurs, ces experts du « oui, mais …= » qui ne voient jamais l’éléphant mais la puce sur le dos de l’éléphant. Caveant consules ! Qu’on n’ose prendre la malheureuse citation de cet Hitler tropical qui a massacré plus de soixante mille de parents, amis et concitoyens, pour jeter au pilori un travail réalisé avec sérénité et oubli de soi. qui met en évidence la bêtise de notre univers. La réalité est complexe, séchons nos larmes, dissipons les malaises et continuons le combat jusqu’à faire d’Haïti un pays normal.
Nous devons tenir compte de la vérité que d’une part, la seule race qui existe est la race humaine et que d’autre part, l’utilisation du terme “race” ne renvoie ni à la biologie ni à la génétique, mais plutôt à l’environnement c’est-à-dire aux conditions économiques et socio-politiques, et qu’enfin, le racisme et le colorisme ont fait trop de torts à l’humanité depuis leur invention en 1440, soit près d’un millénaire, Il importe de préciser que la génétique et l’épigénétique n’ont rien à voir avec la race, le racisme et la racialité.
Cela mérite d’être spécifié chaque fois que dans un texte l’expression “épigénétique” est mentionnée. Il importe de le faire dans le corps du texte et non dans une note en bas de page. Ce serait tuer Anténor Firmin dans sa mort que de laisser passer cette forfaiture. Cet éminent ancêtre a combattu vaillamment la bande á Gobineau qui voulait trouver au racisme une base scientifique pour justifier l’exploitation et l’asservissement des peuples de couleur. Il importe de bien serrer le tissu pour éviter d’autres catastrophes.
Le plongeon de l’auteur dans l’univers de la mentalité haïtienne offre des pistes pour aider à répondre aux questions suivantes : Comment aider les Haïtiens à se voir comme ils sont, pourquoi ils le sont, et les possibilités qu’ils soient autrement ? Il présente les éléments fondamentaux en matière de prise de conscience pour y arriver. Les ambitions de l’auteur en la matière sont élevées. Il faut commencer par prendre conscience du mal et de sa profondeur. Comme les amis de la Revue haïtienne de santé mentale s’y attaquent avec détermination depuis 2010, l’année du goudou-goudou.
Les traumatismes psychologiques qui perdurent. –
Enfin, et non des moindres, le Syndrome du Transplanté d’Alin Louis Hall est une invitation à la pensée et à la réflexion. Une exhortation à garder notre regard sur notre subjectivité, sur nos origines, avec les yeux d’un oiseau de nuit laissé en cage et qu’on ne retrouve plus. Un frize parti à la recherche de sa frizelia dans la nature après de longs combats dont témoignent les plumes sur le sol. Pris au piège de notre démence dans la recherche d’un beau monde, qui, en réalité, n’est que de la mesure de notre démesure.
C’est de là que l’auteur arrive au constat de la violence au cœur de notre vie. Combien d’anciens esclaves ont survécu à la violence d’aimer leurs bourreaux, ce qu’on appellera des siècles plus tard le Syndrome de Stockholm ? Combien de traitres sont sortis de cet enfer ? Peu ont trouvé un bonheur individuel et/ou collectif par la lutte, la fuite, la bienveillance de leurs maitres, et la violence dans le sens, que l’évoque Frantz Fanon dans son ouvrage Les damnés de la terre. paru aux Éditions La Découverte à Paris en 1961, où il écrit : « L’homme colonisé se libère dans et par la violence »
Alin Louis Hall discute des retombées psychologiques de l’esclavage dans nos comportements. Qu’est-ce qu’il laisse dans la tête des êtres d’exceptions qui en sortent ? La république d’Haïti a-t-elle jamais été équipée pour mesurer la portée de cet enfer dans les esprits ? L’impact de cette violence du général Rochambeau amenant des chien bouledogues de Cuba pour manger les bossales reste à faire.
Pourquoi un fait aussi important est simplement mentionné et n’est pas étudié dans toutes ses implications mentales sur la violence, violence envers les femmes, les enfants, les restavèk, en Haïti ? Dans l’assassinat des fondateurs qui se tuent entre eux au cours des vingt prochaines années après l’indépendance ? Dans la guerre civile d’une décennie qui s’ensuit. Quelle organisation du pouvoir et de l’État exige pareille violence ? Que signifie une telle pulsion de destruction et de mort ? De part et d’autre, on reproduit le même modèle de violence Le sang coule depuis le massacre des Français en janvier 1804. Les combats de personnes sont déclarées plus importants que le combat des idées. On copie Napoléon et on se fait proclamer empereur. Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur, épouse de Dessalines, va jusqu’à cacher Descourtilz, un médecin et botaniste, pour qu’il échappe au massacre des Français. La révolution ne faisait pas de quartiers. Une décennie antérieure, sous le régime jacobin en France, le chimiste Lavoisier demanda un sursis de quinze jours pour terminer une expérience, Fouquier-Tinville, accusateur du tribunal révolutionnaire, lui répondit : « la révolution n’a pas besoin de savants » et il fut guillotiné le 8 août 1794. La révolution produit aussi des imbéciles.

