Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 03 janvier 2026
Il faut rappeler l’histoire à ceux qui parlent trop fort pour masquer leurs contradictions. La sortie de Moïse Jean-Charles, alias Ti Moy, ce 02 janvier, n’est pas celle d’un homme nouveau. Elle est celle d’un ancien du système, recyclé, repositionné, réhabilité au gré des crises qu’il prétend combattre.
Ti Moy n’est pas né de la dernière pluie. Ancien maire, ex sénateur, ancien allié circonstanciel de pouvoirs déchus, figure d’une opposition souvent radicale dans le discours mais perméable aux arrangements dans la pratique, il a traversé les régimes sans jamais rompre réellement avec la mécanique qu’il dénonce aujourd’hui. Son entrée indirecte au Conseil présidentiel de transition, par l’entremise d’Emmanuel Vertilaire, en est la preuve la plus récente — et la plus compromettante.
On ne combat pas un système en y envoyant un représentant. On ne dénonce pas la corruption en s’adossant à des figures politiquement et judiciairement contestées. On ne parle pas de rupture en participant à une architecture de pouvoir imposée hors Constitution.
Le CPT, faut-il le rappeler, est un organe transitoire, sans mandat populaire, né de la faillite institutionnelle post-assassinat, conçu comme une solution provisoire et non comme un pouvoir durable. Son mandat est limité dans le temps, et sa légitimité est conditionnelle, fragile, contestée. À la fin de ce mandat, le CPT doit disparaître. Il n’a ni vocation à se prolonger, ni droit à l’héritage politique.
Or, Alix Didier Fils-Aimé a été nommé par ce même CPT. Il ne tient ni d’une élection, ni d’un consensus populaire, mais d’une désignation politique dans un cadre exceptionnel. Son mandat est donc indissociable de celui du CPT. Quand le CPT tombe, ses nominations tombent avec lui. Toute autre lecture relève de la manipulation.
Dès lors, la menace de Ti Moy devient ridicule autant que dangereuse.
Comment un homme représenté dans un conseil de transition expirant peut-il prétendre renvoyer un Premier ministre nommé par ce même conseil, après la date même où ce conseil est censé cesser d’exister ? C’est un non-sens juridique. C’est une imposture politique. C’est une tentative de confiscation de l’avenir.
Moïse Jean-Charles parle du 07 février 2026 comme d’un trône à conquérir. Mais cette date n’est pas un héritage personnel, encore moins un droit acquis. Elle marque, au contraire, la fin logique d’un cycle transitoire, pas le début d’un nouveau pouvoir autoproclamé.
L’histoire haïtienne est pourtant claire : Chaque fois que des acteurs politiques ont tenté de s’accrocher aux transitions, de les prolonger ou de les transformer en passerelles personnelles, le pays a sombré davantage. Chaque fois que la légalité a été piétinée au nom de l’urgence, l’urgence est devenue permanente.
Ti Moy n’échappe pas à cette règle. Il n’est pas l’exception. Il est la répétition.
Derrière ses mots enflammés, il y a la même tentation ancienne : remplacer un pouvoir illégitime par un autre, sans jamais rendre le pouvoir au peuple. Derrière ses menaces, il y a l’ombre persistante du secteur économique, qui finance les postures, et de l’international, qui valide les arrangements tant qu’ils garantissent la stabilité de façade.
La révolution haïtienne ne viendra pas de ceux qui ont déjà goûté au pouvoir et y reviennent par la porte de service. Elle viendra d’une rupture radicale avec les transitions confisquées, d’un refus collectif de reconnaître toute autorité issue d’organes expirés et de nominations sans peuple.
Quand le CPT arrive à terme, tout ce qu’il a produit doit être remis en question. Pas renégocié. Pas recyclé. Remis à plat.
Haïti n’a pas besoin de nouveaux maîtres après 2026. Elle a besoin de mettre fin à l’ère des faux sauveurs, des révolutionnaires de micro et des menaces sans mandat. L’histoire ne pardonne pas ceux qui parlent au nom du peuple pour mieux lui voler l’avenir.
Reynoldson MOMPOINT
WhatsApp +50937186284

